Alors que les attaques jihadistes se multiplient au Mali, une information rapportée par France 24 met en lumière l’implication croissante de mercenaires turcs dans les mécanismes de pouvoir locaux. Selon des sources concordantes, lors d’une récente opération, le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, aurait été évacué en urgence par des contractors liés à la société turque Sadat. Ces éléments, révélés par le journaliste Ludovic de Foucaud – ancien correspondant en Turquie pour la chaîne – soulèvent des questions sur l’influence étrangère dans la gestion de la crise sécuritaire malienne.
Ce qu'il faut retenir
- Le colonel Assimi Goïta, président de la junte malienne, aurait été exfiltré en urgence lors d’une attaque jihadiste par des mercenaires turcs affiliés à la société Sadat.
- France 24, via son journaliste Ludovic de Foucaud, révèle ce rôle central de Sadat dans les arcanes du pouvoir malien.
- Cette intervention illustre l’influence grandissante de la Turquie en Afrique de l’Ouest, notamment au travers de sociétés militaires privées.
- Les attaques jihadistes au Mali restent fréquentes, malgré la présence de forces internationales comme la MINUSMA jusqu’en 2023.
Une exfiltration d’urgence sous protection turque
Selon les informations collectées par France 24, lors d’une frappe jihadiste récente dans une zone instable du centre du Mali, le chef de la junte malienne, le colonel Assimi Goïta, aurait été évacué en urgence par des mercenaires turcs. Cet épisode, non confirmé officiellement par Bamako ou Ankara, intervient alors que les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique multiplient les attaques contre les forces gouvernementales et les civils. L’exfiltration aurait eu lieu dans des conditions non précisées, mais suffisamment critiques pour justifier l’intervention de contractors étrangers.
Pour Ludovic de Foucaud, qui a couvert la Turquie pendant plusieurs années, cette opération illustre « la porosité croissante entre les intérêts turcs et la gestion sécuritaire malienne ». La société Sadat, souvent décrite comme un acteur clé du secteur des mercenaires en Turquie, est régulièrement citée dans des rapports internationaux pour son rôle dans la formation et le déploiement de forces paramilitaires à l’étranger. Son implication au Mali, si elle se confirme, marquerait un tournant dans l’engagement d’Ankara en Afrique subsaharienne.
Sadat, une société controversée au service de la diplomatie turque
Fondée en 1995 par l’ancien général Adnan Tanrıverdi, proche du président Recep Tayyip Erdoğan, la société Sadat est spécialisée dans la sécurité privée et la formation militaire. Longtemps restée dans l’ombre, elle a gagné en visibilité ces dernières années, notamment après des missions en Libye, en Syrie et, plus récemment, en République centrafricaine. Au Mali, son rôle supposé auprès de la junte soulève des interrogations sur les motivations de cette coopération : s’agit-il d’une stratégie de sécurisation du territoire malien, ou d’une manœuvre d’influence géopolitique de la part d’Ankara ?
Les autorités turques n’ont jamais officiellement reconnu des liens avec Sadat, bien que plusieurs rapports de l’ONU et d’ONG aient pointé du doigt cette entreprise dans des transferts d’armes et de personnel vers des zones de conflit en Afrique. Au Mali, où la junte a rompu avec la France en 2022 et s’est tournée vers des partenaires alternatifs comme la Russie (via le groupe Wagner) et la Turquie, la présence de Sadat s’inscrit dans un rééquilibrage stratégique. Cependant, cette alliance informelle expose Bamako à des risques de dépendance accrue envers des acteurs extérieurs, au détriment de sa souveraineté.
Un contexte sécuritaire toujours dégradé malgré les soutiens extérieurs
Depuis le coup d’État de 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est plongé dans une crise politique et sécuritaire sans précédent. Les attaques menées par les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) se sont intensifiées, malgré le déploiement de la MINUSMA jusqu’à son retrait en décembre 2023. La junte, dirigée par Assimi Goïta, a multiplié les partenariats militaires, notamment avec la Russie et la Turquie, pour tenter de contenir l’avancée des groupes armés.
Pourtant, ces soutiens externes n’ont pas suffi à inverser la tendance. En 2025, les Nations unies estimaient que plus de 1 400 civils avaient été tués dans des violences liées au terrorisme au Mali, tandis que près de 2,7 millions de personnes étaient déplacées. Dans ce contexte, l’intervention supposée des mercenaires turcs, bien que ponctuelle, interroge sur l’efficacité réelle de ces alliances et sur leur capacité à apporter une réponse durable à la crise.
Une question persiste, centrale : dans un pays où les alliances militaires se multiplient sans toujours apporter de solutions durables, la sécurité des populations maliennes ne risque-t-elle pas de devenir une variable d’ajustement géopolitique ?
Sadat est une société militaire privée turque fondée en 1995 par l’ancien général Adnan Tanrıverdi. Elle propose des services de formation et de sécurité à l’étranger, souvent en marge des engagements officiels du gouvernement turc. Selon des rapports d’ONG et de l’ONU, elle aurait été impliquée dans des missions en Libye, en Syrie et en République centrafricaine. Au Mali, son rôle supposé auprès de la junte malienne, notamment dans l’exfiltration du colonel Assimi Goïta, reste à confirmer officiellement, mais elle incarnerait une nouvelle forme d’influence turque en Afrique de l’Ouest.
Depuis le coup d’État de 2020 et la rupture des relations avec la France, la junte malienne a cherché à diversifier ses partenariats militaires. Les groupes jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ont étendu leur emprise territoriale malgré la présence de forces internationales comme la MINUSMA. Face à l’incapacité des armées locales à contenir cette menace, Bamako s’est tourné vers des acteurs comme la Russie (via le groupe Wagner) et la Turquie (via Sadat) pour combler ses lacunes capacitaires. Ces alliances permettent à la junte de bénéficier de soutiens opérationnels rapides, mais elles exposent aussi le Mali à des risques de dépendance et de tensions avec la communauté internationale.