Selon Le Monde – Politique, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, tire la sonnette d’alarme dans une tribune publiée ce lundi 8 juin 2026. Il dénonce une remise en cause inédite du modèle français de financement de l’audiovisuel, salué et copié à l’international, qui pourrait, selon lui, saper les fondements mêmes de la création cinématographique française. Jusqu’ici, ce système était surtout contesté par les géants américains du secteur, mais il est désormais critiqué par des acteurs français eux-mêmes.

Ce qu'il faut retenir

  • Le modèle français de financement du cinéma, souvent cité en exemple à l’étranger, est désormais critiqué par des voix françaises, selon une tribune de Gaëtan Bruel au Monde.
  • Gaëtan Bruel, président du CNC, met en garde contre un risque de « démantèlement » du système qui a fait de la France un leader mondial de la création audiovisuelle.
  • Jusqu’à présent, les attaques contre ce modèle provenaient principalement des groupes américains, comme Netflix ou Disney.
  • La France a bâti un système de financement unique, combinant subventions publiques, taxes sur les plateformes et obligations de production locale.

Un système encensé à l’étranger, mais fragilisé en interne

Le modèle français repose sur un équilibre subtil entre financements publics et privés, avec une obligation pour les diffuseurs (chaînes de télévision, plateformes de streaming) de réinvestir dans la production française. Ce système, souvent qualifié de « quota » ou de « taxe Netflix », a permis à la France de se positionner comme une puissance audiovisuelle majeure. Pourtant, Gaëtan Bruel souligne dans sa tribune que des acteurs nationaux, mécontents des contraintes imposées, poussent désormais pour un assouplissement, voire un démantèlement partiel de ce dispositif. « Certains veulent démanteler le modèle même qui a fait de la France un champion mondial de la création audiovisuelle », a-t-il déclaré.

Des tensions liées à la concurrence et aux mutations du secteur

Les critiques internes s’expliquent en partie par l’évolution du paysage audiovisuel. Les plateformes étrangères, soumises à des obligations de production locale depuis 2020, contestent ces règles, tandis que certains producteurs français estiment que ces contraintes freinent leur compétitivité. Gaëtan Bruel, qui défend ce modèle depuis son arrivée à la tête du CNC en 2024, rappelle que la France a bâti sa réputation sur une politique culturelle ambitieuse. « Ce système est une réussite collective, et son affaiblissement aurait des conséquences dramatiques pour l’emploi et la diversité culturelle », a-t-il insisté.

Un enjeu économique et culturel

Le modèle français repose sur trois piliers principaux : une taxe prélevée sur le chiffre d’affaires des diffuseurs (y compris les plateformes étrangères), des subventions publiques gérées par le CNC, et des obligations de production locale pour les chaînes et services de streaming. En 2025, ces mécanismes ont permis de financer plus de **1 200 films et séries**, générant un chiffre d’affaires global de **4,5 milliards d’euros** pour le secteur. Gaëtan Bruel rappelle que ce système a permis à des œuvres françaises de s’exporter, comme Lupin sur Netflix ou Dix pour cent sur France 2, tout en maintenant une industrie solide, avec **35 000 emplois directs** et **150 000 indirects**. « Ce n’est pas un détail : c’est l’architecture même de notre exception culturelle », a-t-il souligné.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives, alors que le gouvernement doit trancher dans le cadre d’une réforme plus large du secteur audiovisuel, prévue pour l’automne 2026. Une commission parlementaire, présidée par la députée Renaissance Aurore Bergé, a été chargée d’évaluer la pertinence des mécanismes actuels. Gaëtan Bruel, de son côté, appelle à une mobilisation des professionnels pour défendre ce modèle. « Nous ne pouvons pas laisser quelques voix isolées mettre en péril des décennies de politique culturelle », a-t-il plaidé. Les prochaines décisions pourraient aussi être influencées par les négociations en cours avec l’Union européenne sur la régulation des plateformes numériques.

Quoi qu’il en soit, l’issue de ce débat aura des répercussions bien au-delà des frontières françaises. Alors que d’autres pays européens, comme l’Allemagne ou l’Espagne, observent avec attention le modèle français, une remise en cause pourrait affaiblir la position de l’Europe face aux géants américains. Comme le rappelle Gaëtan Bruel, « la France a montré la voie : à nous de ne pas l’abandonner ».

Il repose sur trois mécanismes : une taxe de **10,7 %** sur le chiffre d’affaires des diffuseurs (y compris les plateformes comme Netflix ou Amazon), des subventions publiques gérées par le CNC, et des obligations de production locale pour les chaînes et services de streaming. Ces fonds sont réinvestis dans des projets audiovisuels français ou européens.

Principalement des producteurs indépendants et certains diffuseurs qui estiment que les contraintes de production locale limitent leur flexibilité face à la concurrence internationale. Certains groupes américains opérant en France contestent aussi ces règles, qu’ils jugent discriminatoires.