Un album Panini, ces recueils de vignettes autocollantes que les enfants et les collectionneurs s’échangent pour compléter leurs albums de football, devient cette fois un symbole de mémoire et de controverse au Mexique. Selon Franceinfo - Sport, cette initiative éditoriale met en lumière le nombre vertigineux de disparus dans le pays, un drame humanitaire qui dépasse largement le cadre sportif.
Ce qu'il faut retenir
- Un album Panini dédié aux plus de 110 000 disparus au Mexique, victimes de la violence depuis 2006.
- L’initiative, lancée par une association de familles de disparus, vise à sensibiliser l’opinion publique.
- Chaque vignette représente un visage anonyme, sans identité précise, suscitant des débats sur la mémoire collective.
- Les organisateurs espèrent récolter des fonds pour financer des recherches et des enquêtes.
- Des critiques dénoncent une récupération commerciale d’un drame humain.
Un projet éditorial entre sensibilisation et polémique
L’album, distribué depuis le mois de mai 2026, se compose de 300 vignettes autocollantes à collectionner. Mais contrairement aux albums classiques, celles-ci ne représentent ni joueurs ni équipes de football, mais des portraits floutés ou anonymes. Selon Franceinfo - Sport, l’objectif affiché est de « donner un visage à l’invisible », en évoquant les milliers de personnes disparues au Mexique, souvent dans l’indifférence générale. « Nous voulons que chaque collectionneur se souvienne que derrière ces visages, il y a des familles en détresse », a déclaré Maria Gonzalez, porte-parole de l’association « Des visages pour ne pas oublier », citée par la source.
Pourtant, ce projet ne fait pas l’unanimité. Plusieurs associations de victimes dénoncent une commercialisation d’un drame qui, pour elles, mérite un traitement plus respectueux et moins médiatisé. « Un album Panini, c’est pour le football, pas pour pleurer nos proches », a réagi Carlos Mendez, dont le frère a disparu en 2018 dans l’État de Michoacán.
Un contexte de violence qui dépasse le sport
Le Mexique fait face depuis près de vingt ans à une crise des disparitions, liée à la guerre contre les cartels et aux violences intergangs. Selon les chiffres officiels, plus de 110 000 personnes sont portées disparues depuis 2006, un bilan qui place le pays parmi les plus touchés au monde par ce phénomène. Les régions les plus affectées, comme le Guerrero, le Tamaulipas ou encore l’État de Mexico, concentrent l’essentiel des cas non résolus.
Les familles des victimes dénoncent régulièrement l’inaction des autorités et le manque de moyens alloués aux enquêtes. En 2023, le gouvernement mexicain avait promis la création d’une commission spéciale pour les disparus, mais les résultats restent limités.
L’album Panini s’inscrit dans une série d’initiatives citoyennes visant à maintenir la pression sur les pouvoirs publics. D’autres projets, comme des expositions ou des livres, ont été lancés ces dernières années pour documenter les disparitions et exiger justice. En 2024, une marche nationale avait rassemblé plus de 50 000 personnes à Mexico, réclamant la vérité pour les victimes.
Un débat sur la mémoire et la récupération
Pour ses détracteurs, l’album Panini risque de banaliser une tragédie en la transformant en objet de collection. Certains psychologues et travailleurs sociaux craignent que cette approche ne crée une forme de voyeurisme, où les visages des disparus deviennent des « trophées » pour les collectionneurs.
À l’inverse, les organisateurs insistent sur le caractère symbolique de l’initiative. « Chaque vignette est un rappel que ces personnes existent, même si on ne les connaît pas », a expliqué Sofia Ramirez, coordinatrice du projet.
Le prix de l’album, fixé à 15 euros, doit permettre de financer une partie des recherches menées par des ONG locales, ainsi que des ateliers de soutien aux familles.
Si l’album Panini des disparus a suscité des réactions contrastées, il rappelle une fois de plus l’ampleur de la crise humanitaire au Mexique. Entre mémoire collective et débats éthiques, la question reste entière : comment rendre hommage à ces milliers de personnes sans les réduire à de simples objets de collection ?
L’association « Des visages pour ne pas oublier » a choisi ce format pour toucher un large public, notamment les jeunes, et les sensibiliser à la crise des disparitions au Mexique. Chaque vignette représente symboliquement une personne disparue, même si les visages sont anonymisés.