Michael Kretschmer, ministre-président de Saxe et vice-président de la CDU, a accordé un entretien à Euronews FR où il aborde plusieurs sujets sensibles liés à la guerre en Ukraine, aux sanctions contre la Russie et à la gestion des réfugiés ukrainiens en Allemagne. Ses déclarations, publiées le 25 mai 2026, reflètent les tensions au sein de la CDU sur la stratégie à adopter face à Moscou, tout en critiquant certaines mesures sociales allemandes jugées contre-productives.
Ce qu'il faut retenir
- Kretschmer estime que certaines régions d'Ukraine sont aujourd'hui sûres et que le retour des réfugiés pourrait s'envisager, tout en soulignant les limites des capacités d'aide allemandes.
- Il défend l'idée que l'Allemagne ne doit pas s'engager davantage dans le conflit militaire et prône des négociations diplomatiques, incluant la Chine et l'Inde.
- Le ministre-président critique le Bürgergeld accordé aux réfugiés ukrainiens, qu'il juge responsable d'un taux d'emploi anormalement bas (20-30 %) en Allemagne, contre 70-80 % dans d'autres pays européens.
- Il plaide pour la fin de la directive européenne sur l'afflux massif de réfugiés, dont le renouvellement pour 2027 lui semble inapproprié alors que la reconstruction de l'Ukraine progresse.
- Kretschmer et trois autres ministres-présidents de Länder ont obtenu 100 milliards d'euros d'un fonds spécial fédéral pour soutenir les communes allemandes, plutôt que de financer l'armement de l'Ukraine.
Une vision nuancée de la reconstruction ukrainienne et des retours possibles
Dans cet entretien, Michael Kretschmer, figure majeure de la CDU, partage une analyse pragmatique de la situation en Ukraine. Selon lui, « il existe de grandes régions d’Ukraine où l’on peut vivre bien et en sécurité », une affirmation qui s’appuie sur l’idée que certaines zones, libérées de l’occupation russe, se stabilisent progressivement. Cette position, souvent minoritaire au sein de son parti, vise à préparer le terrain pour un éventuel retour des réfugiés ukrainiens en Allemagne. Pourtant, Kretschmer reste prudent : « Nos capacités d’aide sont limitées », a-t-il déclaré à Euronews FR, rappelant que la reconstruction du pays nécessite des ressources colossales et une coordination internationale.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte où plusieurs Länder allemands, notamment la Saxe, la Bavière, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et la Sarre, militent pour une approche plus équilibrée. Le soutien à l’Ukraine, bien que maintenu, ne doit pas se faire au détriment des infrastructures locales, jugées prioritaires par ces responsables politiques.
Diplomatie avant tout : Kretschmer contre un engagement militaire accru
L’un des points les plus marquants de l’entretien concerne la stratégie allemande face à la Russie. Kretschmer, connu pour ses positions critiques envers les livraisons d’armes lourdes à Kiev, réaffirme son opposition à une implication directe de l’Allemagne dans le conflit. « L'Allemagne ne doit pas devenir partie au conflit », insiste-t-il, avant d’ajouter que Berlin est « déjà allée beaucoup trop loin » dans son soutien militaire. Pour lui, la résolution du conflit ne pourra venir que de la diplomatie, et non de l’escalade militaire : « Ce conflit ne pourra pas être réglé par des moyens militaires ».
Le ministre-président de Saxe va plus loin en dénonçant les attaques personnelles subies par ceux qui, au sein de la CDU ou ailleurs, osent remettre en cause le soutien inconditionnel à l’Ukraine. « Tant de personnes ont été insultées de manière odieuse pour avoir réfléchi et parlé en ce sens », déplore-t-il, avant de plaider pour une alliance diplomatique élargie incluant la Chine et l’Inde. Selon lui, ces pays pourraient jouer un rôle clé dans la recherche d’une issue négociée, évitant ainsi une guerre prolongée aux conséquences imprévisibles.
Sanctions contre la Russie : efficacité et limites selon Kretschmer
Sur le volet des sanctions économiques contre Moscou, Michael Kretschmer adopte une posture équilibrée. S’il reconnaît leur légitimité pour punir l’agression russe contre un État souverain, il met en garde contre leur impact auto-destructeur. « L'agression contre un État souverain ne doit pas rester sans conséquences », rappelle-t-il, tout en soulignant que « aucun mètre carré de l'Ukraine, pas même la Crimée, n'est devenu russe » en droit international. Pour lui, les sanctions doivent être ciblées et réfléchies, afin de ne pas fragiliser l’économie allemande au point de compromettre sa capacité à financer la défense européenne.
