Une enquête menée par Reporterre, en collaboration avec le média d’investigation breton Splann !, révèle un phénomène en expansion en Bretagne : l’utilisation de déconditionneurs pour recycler les rebuts de l’industrie agroalimentaire en méthane, un procédé qui génère des microplastiques épandus ensuite dans les champs agricoles. Saint-Nicolas-du-Tertre (Morbihan) concentre l’un des cas les plus emblématiques, où un Gaec exploitant 300 vaches laitières, trois hectares de serres et un méthaniseur, emploie une trentaine de personnes.

Ce qu'il faut retenir

  • En Bretagne, des déconditionneurs transforment les déchets agroalimentaires en biogaz, mais ce processus libère des microplastiques.
  • Ces particules sont ensuite épandues dans les champs via les digestats issus des méthaniseurs.
  • Le Gaec des Friches, à Saint-Nicolas-du-Tertre (Morbihan), illustre cette pratique avec un méthaniseur de taille industrielle.
  • L’enquête a été réalisée par Splann ! et publiée par Reporterre.

Un procédé en plein essor, mais aux conséquences méconnues

La méthanisation agricole connaît un développement accéléré en Bretagne, région où l’industrie agroalimentaire génère d’importants volumes de déchets. Reporterre rapporte que ces rebuts, souvent emballés, sont d’abord passés au déconditionneur pour séparer les matières organiques des emballages plastiques. « Plus ils sont petits, plus ils sont toxiques », souligne un spécialiste cité par le média. Une fois traités, les déchets sont transformés en biogaz dans des méthaniseurs, tandis que les résidus solides, appelés digestats, sont épandus comme engrais dans les champs. Or, ces digestats contiennent des microplastiques issus des emballages non entièrement filtrés.

Des microplastiques déjà présents dans les sols bretons

Les études sur l’impact des microplastiques dans les sols restent limitées, mais les premiers constats sont préoccupants. « Les particules de moins de 5 mm, voire de moins de 1 mm, sont les plus problématiques », explique un chercheur en environnement interrogé par Reporterre. Ces microplastiques peuvent persister des décennies dans les sols, altérant leur fertilité et contaminant potentiellement les cultures. En Bretagne, où l’agriculture intensive et l’élevage sont omniprésents, la question des sols souillés prend une dimension particulière. Le Gaec des Friches, comme d’autres exploitations, utilise ces digestats depuis plusieurs années sans évaluation approfondie de leurs effets à long terme.

Une réglementation encore floue sur les seuils acceptables

Actuellement, la réglementation française et européenne ne fixe pas de seuil limite pour la présence de microplastiques dans les sols agricoles. Reporterre indique que les agriculteurs se trouvent dans une zone grise, entre impératif de valorisation des déchets et risque environnemental. « On recycle des déchets pour produire du biogaz, mais on ignore à quel point on pollue les terres », confie un éleveur breton sous couvert d’anonymat. Les associations environnementales réclament depuis des années des analyses plus strictes, notamment sur les emballages alimentaires en plastique, souvent non compostables ou non recyclables en circuit fermé.

Et maintenant ?

Une pétition nationale a été lancée pour demander un moratoire sur l’épandage des digestats issus de déchets agroalimentaires, le temps d’évaluer leur impact réel. Par ailleurs, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) devrait publier d’ici fin 2026 un rapport sur les risques liés aux microplastiques dans les sols. Les résultats pourraient conduire à une révision des normes d’épandage, voire à l’interdiction de certains procédés de méthanisation. Enfin, des initiatives locales émergent pour tester des alternatives, comme le compostage séparé des emballages avant méthanisation.

Face à l’essor de la méthanisation, la question des microplastiques dans les champs bretons pose un défi de taille : concilier transition énergétique et préservation des sols. Pour l’heure, les acteurs du secteur attendent les conclusions des études en cours.

Les risques sanitaires ne sont pas encore totalement documentés, mais les microplastiques peuvent contaminer les cultures et entrer dans la chaîne alimentaire. Des études préliminaires suggèrent qu’ils pourraient affecter la qualité des sols et la santé des plantes à long terme.