En Anjou, comme dans l’ensemble du pays, les entreprises spécialisées dans les vols en montgolfière subissent de plein fouet une réforme fiscale qui, selon Ouest France, pourrait bien clouer au sol une partie de la filière. Portée par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, cette disposition est désormais au cœur des débats entre professionnels et pouvoirs publics. Autant dire que l’équilibre économique de ces structures, déjà fragilisées par des coûts opérationnels élevés et une saisonnalité marquée, est directement menacé par ce texte.
Ce qu'il faut retenir
- Une hausse de la TVA sur les prestations de vols en montgolfière, passée de 10 % à 20 %, est au cœur du dispositif fiscal contesté.
- Les professionnels estiment que cette mesure va alourdir leurs coûts de 30 % en moyenne, selon les estimations de la Fédération française de l’aérostation.
- En Anjou, région où l’activité touristique liée aux montgolfières est particulièrement développée, plus de 80 % des entreprises du secteur pourraient être touchées directement.
- Les acteurs locaux dénoncent un « coup de massue » dans un contexte où la fréquentation touristique reste en dessous des niveaux d’avant-crise sanitaire.
- Plusieurs élus locaux ont déjà interpellé le ministère de l’Économie pour demander un report ou une révision de la mesure.
Une réforme fiscale aux conséquences immédiates pour les professionnels
Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en juin 2026, la mesure vise à harmoniser le taux de TVA sur les activités de loisirs aériens avec celui des autres prestations touristiques. Pourtant, pour les exploitants de montgolfières, le choc est brutal. « C’est notre vie qui se joue », résume sans détour Jean-Marc Dubois, président de la Chambre syndicale des mongolfières de France. « Avec cette hausse, nos tarifs vont mécaniquement augmenter, et nos clients, déjà sensibles aux prix, risquent de se tourner vers d’autres activités. » Selon lui, les petites structures, souvent familiales, n’auront d’autre choix que de réduire leurs effectifs ou de suspendre leurs vols en basse saison.
En Anjou, où l’activité représente près de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploie plus de 200 personnes, la menace est prise très au sérieux. Les professionnels pointent du doigt le manque de concertation en amont. « On nous a présenté cela comme une mesure technique, sans évaluer l’impact réel », déplore Sophie Leroux, gérante d’une société basée près d’Angers. « Pourtant, nos marges sont déjà serrées, et cette hausse va nous faire basculer dans le rouge. »
Un secteur déjà sous tension avant la réforme
Le contexte n’a jamais été aussi défavorable pour les montgolfières. Depuis 2020, le secteur a subi de plein fouet les conséquences des restrictions sanitaires, puis la hausse des coûts énergétiques et des assurances. Selon les chiffres de la Fédération, le nombre de vols commercialisés a chuté de 25 % entre 2019 et 2025. Les marges, déjà faibles, se sont encore réduites, rendant toute augmentation des coûts insoutenable pour une majorité d’acteurs. « Nous sommes à la limite de la rentabilité », confie un exploitant angevin sous couvert d’anonymat. « Certains de nos confrères ont déjà mis la clé sous la porte l’hiver dernier. Avec cette réforme, ce sera encore plus difficile. »
Côté clients, la hausse des tarifs pourrait aussi jouer un rôle dissuasif. Un vol en montgolfière coûte en moyenne entre 150 et 250 euros par personne, selon la durée et le prestataire. Une augmentation de 10 à 20 euros, directement répercutée sur le prix final, pourrait suffire à décourager une partie des touristes, notamment ceux issus des classes moyennes, traditionnellement les plus fidèles à cette activité.
Les pouvoirs publics sous pression pour trouver une solution
Face à la mobilisation des professionnels, plusieurs élus locaux ont interpellé le gouvernement. À commencer par le député de Maine-et-Loire, Olivier Serva, qui a saisi la commission des finances de l’Assemblée nationale pour demander un aménagement de la mesure. « Cette réforme arrive au pire moment », a-t-il souligné lors d’une intervention à l’Assemblée en juillet 2026. « Plutôt que d’étouffer un secteur qui fait la fierté de nos territoires, il serait judicieux de l’accompagner. »
Côté ministère de l’Économie, on assure que « aucune modification n’est envisagée à court terme », tout en reconnaissant que « des discussions sont en cours avec les représentants du secteur ». Cependant, pour les professionnels, ces déclarations restent insuffisantes. « On nous demande de faire avec, mais personne ne nous propose de solution concrète », regrette Jean-Marc Dubois. « Si rien ne bouge d’ici la fin de l’été, c’est toute une filière qui risque de disparaître. »
Reste à voir si le gouvernement, confronté à d’autres dossiers économiques urgents, accordera une attention suffisante à ce dossier. Une chose est sûre : pour les montgolfières, l’été 2026 s’annonce déjà comme une saison sous haute tension.