Un litre d’eau prélevé dans une rivière peut révéler l’ensemble des espèces animales qui y vivent, grâce à l’ADN environnemental (eDNA). Cette technologie, développée par l’entreprise britannique NatureMetrics, permet désormais de cartographier 10 % de la surface terrestre et d’évaluer l’état des écosystèmes en un temps record, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de la moitié du PIB mondial dépend des écosystèmes, mais 85 % des espèces d’eau douce ont disparu depuis 1970.
- L’eDNA permet d’identifier toutes les espèces présentes dans un échantillon d’eau ou de sol sans perturber l’écosystème.
- NatureMetrics opère dans 116 pays et travaille avec plus de 600 organisations, dont le WWF et des groupes miniers.
- L’entreprise ambitionne d’intégrer la biodiversité dans les bilans comptables des entreprises d’ici les prochaines années.
- Son approche a été finaliste du prix Earthshot, créé par le prince de Galles.
Un outil pour mesurer l’invisible dans les écosystèmes
La biodiversité mondiale est en déclin accéléré : 85 % des populations d’espèces d’eau douce ont disparu depuis 1970, selon les dernières estimations. Ce recul menace non seulement les écosystèmes, mais aussi les chaînes d’approvisionnement agricoles et la résilience des communautés face aux inondations, explique Euronews FR. Pourtant, mesurer cette perte reste un défi de taille. Les méthodes traditionnelles, basées sur des observations in situ par des écologues, sont longues, coûteuses et souvent peu fiables. « Si vous et moi allions sur la même rivière, nous n’obtiendrions pas la même liste d’espèces », souligne Dimple Patel, directrice générale de NatureMetrics, dans les colonnes d’Euronews FR. Cette incohérence rend impossible la comparaison des données à l’échelle mondiale.
Face à ce constat, NatureMetrics a mis au point une méthode révolutionnaire : l’ADN environnemental. Chaque organisme vivant, qu’il s’agisse d’un poisson, d’un amphibien ou d’un insecte, laisse des traces génétiques dans son milieu via des cellules de peau, de la salive ou d’autres sécrétions. Ces fragments d’ADN persistent dans l’environnement pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. « Tout organisme vivant laisse de l’ADN dans son environnement. À partir d’un simple litre d’eau de rivière, nous pouvons identifier les espèces qui y vivent », précise Patel. Une fois prélevé, l’échantillon est envoyé à un laboratoire où des techniques de séquençage, similaires à celles utilisées en criminalistique, permettent de reconstituer la biodiversité du site.
Un processus simplifié pour une collecte accessible à tous
Pour démocratiser cette technologie, NatureMetrics a conçu des kits d’échantillonnage ultra-simples. L’entreprise a même testé son protocole sur une fillette de cinq ans pour s’assurer de sa simplicité. « Nous voulions nous assurer que le processus de prélèvement était assez simple pour qu’un enfant de cinq ans puisse le faire », raconte Patel. Résultat : la jeune participante a obtenu des résultats concluants. Une fois le filtre rempli renvoyé au laboratoire, l’analyse génétique identifie toutes les espèces présentes sans qu’aucun animal ne soit capturé ou perturbé. « Cela prend une fraction du temps et du coût des méthodes traditionnelles, tout en fournissant des données précises et détaillées », ajoute Patel.
Cette approche non invasive présente un double avantage : elle préserve les écosystèmes tout en réduisant considérablement les coûts et les délais. Contrairement aux inventaires classiques, qui peuvent prendre des mois, l’eDNA permet d’obtenir des résultats en quelques semaines. La méthode s’appuie sur le plus vaste réseau de laboratoires commerciaux d’eDNA au monde, avec des opérations dans 116 pays et au service de plus de 600 organisations.
Des données actionnables pour les entreprises et les conservationnistes
Les données collectées par NatureMetrics alimentent une plateforme de cartographie en temps réel. Cette dernière permet de suivre l’évolution des écosystèmes, d’évaluer l’impact de projets de restauration ou encore de comparer différents sites. « Les utilisateurs peuvent comprendre les secrets cachés de ces écosystèmes et cibler leurs efforts de restauration de manière beaucoup plus efficace », explique Patel. Parmi les clients de l’entreprise figurent des organisations de conservation comme le WWF, mais aussi des industries à fort impact environnemental, telles que l’extraction minière, l’énergie ou l’agriculture.
Dans le secteur agricole, NatureMetrics collabore avec des groupes de biens de consommation pour protéger les micro-organismes du sol essentiels à la production alimentaire. « Comment pouvons-nous, à un niveau biologique, aider à nourrir le sol qui va continuer à nous fournir de la nourriture pour les 50 prochaines années ? », s’interroge Patel. L’objectif affiché par l’entreprise est de rendre les données sur la biodiversité « prêtes pour la décision », afin que les entreprises puissent orienter leurs investissements, gérer leurs opérations et intégrer l’impact sur la nature dans leurs stratégies.
Vers une intégration de la biodiversité dans les bilans financiers
Le travail de NatureMetrics a été salué par une sélection en finale du prix Earthshot, créé par le prince de Galles. Pour Patel, cette reconnaissance a permis de gagner la confiance de secteurs traditionnellement sceptiques envers les nouvelles technologies. « Disposer d’un soutien comme celui du prix Earthshot, dont on sait qu’il a mené un examen approfondi, ouvre vraiment beaucoup de portes », confie-t-elle à Euronews FR. Cette nomination a également transformé les discussions avec les partenaires potentiels, passant du scepticisme à une réflexion sur les possibilités offertes par les données.
L’ambition de Patel pour les années à venir est claire : faire de la biodiversité un élément central des décisions financières. « Nous voulons que la nature apparaisse dans les bilans comptables », déclare-t-elle. « Les organisations doivent évaluer leur impact sur la nature et en tenir compte dans leur gestion et leurs choix stratégiques. » Pour y parvenir, NatureMetrics cherche à « donner à la nature une place au conseil d’administration », transformant ainsi la manière dont les entreprises appréhendent leur responsabilité environnementale. Les données nécessaires existent déjà, estime Patel. Le défi désormais est de convaincre les dirigeants d’agir en conséquence.
Selon ses dirigeants, l’eDNA représente une avancée majeure pour concilier développement économique et préservation des écosystèmes. Reste à savoir si les entreprises seront prêtes à franchir le pas d’une gestion plus transparente et responsable de leur impact environnemental.
L’eDNA repose sur l’analyse des traces génétiques que les organismes vivants laissent dans leur environnement (cellules de peau, salive, excréments, etc.). En séquençant cet ADN présent dans un échantillon d’eau ou de sol, les scientifiques peuvent déterminer quelles espèces sont ou ont été présentes dans le milieu, sans avoir à les observer ou à les capturer directement. Cette méthode est donc non invasive et préserve l’écosystème étudié.