Le 31 juillet 2025, le Costume Institute du Metropolitan Museum of Art a annoncé qu’il consacrerait, au printemps 2027, une rétrospective majeure à l’œuvre du créateur britannique John Galliano. Intitulée « John Galliano: Horizons », cette exposition marquera le troisième hommage solo rendu à un couturier encore en vie par le célèbre musée new-yorkais, après Yves Saint Laurent en 1983 et Rei Kawakubo en 2017. Pourtant, cette décision a immédiatement suscité une vive polémique dans le milieu de la mode et au-delà, Galliano restant associé à des propos antisémites et racistes tenus en 2011, rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Met Gala de 2027 célébrera John Galliano, trois ans après sa condamnation pour injures racistes et antisémites.
  • L’exposition « John Galliano: Horizons » présentera plus de 200 pièces, croquis et archives couvrant quatre décennies de carrière.
  • Une section sera dédiée à ses propos de 2011 et à son parcours de rédemption, malgré des critiques persistantes.
  • Des responsables juifs, dont l’Anti-Defamation League, ont été consultés et ont donné leur accord pour cette rétrospective.
  • Galliano a occupé des postes clés chez Givenchy, Dior et Maison Margiela, avant de signer un partenariat avec Zara en 2026.

Une carrière de légende, éclipsée par un scandale

Né en 1960 à Gibraltar, John Galliano s’installe au Royaume-Uni avec sa famille à l’âge de six ans. Après des études à la prestigieuse Central Saint Martins de Londres, il se fait remarquer dès sa collection de fin d’études, « Les Incroyables », entièrement achetée par le grand magasin Browns. Son ascension dans le monde de la haute couture est fulgurante : nommé directeur artistique de Givenchy en 1994, il devient, deux ans plus tard, le premier Britannique à diriger la création chez Dior, un poste qu’il occupe jusqu’en 2011.

Son talent contribue à populariser des pièces iconiques comme le sac Saddle, rendu célèbre par la série « Sex and the City ». Pourtant, son héritage reste profondément marqué par un incident survenu en février 2011, quelques jours avant la Fashion Week parisienne. Filmé en train d’insulter violemment un couple dans un café parisien, Galliano profère des propos racistes et antisémites, allant jusqu’à déclarer : « J’aime Hitler ». Condamné en 2013 pour injures publiques, il écope d’une amende de 6 000 euros, le tribunal rejetant son argument d’un état émotionnel fragile après le décès d’un proche.

Rédemption et réhabilitation progressive

Dès 2013, Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue et figure influente du Met Gala, lui offre une seconde chance en l’intégrant temporairement dans l’atelier d’Oscar de la Renta. Cette collaboration est saluée par la critique, permettant à Galliano de retrouver une légitimité dans le milieu. En 2014, il est nommé directeur artistique de Maison Margiela, un poste qu’il occupe jusqu’en 2024. En mars 2026, il signe un partenariat créatif de deux ans avec la marque Zara, confirmant son retour sur le devant de la scène.

Galliano a depuis multiplié les excuses publiques, évoquant des problèmes d’alcoolisme et de toxicomanie au moment des faits. Plusieurs responsables communautaires juifs ont jugé sa contrition sincère, dont des représentants de l’Anti-Defamation League et de l’Union for Reform Judaism. « Il n’y a personne qui mérite davantage une exposition de cette envergure que John Galliano », a déclaré Anna Wintour. « C’est un grand créateur et sa carrière ne se définit pas par un moment – une chose avec laquelle il devra vivre pour le reste de sa vie. »

Une exposition sous le signe de la complexité

Le Met insiste sur le caractère non hagiographique de l’exposition. Prévue pour s’ouvrir le 9 mai 2027 – une semaine après le Met Gala prévu le 3 mai –, « Horizons » présentera plus de 200 pièces, croquis et archives couvrant quarante ans de création. Une section spécifique sera consacrée aux propos de 2011 et à la trajectoire de Galliano depuis, afin d’interroger, selon le musée, « la manière dont la réussite artistique doit être envisagée au regard de la responsabilité éthique ».

Cette approche n’a cependant pas apaisé toutes les critiques. Jonathan Greenblatt, directeur général de l’Anti-Defamation League, a estimé que l’exposition devait s’accompagner d’actions concrètes contre l’antisémitisme, déclarant à Page Six : « Maintenant que la décision est prise, il revient au Met et à ses partenaires de passer à l’action, non pas avec des gestes symboliques autour d’une seule exposition, mais avec de véritables mesures. »

Les zones d’ombre d’un parcours

L’autrice et journaliste de mode Dana Thomas, dans une tribune publiée par le New York Times, a rappelé que Galliano avait été impliqué dans d’autres incidents problématiques. Elle cite notamment son expulsion de l’hôtel Ritz à Londres en 2005, après s’être dénudé, avoir monopolisé un ascenseur et harangué des clients en affirmant être un « lion ». Ces éléments, bien que moins médiatisés que l’affaire de 2011, alimentent les interrogations sur la frontière entre talent artistique et comportements inacceptables.

Le Met a précisé dans un communiqué que l’exposition ne serait « pas une célébration hagiographique de son travail », mais une réflexion sur la rédemption et ses limites. Le musée a consulté des associations juives avant de valider le projet, une démarche saluée par certains, mais jugée insuffisante par d’autres, dans un contexte où l’antisémitisme connaît une recrudescence en Europe et aux États-Unis.

Et maintenant ?

L’exposition « John Galliano: Horizons » et le Met Gala associé, prévus pour mai 2027, pourraient devenir un laboratoire pour discuter de la place des artistes controversés dans l’histoire culturelle. Le musée new-yorkais, qui n’a pas précisé si d’autres rétrospectives de créateurs aux passés troubles sont envisagées, pourrait être amené à clarifier sa politique en matière d’expositions dédiées à des figures dont les actes ont suscité l’indignation. D’ici là, le débat sur le pardon et la mémoire dans l’industrie de la mode devrait s’intensifier, notamment à l’approche d’une édition du Met Gala souvent perçue comme un miroir des enjeux sociétaux contemporains.

En attendant, Galliano, aujourd’hui âgé de 65 ans, prépare sa rentrée sur la scène créative. Son partenariat avec Zara court jusqu’en 2028, une collaboration qui pourrait, à terme, redéfinir la perception de son héritage. Reste à savoir si le public et les institutions culturelles seront prêts à dissocier l’œuvre de l’homme.

Selon Euronews FR, le Costume Institute a justifié sa décision en soulignant le talent artistique exceptionnel de Galliano. Anna Wintour a déclaré : « C’est un grand créateur et sa carrière ne se définit pas par un moment ». Le musée a également consulté des responsables juifs, dont l’Anti-Defamation League, qui ont donné leur accord. L’exposition inclura une section dédiée à ses propos antisémites de 2011 et à son parcours de rédemption.