Depuis le début de la semaine, les autorités mauritaniennes mènent une série de démolitions dans les quartiers périphériques de Nouakchott. Selon RFI, le ministère de l’Habitat a déployé des bulldozers pour raser des constructions jugées illégales, dans le cadre d’une politique visant à rétablir l’ordre urbain. Ces opérations, qui visent à stopper l’extension anarchique de l’habitat, laissent de nombreux riverains sans toit, certains voyant leur unique logement s’effondrer en quelques minutes.

Ce qu’il faut retenir

  • Opérations en cours depuis le début de la semaine dans plusieurs quartiers périphériques de Nouakchott.
  • Objectif annoncé par les autorités : mettre fin aux constructions sans autorisation et assainir l’urbanisme.
  • Conséquences immédiates : des centaines de familles se retrouvent sans abri après la destruction de leur logement.
  • Réactions contrastées : les autorités défendent une mesure nécessaire, tandis que les habitants dénoncent une injustice.
  • Contexte : Nouakchott, en forte expansion démographique, fait face à des défis majeurs en matière d’aménagement urbain.

Des démolitions qui divisent

Les opérations menées par le ministère de l’Habitat ciblent principalement les zones en périphérie de Nouakchott, où l’urbanisation s’est développée sans contrôle. Selon RFI, ces destructions visent à appliquer strictement la réglementation en vigueur, qui exige des permis de construire pour toute nouvelle habitation. Pour les autorités, il s’agit d’un moyen de lutter contre l’anarchie immobilière et de prévenir les risques liés à l’habitat insalubre.

Côté riverains, le bilan est bien moins positif. Certains habitants, interrogés par RFI, expliquent avoir construit leur maison sans autorisation faute de moyens ou par nécessité, faute de logements sociaux accessibles. « On nous donne un délai pour évacuer, puis on nous laisse sans solution », a témoigné un habitant de la commune de Tevragh-Zeina, dont la maison a été rasée mercredi. Autant dire que ces démolitions alimentent un sentiment d’injustice, d’autant que les alternatives proposées par la mairie restent floues pour beaucoup.

Un défi urbain face à une croissance démographique rapide

Nouakchott, capitale mauritanienne, connaît une croissance démographique soutenue, avec une population passée de quelques milliers d’habitants dans les années 1960 à plus d’un million aujourd’hui. Cette expansion rapide a mis sous tension les infrastructures et les politiques d’aménagement, avec pour conséquence une occupation anarchique des sols. Selon les dernières estimations, près de 40 % des habitants de Nouakchott vivraient dans des quartiers informels, souvent dépourvus de services essentiels comme l’accès à l’eau potable ou à l’électricité.

Dans ce contexte, les autorités justifient les opérations de démolition par la nécessité de structurer la ville et de garantir la sécurité des habitants. « Nous ne pouvons pas laisser se développer des zones non viables, où les risques d’inondations ou d’effondrements sont réels », a expliqué un responsable du ministère de l’Habitat à RFI. Pourtant, cette politique soulève des questions sur la capacité de l’État à accompagner les populations déplacées, notamment en matière de relogement ou d’indemnisation.

Et maintenant ?

Les opérations de démolition devraient se poursuivre dans les prochains jours, selon le ministère, qui n’a pas précisé de date de fin. Une concertation avec les associations de défense des droits au logement est évoquée, mais aucun calendrier n’a été rendu public. Reste à savoir si les autorités parviendront à concilier impératif de régularisation et protection des populations les plus vulnérables.

Des solutions envisagées, mais pas encore appliquées

Face à la grogne sociale, les autorités mauritaniennes ont évoqué plusieurs pistes pour atténuer l’impact des démolitions. Parmi elles, la création de nouveaux lotissements officiels ou la régularisation a posteriori de certaines constructions. Cependant, ces mesures restent pour l’instant à l’état de projet, sans annonce concrète concernant leur mise en œuvre. Les associations locales, comme l’Association mauritanienne de défense des droits humains (AMDH), appellent à un moratoire sur les destructions tant qu’un plan d’accompagnement n’est pas formalisé.

Dans l’immédiat, les familles sinistrées se tournent vers des solutions temporaires, comme l’hébergement chez des proches ou la location de logements précaires. Mais pour beaucoup, l’avenir reste incertain, dans un pays où le marché immobilier formel est inaccessible pour une large partie de la population.

Selon RFI, les opérations ciblent principalement les communes périphériques comme Tevragh-Zeina, ainsi que d’autres zones en expansion rapide où les constructions sont jugées illégales.

Aucun dispositif officiel n’a été annoncé à ce stade. Les autorités se limitent pour l’instant à des promesses de concertation, sans calendrier précis pour une aide aux sinistrés.