Un millier de personnes se sont rassemblées samedi 29 août devant le Palais fédéral à Berne pour défendre une neutralité stricte de la Suisse, selon nos confrères du Figaro. Cet événement s’inscrit dans la campagne en vue du référendum du 27 septembre, où les Suisses seront appelés à voter sur une initiative populaire visant à ancrer constitutionnellement cette neutralité.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 000 manifestants, majoritairement des personnes âgées, ont défilé à Berne le 29 août pour défendre la neutralité suisse, l’un des piliers de l’identité nationale.
  • L’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse », soumise au vote le 27 septembre, exige que la neutralité soit « sans exception » et interdise toute coopération renforcée avec l’Otan ou l’imposition de sanctions sans mandat de l’ONU.
  • Les promoteurs dénoncent l’alignement de la Suisse sur les sanctions européennes contre la Russie et sa coopération avec l’Otan, jugés contraires à la neutralité historique du pays.
  • Le gouvernement et le Parlement suisse ont rejeté cette proposition, la qualifiant de « trop dogmatique » et limitant la marge de manœuvre du pays face aux tensions géopolitiques actuelles.
  • L’Union démocratique du centre (UDC), premier parti du pays, est le seul grand parti à soutenir cette initiative, co-organisée par l’ONG « Public Eye on science ».
  • Les critiques évoquent un risque d’influence russe dans la campagne, mais les promoteurs rejettent ces accusations et appellent à un débat apaisé.

Une neutralité historique mise à l’épreuve

Depuis 1815, la neutralité de la Suisse est reconnue par la communauté internationale. Cette tradition, à la fois permanente et armée, a toujours constitué l’un des fondements de l’identité nationale. Pourtant, la guerre en Ukraine a relancé les débats sur le rôle de la Suisse dans les conflits internationaux. Selon nos confrères du Figaro, l’initiative « Sauvegarder la neutralité suisse » cherche à garantir que cette neutralité s’applique « sans exception ».

Parmi les mesures phares proposées : l’interdiction de nouer des liens plus étroits avec l’Otan, l’exclusion de toute alliance militaire sauf en cas d’attaque extérieure, et l’interdiction d’imposer des sanctions sans mandat de l’ONU. Ces revendications s’adressent directement au gouvernement suisse, accusé de s’écarter de la ligne historique de neutralité.

Des manifestants attachés à un modèle perçu comme menacé

Les pancartes brandies lors de la manifestation de Berne reflétaient cette volonté de préserver un modèle : « Non à l’Otan ! », « Oui à la neutralité suisse ! », « La neutralité est notre force » ou encore « Donnons une chance à la paix ». Une foule majoritairement grisonnante, venue de toute la Suisse, a afflué vers le Palais fédéral pour exprimer son attachement à cette tradition. Eric Lehman, ingénieur de 61 ans originaire de Lugano, résumait cette position : « Nous avons toujours été neutres et je ne comprends pas où va notre gouvernement. Il prend position, alors que je ne pense pas qu’il le devrait ».

Pour lui, comme pour de nombreux manifestants, la neutralité doit primer sur toute autre considération, même géopolitique. « Je suis totalement opposé à Poutine et à ce qu’il a fait. Mais malgré tout, je pense que le gouvernement doit rester neutre », a-t-il ajouté. Cette position, partagée par une partie de la population, contraste avec l’engagement croissant de la Suisse aux côtés des démocraties occidentales.

Des experts et responsables politiques s’expriment

À la tribune, des figures comme Alfred de Zayas, ancien expert de l’ONU, ont souligné que « la politique étrangère suisse a pour conséquence que la Suisse n’est plus perçue dans le monde comme un État neutre ». Jean-Daniel Ruch, ancien diplomate, a pour sa part rappelé que « la neutralité fait partie de l’identité suisse, et qu’elle est utile à la Suisse, à l’Europe et au monde ». Il a appelé à redonner à la Suisse son rôle traditionnel de « pays des bons offices et des pourparlers de paix ».

Pourtant, certains observateurs pointent du doigt une application sélective de la neutralité. « Notre boussole doit être le respect du droit international. Et on l’a perdue ces dernières années, en prenant des positions très fortes contre la Russie, mais à l’inverse, des positions extrêmement faibles contre Israël, qui viole le droit international autant que la Russie », a-t-il critiqué. Un argument qui illustre les tensions internes autour de la définition même de la neutralité.

Un clivage politique profond

Le gouvernement suisse et la majorité du Parlement ont rejeté l’initiative, la jugeant « trop dogmatique » et risquée à un moment où les tensions géopolitiques s’intensifient. Les grands partis politiques, à l’exception de l’Union démocratique du centre (UDC), se sont prononcés contre cette proposition. Le parti, premier force politique du pays et proche de la droite populiste, est étroitement associé à l’initiative depuis son lancement. « Affaiblir la capacité de la Suisse à adapter sa politique étrangère serait une erreur », ont justifié ses opposants.

Cette division politique reflète un débat plus large au sein de la société suisse. D’un côté, les partisans de la neutralité stricte, souvent attachés à une vision traditionnelle du pays. De l’autre, ceux qui estiment que la Suisse doit s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques, notamment face à la menace russe en Europe. Une question qui dépasse largement le cadre national, tant la neutralité suisse est un modèle reconnu internationalement.

Et maintenant ?

Le référendum du 27 septembre s’annonce comme un test pour la cohésion politique suisse. Si l’initiative venait à être adoptée, elle imposerait des contraintes majeures à la politique étrangère du pays, limitant sa capacité à participer à des sanctions internationales ou à collaborer avec l’Otan. En revanche, son rejet maintiendrait le statu quo, malgré les critiques d’une partie de la population. Reste à voir si les arguments des promoteurs de l’initiative parviendront à convaincre une majorité de Suisses, dans un contexte où les questions de sécurité et de souveraineté sont plus que jamais au cœur des débats.

Ce rassemblement de Berne illustre une fois de plus que la neutralité suisse, bien que centenaire, reste un sujet de division. Entre préservation d’un héritage et adaptation aux enjeux contemporains, le choix des électeurs sera déterminant pour l’avenir du pays. Comme l’a souligné Jean-Daniel Ruch, « l’important est d’avoir la paix partout dans le monde », et la Suisse pourrait, selon ses partisans, jouer un rôle clé dans cet objectif. Reste à savoir si les Suisses lui en donneront les moyens.

L’initiative vise à modifier la Constitution suisse pour garantir que la neutralité du pays s’applique « sans exception ». Elle interdirait notamment toute coopération renforcée avec l’Otan, exclurait toute alliance militaire sauf en cas d’attaque extérieure, et empêcherait l’imposition de sanctions sans mandat de l’ONU. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté de préserver le modèle traditionnel de neutralité suisse, reconnu depuis 1815.

Le gouvernement et la majorité du Parlement estiment que l’initiative est « trop dogmatique » et limiterait excessivement la marge de manœuvre de la Suisse face aux tensions géopolitiques actuelles. Ils craignent qu’une neutralité absolue n’affaiblisse la capacité du pays à réagir aux crises internationales et à participer aux efforts diplomatiques ou économiques collectifs.