« L’enquête progresse », a déclaré Gérald Darmanin, ministre de la Justice, lors de son déplacement à Alès le 13 août 2026. Mais les investigations menées par les autorités judiciaires et policières se concentrent désormais sur une piste précise : celle d’une récupération du label « DZ Mafia » par des individus ou groupes locaux sans lien avec le réseau historique. BFM - Faits Divers révèle que cette hypothèse, évoquée par une source proche de l’enquête, n’est pas inédite dans le milieu du narcobanditisme français.
Selon les éléments recueillis, cette stratégie permettrait à des groupes sans affiliation réelle avec la « DZ Mafia » de s’approprier sa notoriété ou la crainte qu’elle inspire pour intimider des cibles comme Christophe Rivenq, maire d’Alès, visé par des menaces répétées depuis le mois de juillet. Aucune interpellation n’a encore été effectuée dans cette affaire, mais les autorités multiplient les pistes, notamment celle de trafiquants locaux dont l’implication reste à confirmer.
Ce qu'il faut retenir
- Christophe Rivenq, maire d’Alès, est sous protection policière 24h/24 depuis son exfiltration par le RAID dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026.
- Les enquêteurs privilégient désormais la piste d’une récupération du label « DZ Mafia » par des groupes sans lien avec l’organisation historique.
- Le 16 juillet 2026, des menaces accompagnées d’inscriptions comme « DZNG », « CVN » ou « FDP » ont été relevées au domicile de l’élu, ainsi que deux munitions de 9 mm.
- En 2025, 79 personnes ont été interpellées à Alès pour trafic de stupéfiants ; en 2026, 190 interpellations ont déjà eu lieu sur les sept premiers mois.
- Un seul point de deal à Alès peut générer jusqu’à 25 000 euros de revenus quotidiens, selon le procureur de la République.
Une enquête en cours sur fond de tensions locales
Le Parquet national anticriminalité organisée (PNACO) s’est saisi de l’affaire dès le 21 juillet 2026, suite aux multiples menaces subies par Christophe Rivenq. Les investigations, confiées à la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) et à l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), s’orientent vers plusieurs axes. « On travaille sur plusieurs perspectives », a indiqué le PNACO à BFM - Faits Divers le 20 août 2026, sans préciser davantage.
La situation à Alès, ville de 46 000 habitants, s’inscrit dans un contexte de lutte des territoires entre deux quartiers gangrenés par le trafic de stupéfiants : les Cévennes et les Près-Saint-Jean. Le premier est contrôlé par la « DZNG » (DZ Mafia Nouvelle Génération), un groupe issu d’une scission au sein de l’organisation historique, tandis que le second reste aux mains de trafiquants locaux. Selon le dernier rapport du SIRASCO publié en avril 2026, cette recomposition de la « DZ Mafia » s’accompagne de dissensions entre ses leaders historiques.
Des menaces revendiquées au nom de la « DZ Mafia », mais officiellement démenties
Le 22 juillet 2026, une vidéo a été diffusée par des personnes se revendiquant de la « DZ Mafia » pour condamner les menaces visant Christophe Rivenq. Dans ce document, une personne encagoulée et vêtue de noir lit un communiqué devant un drapeau algérien et un panneau « DZ Mafia » : « Nous condamnons fermement cet acte et nous ne sommes en aucun cas responsables de cet acte criminel ». Le texte s’interroge : « Pourquoi chercher à menacer un maire ? Qu’avons-nous à y gagner ? Et d’autant plus laisser notre signature en écrivant DZ, autant laisser une pièce d’identité ».
Cette vidéo, jugée « crédible » par une source proche du dossier, reprend un format identique à celui utilisé par les leaders historiques de la « DZ Mafia » lors d’une précédente communication en octobre 2024. Le PNACO avait été « informé » de sa diffusion au moment de sa publication. Pourtant, l’organisation historique a toujours nié toute implication dans ces menaces, comme en témoigne cette prise de position publique.
« Nous ne sommes en aucun cas responsables de cet acte criminel méritant d’être condamné de la plus cruelle et stricte manière. [...] Pourquoi nous chercher à menacer un quelconque maire ? Qu’avons-nous à y gagner ? »
— Extrait du communiqué diffusé le 22 juillet 2026 au nom de la « DZ Mafia »
Un trafic de stupéfiants en mutation à Alès
Les autorités locales dressent un bilan alarmant de l’évolution du narcobanditisme à Alès. Selon Abdelkrim Grini, procureur de la République, les profils des trafiquants ont radicalement changé en un an : « Jusqu’à l’été 2025, il n’y avait que des locaux sur ces points de deal, des individus qu’on connaissait à Alès. Depuis un an, nous avons affaire à beaucoup de personnes qui viennent désormais de toute la France ». Cette mutation coïncide avec une intensification des interpellations : 190 en 2026 contre 79 en 2025, sur la même période.
Les autorités estiment que les points de deal génèrent des revenus colossaux. « Un seul et même point de deal peut rapporter jusqu’à 25 000 euros par jour », précise Abdelkrim Grini. Cette manne financière alimente les tensions entre groupes rivaux, dont la « DZNG » et les trafiquants des Près-Saint-Jean. Dans ce contexte, l’usage du label « DZ Mafia » par des acteurs locaux pourrait servir à semer la confusion ou à renforcer leur emprise territoriale.
Cette affaire illustre une tendance plus large observée en France, où des groupes criminels s’approprient des labels emblématiques pour renforcer leur pouvoir ou intimider leurs adversaires. À Alès, comme ailleurs, la lutte contre le narcobanditisme se heurte à une stratégie de communication aussi pernicieuse que les trafics eux-mêmes.