La célèbre carte Michelin, référence historique pour les automobilistes, se réinvente pour les amateurs de patrimoine industriel. Selon Franceinfo - Culture, l’éditeur vient de lancer une nouvelle édition spécialement conçue pour mettre en lumière plus de 600 entreprises françaises ouvertes au public, un moyen original de découvrir les traditions manufacturières du pays.
Ce qu'il faut retenir
- Une nouvelle carte Michelin recense 600 entreprises accessibles au public, dont des ateliers traditionnels, des manufactures et des usines historiques.
- Plus de 350 sites sont déjà référencés en Normandie, parmi lesquels figurent les Ateliers Bohin et la Biscuiterie de l’Abbaye.
- Ces visites permettent de découvrir des savoir-faire artisanaux encore en activité, comme la fabrication manuelle d’aiguilles ou la production de biscuits selon des méthodes ancestrales.
- L’initiative s’inscrit dans une démarche de valorisation du tourisme industriel, soutenue par l’association « Entreprise et Découverte ».
Un outil pour explorer la France autrement
Depuis plus d’un siècle, la carte Michelin accompagne les voyageurs sur les routes de France. Mais cette fois, l’éditeur va plus loin en proposant une sélection d’itinéraires dédiés aux métiers d’art et à l’industrie. Contrairement aux guides touristiques classiques, cette carte met en avant des entreprises toujours en activité, souvent méconnues du grand public. Les visiteurs peuvent ainsi observer des machines en fonctionnement, échanger avec les ouvriers et comprendre des processus de fabrication uniques.
Parmi les sites emblématiques retenus, les Ateliers Bohin, à Saint-Sulpice-sur-Risle dans l’Orne, illustrent parfaitement cette démarche. Fondés en 1833, ces ateliers sont les derniers fabricants français d’aiguilles à coudre à la main. Leur bâtiment, classé Monument Historique, abrite des machines d’après-guerre encore utilisées pour produire une aiguille en 27 étapes et deux mois de travail.
Des visites qui surprennent les touristes
Pour les visiteurs, l’expérience est souvent déroutante. Nombre d’entre eux découvrent avec étonnement l’ampleur du travail artisanal requis. « On est au plus près des personnes. Je suis très surprise qu’il n’y ait que six ouvriers pour faire tout le travail », confie une touriste lors de sa visite aux Ateliers Bohin. Une autre ajoute : « C’est vraiment impressionnant, je ne pensais pas que c’était aussi artisanal. Je m’imaginais quelque chose de plus industrialisé. »
La Biscuiterie de l’Abbaye, située à Lonlay-l’Abbaye, offre un autre visage de ce tourisme industriel. Fondée il y a plus d’un siècle, cette entreprise perpétue un savoir-faire normand basé sur l’utilisation d’ingrédients locaux : beurre AOP d’Isigny, farine de Normandie ou encore sucre de betterave. « Les ingrédients chez nous, c’est les mêmes qu’à la maison, c’est juste pas les mêmes quantités », explique Charles Lebaudy, son directeur. Les visites se concluent systématiquement par une dégustation, une façon de marquer les esprits.
Une initiative portée par une association dédiée
Derrière ce projet se cache l’association « Entreprise et Découverte », dont la mission est de promouvoir l’accès aux entreprises comme lieux de visite. « Près de chez vous, vous connaissez assez bien les musées, les églises, mais par contre les entreprises ? Finalement, il y a peu de gens qui savent encore qu’on peut aller visiter des entreprises », souligne Cécile Pierre, déléguée générale de l’association. Selon elle, cette carte Michelin répond à une demande croissante de tourisme alternatif, où le concret l’emporte sur l’abstrait.
Gaëlle Urbanet, guide aux Ateliers Bohin, confirme l’engouement pour ces visites : « Le fait d’apparaître sur cette carte, c’est évidemment une grande fierté, mais c’est surtout extrêmement important puisqu’aujourd’hui, nous avons des visiteurs qui sont vraiment férus de tourisme industriel. En plus de ça, ce type de visite, c’est toujours très familial puisque c’est concret. »
Un tourisme industriel en plein essor
Cette initiative s’inscrit dans une tendance plus large de valorisation des métiers traditionnels. En France, de nombreuses régions misent sur leur patrimoine industriel pour attirer les visiteurs. La Normandie, avec ses savoir-faire normands, est particulièrement bien représentée. Outre les Ateliers Bohin et la Biscuiterie de l’Abbaye, on trouve également des fromageries, des cidreries ou encore des ateliers de fabrication de couteaux.
Pour les touristes, ces visites offrent une immersion dans l’histoire économique et sociale du pays. « On apprend beaucoup plus de choses que quand on est dans un musée », affirme un jeune visiteur lors d’une visite à la biscuiterie. Un argument de poids pour convaincre les sceptiques, d’autant que ces sites sont souvent situés en dehors des sentiers battus.
Reste à voir si ce type d’initiative contribuera à redynamiser des territoires ruraux ou à préserver des savoir-faire menacés par la standardisation industrielle. Une chose est sûre : la carte Michelin a su, une fois encore, se réinventer pour répondre aux attentes d’un public en quête d’authenticité.