Selon nos confrères du Monde – Politique, l’économiste Michaël Zemmour, spécialiste des questions de retraite et de protection sociale, a pris position contre la suspension de l’indexation des pensions sur l’inflation. Dans une tribune publiée par le quotidien, il estime que cette mesure, souvent présentée comme une correction d’injustice, serait en réalité contre-productive et mal adaptée pour réduire les inégalités.
Ce qu'il faut retenir
- Michaël Zemmour rejette l’idée de suspendre l’indexation des retraites sur la hausse des prix, la qualifiant de mauvaise idée.
- L’économiste souligne que les pensions de retraite ne sont pas si élevées qu’on le prétend souvent dans le débat public.
- Il propose d’utiliser d’autres outils pour faire contribuer davantage les ménages les plus aisés.
- La désindexation des retraites est régulièrement évoquée comme un moyen de réduire le déficit des régimes de retraite.
Dans sa tribune au Monde, Michaël Zemmour, maître de conférences en économie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, rappelle d’abord que le niveau des pensions de retraite en France reste inférieur à la moyenne européenne. En 2024, le montant moyen d’une pension de droit direct s’élevait à environ 1 500 euros brut par mois, un chiffre qui place la France en dessous de pays comme l’Allemagne ou les pays nordiques. Selon les données de la DREES, près d’un retraité sur cinq perçoit une pension inférieure au seuil de pauvreté.
« Suspendre l’indexation des retraites sur la hausse des prix est une mauvaise idée », a déclaré Michaël Zemmour. « Les pensions ne sont pas si élevées que certains l’imaginent, et cette mesure pénaliserait avant tout les retraités les plus modestes. »
Pour l’économiste, la désindexation des retraites, souvent présentée comme une correction d’injustice, risquerait en réalité d’aggraver les inégalités. Les ménages modestes, dont les pensions représentent l’essentiel de leurs revenus, seraient les premiers touchés. À l’inverse, les retraités les plus aisés, dont les revenus proviennent en partie d’autres sources (capital, immobilier, etc.), seraient moins affectés. Une telle mesure, selon lui, ne ciblerait donc pas les bons leviers.
Michaël Zemmour rappelle que d’autres outils existent pour réduire le déficit des régimes de retraite tout en protégeant les plus précaires. Il évoque notamment la fiscalité, en proposant d’augmenter l’imposition des hauts revenus ou des grandes fortunes, ou encore la réforme des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises les plus profitables. « Plutôt que de toucher aux pensions, il serait plus juste de faire contribuer ceux qui en ont les moyens », explique-t-il.
Cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur la soutenabilité financière des régimes de retraite en France. Face à un vieillissement de la population et à un déséquilibre démographique, plusieurs pistes sont régulièrement avancées : allongement de la durée de cotisation, augmentation des cotisations, ou encore baisse des pensions. La désindexation des retraites sur l’inflation, défendue par certains responsables politiques comme un moyen de réaliser des économies, est l’une de ces propositions.
Cependant, comme le souligne Michaël Zemmour, cette mesure pourrait avoir des effets pervers. En période d’inflation élevée, comme celle observée en 2022 et 2023, où les prix à la consommation ont progressé de plus de 5 % en moyenne annuelle, une suspension de l’indexation reviendrait à une baisse réelle des pensions. Pour un retraité touchant une pension moyenne, cela pourrait représenter une perte de pouvoir d’achat de plusieurs centaines d’euros par an.
Ce débat illustre plus largement les tensions autour de la répartition des efforts dans la gestion des retraites. D’un côté, les partisans d’une rigueur budgétaire plaident pour des mesures ciblées sur les dépenses. De l’autre, les défenseurs d’une protection sociale solide insistent sur la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des retraités, dont les pensions constituent souvent la principale source de revenus.
Dans ce contexte, la position de Michaël Zemmour apporte un éclairage utile : elle rappelle que les réformes ne doivent pas se contenter de réduire les dépenses, mais doivent aussi veiller à leur équité. Autant dire que le chemin vers une solution consensuelle s’annonce semé d’embûches.
La désindexation des retraites est régulièrement présentée comme une solution pour réduire le déficit des régimes de retraite. En suspendant l’indexation sur l’inflation, l’État réaliserait des économies immédiates, car les pensions ne progresseraient pas en fonction de la hausse des prix. Cette mesure permettrait de limiter les dépenses publiques sans augmenter les cotisations ou reporter l’âge légal de départ.