Kretschmer prend l’exemple des États-Unis, qui maintiennent une coopération nucléaire civile avec la Russie, alors que l’Allemagne a adopté une ligne plus radicale en refusant tout approvisionnement en gaz ou pétrole russe. « Une approche beaucoup trop courte », estime-t-il, avant d’ajouter que Berlin doit veiller à ne pas s’isoler économiquement dans un contexte où la compétition géopolitique s’intensifie. Selon lui, la fin de la guerre doit passer par des négociations où l’Allemagne pourrait jouer un rôle de médiateur, à condition de préserver sa souveraineté décisionnelle.
Bürgergeld pour les réfugiés ukrainiens : une mesure contre-productive ?
L’un des sujets les plus polémiques abordés par Kretschmer concerne l’accès des réfugiés ukrainiens au Bürgergeld, une allocation sociale allemande. Le ministre-président de Saxe juge cette mesure « une grave erreur », expliquant que son introduction a entraîné un taux d’emploi anormalement bas chez les Ukrainiens en Allemagne. Alors qu’en France, en Pologne ou aux Pays-Bas, 70 à 80 % des réfugiés ukrainiens occupent un emploi, l’Allemagne plafonne à 20 ou 30 %. « Ce n'est pas dû aux Ukrainiennes et aux Ukrainiens, mais à nos prestations sociales », affirme-t-il, pointant du doigt le système allemand comme responsable de cette situation.
Cette critique s’inscrit dans une volonté plus large de Kretschmer de réformer les politiques d’intégration. Il salue en revanche la directive européenne sur l'afflux massif de réfugiés, activée en 2022 pour les Ukrainiens, qui offre une protection temporaire sans lourdeurs administratives. Pourtant, il demande que ce dispositif, dont l’échéance est prévue pour 2027, ne soit pas prolongé : « À mes yeux, l'essentiel est que la directive européenne sur l'afflux massif expire l'année prochaine ». Pour lui, cette mesure a atteint son objectif et son maintien risquerait de décourager le retour des réfugiés dans leur pays, alors que certaines régions ukrainiennes deviennent sûres.
Un fonds spécial de 100 milliards pour les communes allemandes
Dans le cadre des négociations pour former le nouveau gouvernement fédéral « noir-rouge » (CDU/CSU et SPD), Michael Kretschmer et trois autres ministres-présidents de Länder ont obtenu un compromis majeur : 100 milliards d’euros issus d’un « fonds spécial » seront alloués aux communes allemandes. Ce financement vise à combler les déficits des hôpitaux, écoles, crèches, services de secours et infrastructures sportives, souvent saturés par les lois fédérales non financées. « Nous ne pouvions pas débloquer de l'argent pour l'armement ou pour des équipements destinés à l'Ukraine alors que nos communes n'arrivent plus à suivre », a expliqué Kretschmer à Euronews FR.
Cette position illustre une divergence croissante au sein de la CDU entre les tenants d’un soutien maximal à l’Ukraine et ceux, comme Kretschmer, qui estiment que les priorités allemandes doivent rester internes. Pour le ministre-président saxon, le gouvernement fédéral a une responsabilité première : garantir le fonctionnement démocratique des collectivités locales, un pilier de la stabilité du pays. Les déficits actuels, selon lui, sont en partie liés à des décisions fédérales non assorties de financements adéquats.
Pour conclure, les propos de Michael Kretschmer reflètent les divisions persistantes en Allemagne sur la meilleure manière de gérer les conséquences de la guerre en Ukraine. Entre soutien à Kiev, critique des sanctions et remise en question des politiques sociales, ses positions soulignent la complexité des choix auxquels le pays est confronté, dans un contexte géopolitique toujours plus tendu.
Le ministre-président de Saxe estime que cette allocation sociale a créé un effet désincitatif majeur : les réfugiés ukrainiens en Allemagne ont un taux d’emploi bien inférieur (20-30 %) à celui observé dans d’autres pays européens (70-80 %). Selon lui, le système allemand décourage l’intégration professionnelle et maintient les bénéficiaires dans une dépendance aux aides, alors que la reconstruction de l’Ukraine rend le retour possible.
Les ministres-présidents de Saxe, Bavière, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et Sarre ont obtenu 100 milliards d’euros issus d’un « fonds spécial » fédéral. Cet argent est destiné à soutenir les communes allemandes, en particulier pour financer les infrastructures locales (hôpitaux, écoles, crèches, services de secours) qui subissent des pressions budgétaires liées à des lois fédérales non financées. Le but est d’éviter que ces dépenses ne pénalisent la reconstruction ou le soutien à l’Ukraine.