Vingt-sept nageurs tricolores ont décroché leur qualification pour les championnats d’Europe de Paris, qui se dérouleront du 10 au 16 août au centre aquatique de Saint-Denis. Pourtant, l’issue des championnats de France à Saint-Étienne, qui se sont tenus dans une chaleur étouffante, laisse un goût d’inachevé selon Denis Auguin, le directeur technique national de la Fédération française de natation. Comme le rapporte RMC Sport, ces compétitions, marquées par l’absence de plusieurs leaders, ont révélé des performances globalement en deçà des attentes, malgré quelques satisfactions notables.

Ce qu'il faut retenir

  • Vingt-sept nageurs qualifiés pour les championnats d’Europe de Paris, mais des résultats en demi-teinte à Saint-Étienne.
  • Absence de Maxime Grousset, blessé au pied, et de Léon Marchand, forfait sur blessure aux adducteurs, dès le début des compétitions.
  • Denis Auguin rejette toute excuse liée à la chaleur ou aux conditions météo et appelle à une remise en question collective.
  • Mary-Ambre Moluh et Sauveur Cristofini se distinguent en remportant plusieurs titres nationaux et en confirmant leur statut de valeurs montantes.
  • Les jeunes nageurs juniors n’ont pu participer, mais deux d’entre eux, Jeanne Lechevalier et Nathan Muratory, ont été intégrés à la sélection en raison de leurs performances réalisées en début de saison.
  • Les critères de sélection pour les championnats d’Europe 2026 étaient moins exigeants que lors des deux dernières saisons, mais les résultats restent décevants pour le DTN.

Une compétition sous haute tension et des absences majeures

Les championnats de France à Saint-Étienne ont débuté sous les mauvais auspices. Privée de son sprinteur star Maxime Grousset, absent depuis deux semaines après une fracture au pied, l’équipe de France a également dû composer avec l’abandon de Léon Marchand, blessé aux adducteurs dès le lundi matin. « Vingt-sept nageurs se sont qualifiés pour les championnats d’Europe de Paris, mais la semaine a été compliquée », a résumé Denis Auguin. La chaleur étouffante qui régnait dans le Forez a encore pesé sur les performances, même si le DTN a balayé d’un revers de main toute tentative d’explication par les conditions extérieures.

« Il n’y a pas de culture de l’excuse, donc qu’on ne me parle pas de chaleur ou de quoi que ce soit », a-t-il lancé d’emblée, comme le rapporte RMC Sport. Les critères de sélection pour ces championnats d’Europe, moins stricts que lors des deux saisons précédentes, visaient à permettre à une équipe plus étoffée de se qualifier. Pourtant, Denis Auguin n’a pas caché sa déception. « Les performances sont un peu en deçà de ce qu’on espérait. Mais il y a aussi eu des choses très bien. J’espérais un peu d’émergence, et il y a eu des choses intéressantes. »

Des satisfactions, mais aussi des interrogations sur la nouvelle génération

Parmi les bonnes nouvelles, Denis Auguin a salué l’émergence de Mary-Ambre Moluh, qui a remporté trois titres nationaux (100 m nage libre, 50 m et 100 m dos), s’imposant ainsi comme la principale candidate française pour le 100 m dos aux championnats d’Europe. « Elle a pris les commandes des bilans européens sur le 100 m dos », a-t-il souligné. Autre satisfaction, Sacha Velly, qualifié pour les épreuves d’eau libre, a également obtenu son ticket pour le 1500 m nage libre cet été.

