Selon Franceinfo - Santé, plus de 8 800 tonnes de médicaments non utilisés ont été collectées en France l’an dernier. Un volume qui interroge sur leur durée de conservation, souvent jugée trop courte par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Pour y remédier, celle-ci a demandé aux laboratoires pharmaceutiques de prolonger la durée de vie de 73 médicaments, dont certains emblématiques comme le paracétamol, l’Efferalgan ou encore l’amoxicilline.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, 8 800 tonnes de médicaments périmés ou non utilisés ont été collectées en France, selon les données disponibles.
- L’ANSM a identifié 73 médicaments dont la durée de conservation pourrait être prolongée, passant de 2-3 ans à jusqu’à 5 ans pour certains.
- Parmi les spécialités concernées figurent des antidouleurs et antibiotiques courants comme le paracétamol, l’Efferalgan ou l’amoxicilline.
- Pour 10 % des médicaments sélectionnés, la durée de conservation pourrait atteindre cinq ans, et pour 47 d’entre eux, quatre ans ou plus.
- Les laboratoires ont mené des études en conditions extrêmes pour garantir la stabilité et l’absence de toxicité des principes actifs sur le long terme.
Des millions de boîtes gaspillées chaque année, faute de réutilisation possible
Dans les foyers français, les placards à pharmacie regorgent souvent de boîtes de médicaments, parfois périmées, parfois simplement inutilisées. Une habitante interrogée par Franceinfo - Santé avoue ainsi avoir mis en place une routine pour éviter l’accumulation : « Je fais un petit ménage régulièrement dans mes placards et je les descends à mon pharmacien », explique-t-elle. Pourtant, ces médicaments, une fois retournés en officine, ne peuvent être redistribués. « Ça ne repart pas en circuit, ce n’est jamais redonné à quelqu’un d’autre », précise Matthieu Saulnier, pharmacien en région parisienne. Leur destin ? L’incinération, une destruction qui pourrait, dans certains cas, être évitée.
L’ANSM mise sur des études scientifiques pour allonger les dates de péremption
Face à ce constat, l’ANSM a sélectionné 73 médicaments dont la stabilité chimique a été prouvée par des tests poussés. « Ce sont des médicaments qui sont vraiment très stables. La péremption a été étudiée dans des conditions assez extrêmes et il n’y aura pas non plus de toxicité par une dégradation du principe actif », assure Fabrice Camaioni, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). Concrètement, pour 10 % des spécialités concernées, la durée de conservation pourrait être portée à cinq ans, tandis que 47 d’entre elles pourraient atteindre quatre ans ou plus.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de lutte contre le gaspillage médicamenteux. En France, les Français jettent chaque année des centaines de millions de boîtes de médicaments, souvent encore utilisables. « On estime que près de 30 % des médicaments non utilisés pourraient encore être consommés sans risque », rappelle Fabrice Camaioni. Prolonger leur durée de vie permettrait non seulement de réduire ce gaspillage, mais aussi de limiter l’impact environnemental lié à leur incinération.
Un processus encadré et validé par les autorités sanitaires
L’allongement des dates de péremption ne se fait pas à la légère. Les laboratoires doivent fournir des données précises sur la stabilité de leurs produits, testés dans des conditions variées – température, humidité, exposition à la lumière – pour simuler leur vieillissement. « Les études menées sont très rigoureuses. On ne prend aucun risque sur la qualité ou la sécurité des médicaments », souligne Fabrice Camaioni. Une fois les résultats validés par l’ANSM, les fabricants peuvent apposer une nouvelle date de péremption sur leurs boîtes.
Cette mesure concerne aussi bien les médicaments d’ordonnance que ceux en vente libre. Parmi les spécialités concernées, on trouve des antidouleurs comme le paracétamol, des antipyrétiques comme l’Efferalgan, ou encore des antibiotiques comme l’amoxicilline. « Ces médicaments sont parmi les plus prescrits et les plus consommés en France. Leur stabilité est donc un enjeu majeur », explique un porte-parole de l’ANSM.
Cette annonce intervient dans un contexte où la question du gaspillage, qu’il soit alimentaire ou médicamenteux, est de plus en plus scrutée. Les pouvoirs publics et les acteurs de la santé publique multiplient les campagnes pour sensibiliser les citoyens. « L’objectif n’est pas seulement économique ou environnemental. Il s’agit aussi de responsabilité collective », rappelle Fabrice Camaioni.
Un enjeu économique et écologique majeur
Le gaspillage de médicaments représente un coût non négligeable pour le système de santé. En prolongeant leur durée de vie, l’État et les assurances maladies pourraient réaliser des économies substantielles. Selon une étude de l’Assurance Maladie, le gaspillage médicamenteux coûterait chaque année plusieurs centaines de millions d’euros à la collectivité. « Chaque boîte non jetée, c’est une économie pour le système et pour l’environnement », souligne un expert du secteur.
Sur le plan écologique, l’incinération des médicaments génère des résidus parfois polluants. En réduisant le volume de médicaments détruits, on limite également leur impact sur les sols et les nappes phréatiques. Une préoccupation qui prend de l’ampleur à l’heure où la France s’engage dans une transition vers une économie plus circulaire.
Cette mesure pourrait aussi avoir un effet indirect sur l’accès aux soins dans les zones reculées ou pour les populations précaires. Des médicaments conservés plus longtemps pourraient, dans certains cas, être redistribués via des associations humanitaires, comme le propose déjà certaines officines.
Non, cette mesure est progressive. Les laboratoires doivent d’abord finaliser leurs études et obtenir l’aval de l’ANSM. Les premières boîtes avec une durée de conservation allongée devraient apparaître dans les officines d’ici quelques mois, mais la généralisation prendra plus de temps.
Les médicaments périmés doivent être rapportés en pharmacie, qui se charge de leur destruction sécurisée. Il est strictement interdit de les jeter à la poubelle ou dans les toilettes, car cela peut contaminer l’environnement. En cas de doute, les patients peuvent consulter le site www.médicaments.gouv.fr pour trouver un point de collecte près de chez eux.