L’ancienne usine sucrière Saint-Louis, située dans les quartiers Nord de Marseille, connaît une seconde vie inattendue. Deux siècles après avoir produit le sucre des colonies, le site de 11 hectares abrite désormais des studios de cinéma parmi les plus ambitieux de France. Ce projet, soutenu par le plan « Marseille en Grand » lancé par Emmanuel Macron en 2021, attire déjà des cinéastes internationaux et ambitionne de faire de la cité phocéenne une nouvelle capitale du 7e art. Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation économique et culturelle de la ville.
Ce qu'il faut retenir
- Le site de l’ancienne usine Saint-Louis, avec ses 11 hectares, est reconverti en studios de cinéma dans le cadre du plan « Marseille en Grand » porté par Emmanuel Macron.
- Le réalisateur Ridley Scott y a tourné un court-métrage en décembre 2022, marquant le début de l’attractivité internationale du lieu.
- Les studios bénéficient d’un toit-terrasse offrant une vue panoramique sur les quartiers Nord et le port de Marseille.
- Le projet s’inscrit dans une volonté de développer les infrastructures cinématographiques en France, alors que les studios existants sont saturés.
- Les quartiers Nord de Marseille, souvent stigmatisés, deviennent ainsi un décor phare pour les productions internationales.
Une reconversion historique pour un projet d’avenir
L’usine Saint-Louis, autrefois symbole de l’industrie sucrière coloniale, incarne aujourd’hui une nouvelle page de l’histoire marseillaise. Transformée en studios de cinéma, elle s’impose comme un projet phare du plan « France 2030 » et du volet culturel de « Marseille en Grand ». Comme le rapporte Le Figaro, cette reconversion s’appuie sur des infrastructures uniques, comme un toit-terrasse offrant une vue imprenable sur la ville et la mer. Le site, situé au 336, rue de Lyon dans les quartiers Nord, couvre une surface de 11 hectares, une taille qui permet d’envisager des productions de grande envergure.
Pour Matthieu Berenguer, producteur marseillais ayant travaillé avec Ridley Scott, l’attrait du lieu est double : « Il y a cette vue exceptionnelle, mais aussi la possibilité de filmer dans un cadre urbain contrasté, entre cités et port industriel. » Le réalisateur britannique, connu pour des films comme Alien ou Blade Runner, a été le premier à tourner sur place en décembre 2022. Il a réalisé pour Samsung un court-métrage intitulé Behold, une expérience visuelle tournée depuis le toit-terrasse. « Il avait plus peur du virus que des quartiers », précise Berenguer en souriant, évoquant les réticences initiales du cinéaste face à l’image parfois stigmatisée des quartiers Nord.
Marseille en quête de nouvelles infrastructures cinématographiques
Avec cette transformation, Marseille comble un vide criant dans le paysage cinématographique français. Les studios existants, comme ceux de Bry-sur-Marne ou de Joinville, sont saturés et ne peuvent répondre à la demande croissante des productions. « Il y a urgence à se doter de nouveaux studios », soulignait récemment Le Figaro, alors que les tournages internationaux se multiplient en France. Les 11 hectares de l’ancienne usine offrent une solution idéale, avec des espaces modulables et une localisation stratégique à proximité du port, devenu un hub numérique mondial grâce aux câbles sous-marins.
Le projet s’inscrit dans une logique plus large de réindustrialisation culturelle de Marseille. Si le port se transforme en plateforme d’échanges numériques, les studios de cinéma deviennent un autre pilier de cette mutation. « Les possibilités de décors sont infinies », avait déclaré Emmanuel Macron lors de la présentation du plan « Marseille en Grand » au Pharo en 2021. Aujourd’hui, cette promesse semble en passe de se concrétiser, avec des cinéastes du monde entier déjà intéressés par le site. Parmi eux, Ridley Scott n’est que le premier d’une longue liste.
Les quartiers Nord, nouveaux terrains de jeu des réalisateurs
Filmer dans les quartiers Nord de Marseille n’est pas anodin. Longtemps associés à des images de précarité ou de tensions sociales, ces quartiers deviennent paradoxalement un décor recherché pour leur authenticité et leur diversité architecturale. Un quadragénaire originaire de la cité Savine, interrogé par Le Figaro, résumait l’ironie de la situation : « Sir Ridley Scott en plein cœur des quartiers Nord ? Vous êtes des gros mythos. » Pourtant, c’est bien cette réalité urbaine que les cinéastes viennent chercher. Entre les barres d’immeubles, les friches industrielles et les vues sur la Méditerranée, le site offre une palette visuelle unique.
Pour les habitants, cette reconnaissance médiatique pourrait aussi être l’occasion de changer le regard porté sur ces territoires. « Cela pourrait redorer l’image des quartiers Nord », espère un jeune réalisateur local. D’autres, plus sceptiques, craignent une récupération esthétique sans impact social. Quoi qu’il en soit, la présence de productions internationales dans ces zones devrait attirer l’attention des pouvoirs publics sur les besoins en infrastructures et en sécurité.
Pour l’heure, l’usine Saint-Louis incarne une réussite symbolique : celle d’une ville qui mise sur sa diversité pour se réinventer. Entre héritage industriel et ambition cinématographique, le pari est audacieux. Les prochains mois diront si Hollywood a vraiment posé ses caméras à Marseille pour de bon.
À ce jour, seul le court-métrage Behold, réalisé par Ridley Scott pour Samsung en décembre 2022, a été tourné sur place. Aucune autre production n’a encore été officiellement annoncée, mais plusieurs cinéastes internationaux auraient manifesté leur intérêt, selon Matthieu Berenguer, producteur marseillais.
Les travaux d’aménagement doivent s’achever d’ici fin 2026. Une ouverture progressive des plateaux est prévue dès 2025, avec les premières productions attendues pour 2026, comme l’a confirmé le plan « Marseille en Grand ».