Côté jeunes talents, Sauveur Cristofini, seulement 16 ans, a confirmé son immense potentiel en remportant ses deux premiers titres nationaux (200 m et 400 m nage libre) et en se qualifiant pour ses premiers championnats d’Europe en grand bassin. « On sent peut-être un changement de génération qui s’opère là, à deux ans des Jeux, sur certaines épreuves », a commenté le DTN. Pour autant, les résultats mitigés de certains nageurs de la relève ont laissé des questions en suspens. « On est déçus pour ceux qui sont en difficulté, mais heureusement qu’il y a ce changement de génération qui est en train de se mettre en route. »

Des leaders qui assument, mais un niveau général en dessous des attentes

Si la jeune génération n’a pas confirmé, les nageurs habitués à porter les couleurs de l’équipe de France ont, pour la plupart, répondu présents. Yohann Ndoye-Brouard a réalisé le triplé sur le dos (50 m, 100 m et 200 m dos), tandis que Marie Wattel, en reconstruction aux États-Unis depuis le début de saison, a retrouvé progressivement son niveau. Béryl Gastaldello, capitaine de l’équipe, repart sans titre mais avec trois qualifications européennes.

Les résultats décevants restent « difficiles à analyser » pour Denis Auguin. « On n’a pas eu d’alarme particulière tout au long de la saison, et je n’ai pas d’explication », a-t-il admis. Le DTN espérait que des temps de qualification plus accessibles permettraient d’élargir l’équipe et de motiver les jeunes nageurs. « Ce n’est pas des mathématiques, et ça ne veut pas dire que l’année prochaine ils ne seront pas forts. Mais cette génération-là n’a pas franchi le cap. » Il a rappelé que « tout le monde n’a pas bougé en même temps, ce qui donne des résultats un peu en deçà de ce qu’on espérait. »

Un avertissement clair pour les prochaines échéances

Denis Auguin a insisté sur la nécessité de tirer les leçons de ces championnats de France, qualifiant les résultats de « piqûre de rappel ». Les défis à venir s’annoncent en effet redoutables : « Ce n’est pas un secret, les temps l’année prochaine pour les championnats du monde seront complètement différents, et ceux pour les Jeux encore plus. Il va falloir faire un bond en avant entre cette année et les deux années qui arrivent. »

Le DTN a appelé les nageurs à se retrousser les manches : « Il faut essayer de faire en sorte que tous ceux qui ont un peu raté leur championnat ne les ratent pas l’année prochaine et progressent. » Il a également tenu à nuancer les critiques, estimant que le niveau global observé à Saint-Étienne ne reflétait pas la réalité des capacités des nageurs français. « Le niveau est moyen, certes, mais il n’est pas le reflet de notre niveau », a-t-il conclu, comme le rapporte Michel Chrétien, entraîneur en chef de l’équipe de France.

Et maintenant ?

Les championnats d’Europe de Paris, qui se dérouleront dans moins d’un mois, devraient voir l’arrivée des deux stars tricolores, sous réserve de leur état de santé. Maxime Grousset prendra sa décision de participation fin juillet, après un stage de préparation à Vichy. Quant à Léon Marchand, il dispose de cinq semaines pour soigner sa blessure aux adducteurs avant de rejoindre l’équipe pour les compétitions.

Dans l’immédiat, la Fédération française de natation va devoir travailler sur la préparation des nageurs pour les prochaines échéances, notamment les championnats du monde 2027 et les Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, où les exigences chronométriques seront bien plus élevées qu’en 2026.

Les yeux seront également tournés vers les juniors, dont deux représentants, Jeanne Lechevalier et Nathan Muratory, ont été intégrés in extremis à la sélection pour Paris. Leur participation pourrait préfigurer l’émergence d’une nouvelle génération prête à prendre le relais des actuels leaders.

Plusieurs facteurs expliquent ce bilan en demi-teinte. L’absence de Maxime Grousset et de Léon Marchand, deux figures majeures de l’équipe de France, a privé la compétition de ses principaux atouts. Par ailleurs, les résultats des nageurs présents n’ont pas répondu aux attentes, malgré des critères de qualification moins stricts que par le passé. Enfin, la chaleur étouffante et l’absence des meilleurs juniors, engagés en parallèle aux championnats d’Europe juniors, ont pesé sur les performances.