Un député russe a brandi la menace d’un arrêt des livraisons de pétrole et de gaz à la Hongrie, après que Budapest a officiellement qualifié Moscou de menace pour la sécurité nationale. Cette escalade survient alors que le nouveau gouvernement hongrois, dirigé par Péter Magyar, adopte une position plus alignée sur Bruxelles et Washington, marquant une rupture claire avec la politique pro-Kremlin de Viktor Orbán.
Ce qu'il faut retenir
- Un député russe, Andrei Kolesnik, a menacé la Hongrie de suspendre ses livraisons d’énergie après que Budapest a qualifié la Russie de menace pour sa sécurité.
- Le gouvernement hongrois de Péter Magyar a adopté une doctrine de politique étrangère condamnant l’agression russe en Ukraine et soutenant l’intégrité territoriale de Kiev.
- Budapest continue de dépendre du pétrole et du gaz russe via des infrastructures soviétiques, tout en bénéficiant d’une exemption aux sanctions européennes.
- La Hongrie, dirigée jusqu’en avril 2026 par Viktor Orbán, était le dernier pays de l’UE à entretenir des relations privilégiées avec le Kremlin.
Une doctrine hongroise qui irrite Moscou
Dans un document publié le 27 août 2026, en amont de la 81e Assemblée générale de l’ONU, le gouvernement hongrois a pris position contre l’agresseur russe en Ukraine. Selon nos confères de Euronews FR, ce texte souligne que « le comportement de la Russie représente une menace pour la Hongrie, l’Europe et l’ordre mondial », tout en mettant en garde sur les risques encourus par la minorité hongroise en Transcarpatie.
Cette prise de position s’inscrit dans la continuité des promesses de Péter Magyar, dont le parti Tisza a remporté les élections en avril 2026 face au Fidesz d’Orbán. Le nouveau Premier ministre a fait de la réorientation de la politique étrangère hongroise un axe central de son mandat, avec l’objectif de renforcer les liens avec l’Union européenne et l’OTAN.
Un blocus énergétique brandi par Moscou
Sans attendre une réaction officielle du Kremlin, Andrei Kolesnik, membre de la commission de la Défense de la Douma et proche du pouvoir russe, a averti que les livraisons de gaz et de pétrole vers Budapest pourraient être suspendues. « On lui a donné pour consigne d’adopter une attitude hostile envers la Russie. Ils essaient de tirer un certain avantage. Je pense que, après de telles déclarations, les livraisons de pétrole et d’énergie de la Russie vers la Hongrie sont désormais incertaines », a-t-il déclaré au journal Gazeta.ru, selon Euronews FR.
Kolesnik a également accusé Budapest de céder aux pressions de l’UE, tout en évitant de citer directement Péter Magyar. Ce dernier est perçu par les services russes comme un « instrument de l’UE », une critique déjà formulée l’an dernier dans une rare déclaration écrite des services secrets russes.
La Hongrie, dernier bastion énergétique russe en Europe
Malgré sa dépendance aux hydrocarbures russes, la Hongrie n’est pas encore concernée par les sanctions européennes interdisant les importations de pétrole par pipeline, comme c’est le cas pour la plupart des États membres. Budapest a bénéficié en 2022 d’une exemption, au même titre que la Slovaquie, lui permettant de continuer à importer du pétrole et du gaz via des infrastructures vieillissantes mais toujours opérationnelles.
Pendant plus d’une décennie, Viktor Orbán avait entretenu une relation étroite avec Vladimir Poutine, allant jusqu’à bloquer à plusieurs reprises des décisions de l’UE visant à sanctionner Moscou. Le Premier ministre sortant affirmait alors que la Russie ne représentait aucune menace pour son pays, arguant de la supériorité militaire de l’OTAN, dont la Hongrie est membre depuis 1999.
Moscou se dit prêt à dialoguer… sous conditions
Malgré l’escalade verbale, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué, depuis l’arrivée de Péter Magyar au pouvoir, être disposé à entretenir des relations « pragmatiques » avec Budapest. Une posture qui contraste avec les déclarations belliqueuses de la Douma, reflétant peut-être une stratégie de division au sein de l’UE.
Cependant, les propos d’Andrei Kolesnik suggèrent que Moscou n’hésitera pas à utiliser l’arme énergétique pour sanctionner les pays qui s’éloignent de sa sphère d’influence. La Hongrie, qui importe encore près de 60 % de son gaz et 40 % de son pétrole de Russie, se retrouve ainsi dans une position de vulnérabilité stratégique.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la menace de blocus énergétique se concrétisera. Une décision de Moscou dépendra probablement des prochaines initiatives hongroises en matière de politique étrangère, notamment lors des votes à l’ONU ou au sein des institutions européennes. Reste à voir si Budapest parviendra à concilier ses nouvelles alliances avec la réalité de ses dépendances énergétiques.
La Hongrie dépend encore largement des importations russes, mais elle a entamé des discussions avec des fournisseurs alternatifs, notamment via des projets d’infrastructures comme le terminal de gaz naturel liquéfié de Krk en Croatie. Cependant, une substitution complète prendrait plusieurs années et nécessiterait des investissements massifs.