Selon Le Figaro, l’institut Thomas More, laboratoire d’idées libéral-conservateur, publie un rapport accablant sur les 50 décisions majeures prises entre 1974 et 2026, accusées d’avoir contribué au déclin économique et social de la France. Parmi les domaines les plus critiqués figurent le modèle social, jugé « trop coûteux et irréformable », ainsi que la famille, présentée comme fragilisée par des réformes successives. Ces choix politiques, allant de la retraite à 60 ans à la fin de l’universalité des allocations familiales, sont pointés du doigt pour leur rôle dans la dégradation des finances publiques et des équilibres sociétaux.

Ce qu'il faut retenir

  • L’institut Thomas More recense 50 décisions prises depuis 1974 ayant affaibli le modèle social français.
  • Parmi les mesures phares : la retraite à 60 ans en 1982, le RMI en 1988, les 35 heures en 1998 et la fin de l’universalité des allocations familiales en 2014.
  • Ces réformes sont présentées comme des causes majeures du déclin économique et de la fragilisation de la famille en France.

La retraite à 60 ans, un symbole des dérives du système

L’ordonnance n°82-270 du 26 mars 1982, signée sous la présidence de François Mitterrand, marque un tournant avec l’abaissement de l’âge légal de la retraite à 60 ans. Pour l’institut Thomas More, cette mesure symbolise « le renoncement à la soutenabilité économique du système », aggravant le déséquilibre entre actifs et retraités. Le déficit de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) s’est creusé depuis, passant de quelques milliards dans les années 1990 à plus de 15 milliards d’euros en 2025, selon les dernières projections.

Le think tank souligne que cette décision a été prise sans anticipation des conséquences démographiques, alors que l’espérance de vie augmentait et que le ratio cotisants/retraités se dégradait. « Cette réforme a creusé un trou abyssal dans les comptes sociaux, commente l’institut dans son rapport. Le coût cumulé de ce dispositif est estimé à plus de 1 200 milliards d’euros depuis sa mise en œuvre. »

Le RMI et les 35 heures, des mesures sociales aux effets pervers

Instauré en 1988 sous François Mitterrand, le Revenu minimum d’insertion (RMI) est également pointé du doigt pour avoir « encouragé une forme de dépendance à l’assistanat ». L’institut Thomas More rappelle que ce dispositif, bien que conçu comme une aide temporaire, est devenu un filet de sécurité permanent pour des millions de Français, avec un coût annuel dépassant aujourd’hui 12 milliards d’euros. Le think tank critique aussi son absence de contreparties claires, comme des formations obligatoires ou des incitations au retour à l’emploi.

Les 35 heures, promues par Lionel Jospin en 1998, sont présentées comme une autre décision ayant « affaibli la compétitivité des entreprises françaises ». L’institut estime que cette réforme a accru les coûts salariaux et réduit la flexibilité du marché du travail, contribuant à la désindustrialisation du pays. « Les entreprises ont dû embaucher pour compenser la baisse du temps de travail, explique le rapport, mais cette mesure n’a pas eu l’effet escompté sur le chômage, qui est resté structurellement élevé. »

La fin de l’universalité des allocations familiales, une rupture idéologique

En 2014, sous la présidence de François Hollande, l’universalité des allocations familiales est supprimée au profit d’une condition de ressources. Une décision qui, selon l’institut Thomas More, « a sapé le principe de solidarité nationale ». Le think tank rappelle que cette réforme a concerné près de 4 millions de foyers, avec des économies estimées à 1,5 milliard d’euros par an pour l’État. Mais le coût social, lui, reste difficile à évaluer.

L’institut souligne que cette mesure s’inscrit dans une logique de ciblage des aides, au détriment de la natalité et de la cohésion familiale. « En conditionnant les allocations à des revenus, on a envoyé un signal négatif aux familles modestes, estime le rapport. Certaines études montrent une baisse des naissances dans les catégories les plus touchées par cette réforme. »

Un modèle social devenu « ingérable » selon les économistes

Le rapport de l’institut Thomas More dresse un constat sans appel : « Le système social français est aujourd’hui ingérable, en raison de son coût exponentiel et de son manque de flexibilité. » Entre 1980 et 2025, les dépenses de protection sociale sont passées de 20 % à près de 32 % du PIB, un niveau parmi les plus élevés d’Europe. Le think tank pointe aussi l’accumulation de dispositifs superposés, comme les multiples réformes des retraites ou les aides sociales ciblées, qui rendent le système illisible et inefficace.

Pour les auteurs du rapport, ces choix politiques reflètent une « logique de court terme », où les gouvernements successifs ont privilégié des mesures populaires plutôt que des réformes structurelles. « On a construit un édifice sur des fondations fragiles, résume l’institut. Aujourd’hui, la France doit faire face à un déficit chronique et à une dette sociale abyssale. »

Et maintenant ?

Alors que la France reste plongée dans une crise des comptes publics, les prochaines échéances politiques pourraient relancer le débat sur une refonte du modèle social. Les réformes des retraites et de l’assurance chômage, prévues pour 2027, seront des tests décisifs. Le gouvernement devra arbitrer entre la nécessité de réduire le déficit et le risque de fragiliser davantage les ménages les plus modestes. « Les marges de manœuvre sont étroites, souligne un économiste proche du dossier. Toute réforme devra être progressive pour éviter un choc social. »

Enfin, l’institut Thomas More appelle à une réflexion plus large sur le rôle de la famille dans la société française. « Les politiques familiales doivent redevenir un levier de croissance démographique et de cohésion nationale, plaide le rapport. Mais cela suppose de repenser en profondeur les aides et les incitations, sans tomber dans les excès du passé. »

L’institut Thomas More prône notamment le retour à une retraite progressive, l’instauration de contreparties pour les aides sociales comme le RMI, et une refonte des allocations familiales pour encourager la natalité. Il recommande aussi de supprimer certains dispositifs jugés inefficaces et de mieux cibler les dépenses sociales.