Deux nouveaux traitements contre l'obésité, le Wegovy et le Mounjaro, reconnus efficaces par la Haute Autorité de santé (HAS), restent inaccessibles pour la majorité des patients en France. Leur prix mensuel – entre 200 et 300 euros – les place hors de portée des 10 millions de personnes concernées par cette maladie chronique, selon Franceinfo - Santé.
Ce qu'il faut retenir
- Les médicaments Wegovy (Novo Nordisk) et Mounjaro (Lilly) ne sont pas remboursés par la Sécurité sociale malgré des avis favorables de la HAS.
- Leur coût mensuel de 200 à 300 euros en fait un traitement inaccessible pour de nombreux patients.
- La HAS recommande un remboursement à 65% en raison de leur efficacité (15 à 20% de perte de poids en moyenne).
- Les négociations entre l'État et les laboratoires durent depuis un an et demi sans accord.
- Un pharmacologue britannique estime leur coût de production à 2,59 euros par mois, contre 300 euros pratiqués en France.
- Les laboratoires défendent leurs prix en invoquant les coûts de recherche et développement, non pris en compte dans les négociations.
Des traitements efficaces, mais un accès limité
Les médicaments Wegovy et Mounjaro ont obtenu des avis positifs de la HAS en octobre et décembre 2024 respectivement, saluant leur efficacité sur la perte de poids (15 à 20% selon les études) et leur bonne tolérance. Pourtant, leur prix élevé les rend inabordables pour la plupart des patients. Novo Nordisk et Lilly ont commercialisé ces produits sans attendre un accord de remboursement, une pratique inhabituelle dans le secteur pharmaceutique.
Les négociations entre l'État et les laboratoires, menées par le Comité économique des produits de santé (CEPS), sont en cours depuis dix-huit mois. Leur objectif : fixer un prix acceptable pour les deux parties. Mais l'enjeu financier est colossal : ces médicaments pourraient concerner 10 millions de personnes en France, où l'obésité touche 17% de la population adulte, selon les dernières données de l'Inserm.
Un coût de production largement sous-évalué ?
Un pharmacologue de l'université de Liverpool, Andrew Hill, a évalué le coût de production du sémaglutide, principe actif du Wegovy. Selon ses calculs, basé sur les données de vente mondiales et le tarif d'achat des principes actifs, la production mensuelle coûterait 12 centimes. En ajoutant le matériel d'injection et une marge raisonnable, il estime le coût total à 2,59 euros par mois. Andrew Hill considère qu'un prix de 8,50 à 13 euros serait justifié en Europe, rendant ces traitements accessibles à une large partie de la population.
Cette estimation est contestée par Novo Nordisk, qui a répondu par écrit à Franceinfo - Santé : « La fixation du prix ne dépend pas uniquement du coût de production. Elle doit aussi intégrer les investissements en recherche et développement, déjà largement amortis selon nous. » Pour le laboratoire danois, le prix reflète la valeur thérapeutique du médicament, et non son coût de fabrication.
Une médecine à deux vitesses dénoncée
Le président du CEPS, Virginie Beaumeunier, précise que le coût de production « n'entre pas en ligne de compte » dans les négociations. « On ne fonctionne jamais en 'coût de production plus une marge raisonnable', cela n'existe pas », déclare-t-elle. Pour elle, le prix dépend de ce que l'assurance maladie est prête à payer, en fonction de la valeur thérapeutique. Un médicament comme le Wegovy, potentiellement utile à 10 millions de personnes, doit donc trouver un équilibre entre accessibilité et viabilité économique pour les laboratoires.
Cette situation crée des inégalités sociales, comme le souligne Pierre Cochat, président de la commission de la HAS ayant autorisé le remboursement de ces médicaments. « Cela entraîne des inégalités qui sont d'autant moins acceptables que l'obésité est inversement corrélée au niveau de vie », rappelle-t-il. Les milieux défavorisés sont en effet plus touchés par cette maladie chronique, aggravant encore les disparités d'accès aux soins.
L'exemple d'un patient privé de traitement
Nicolas, un patient suivi dans le cadre d'un dispositif d'accès précoce, illustre les conséquences de cette situation. Ce dernier, pesant 240 kg au départ, a perdu 72 kg en quatre ans grâce au Wegovy, combiné à une activité physique régulière. Mais en janvier 2026, la fin de ce dispositif financé par le laboratoire l'a contraint à arrêter son traitement, faute de pouvoir débourser 300 euros par mois. Sans emploi, il ne peut plus assumer ce coût. Son médecin, le Dr Cyril Gauthier, s'inquiète : « Quand un traitement améliore l'état d'un patient, son arrêt entraîne inévitablement une rechute. L'obésité est une maladie chronique, pas un simple problème de poids. »
Des négociations toujours en suspens
Les discussions entre l'État et les laboratoires se poursuivent dans un cadre ultra-confidentiel. Le CEPS doit concilier deux impératifs : rendre ces traitements accessibles au plus grand nombre, tout en garantissant une rentabilité suffisante pour les entreprises pharmaceutiques. Virginie Beaumeunier rappelle que « le prix d'un produit, c'est le prix que le marché veut bien payer », en l'occurrence celui que l'assurance maladie est prête à assumer. Pour 10 millions de patients potentiels, l'enjeu dépasse le cadre médical : il s'agit aussi d'une question de santé publique et de justice sociale.
Cette situation interroge sur les priorités de la politique de santé française : comment concilier innovation thérapeutique, équité sociale et maîtrise des dépenses publiques ? La réponse déterminera si l'accès aux soins restera un privilège ou deviendra un droit effectif pour tous les patients atteints d'obésité.
Leur prix, fixé par les laboratoires entre 200 et 300 euros par mois, fait l'objet de négociations depuis un an et demi avec l'État. Le CEPS doit trouver un équilibre entre accessibilité et rentabilité pour les entreprises pharmaceutiques, alors que ces traitements pourraient concerner 10 millions de personnes en France.
La HAS a émis des avis favorables au remboursement à 65% du Wegovy et du Mounjaro en octobre et décembre 2024, en raison de leur efficacité (15 à 20% de perte de poids) et de leur bonne tolérance. Ces médicaments sont donc jugés éligibles au remboursement, mais leur prix reste un obstacle.