Le ministère nigérien des Affaires étrangères a adressé une circulaire à l’ensemble des chefs de mission diplomatique du pays, leur demandant d’assurer une veille des critiques formulées en ligne à l’encontre des autorités de transition nigériennes. Selon RFI, cette directive s’inscrit dans un contexte où les plateformes numériques deviennent un terrain d’affrontement symbolique entre le pouvoir et ses détracteurs.

Ce qu'il faut retenir

  • Une circulaire ministérielle nigérienne demande aux ambassades d’assurer une surveillance des critiques en ligne contre les autorités de transition.
  • Cette mesure vise à identifier et analyser les discours hostiles émis depuis l’étranger.
  • Le Niger traverse une période de transition politique depuis 2023, marquée par une montée des tensions internes et externes.
  • Les missions diplomatiques devront transmettre des rapports réguliers sur ces critiques à Niamey.

Le texte officiel, dont RFI a obtenu copie, précise que cette veille doit couvrir l’ensemble des plateformes numériques accessibles dans les pays d’accueil. Les chefs de mission sont invités à « suivre activement les publications et commentaires en ligne » pouvant nuire à l’image des autorités de transition ou attiser les tensions politiques. La circulaire souligne que ces critiques, selon leur nature et leur ampleur, pourraient « influencer négativement » les relations internationales du pays. Autant dire que cette initiative s’apparente à une tentative de maîtrise de l’information à l’échelle diplomatique.

Cette décision intervient alors que le Niger, dirigé depuis le coup d’État de juillet 2023 par la junte du CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie), fait face à une pression croissante de la part de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Celle-ci exige un retour à l’ordre constitutionnel sous peine de sanctions. Côté interne, les autorités de transition multiplient les initiatives pour consolider leur légitimité, tandis que l’opposition dénonce une « dérive autoritaire » et une « instrumentalisation des institutions ».

Une stratégie de communication ou un outil de contrôle ?

Pour certains observateurs, cette circulaire relève davantage d’une stratégie de communication que d’une mesure coercitive. « Il s’agit avant tout de mieux comprendre les perceptions à l’étranger et d’y répondre de manière adaptée », explique un diplomate nigérien sous couvert d’anonymat. D’autres y voient en revanche une tentative de censure déguisée, dans un pays où les médias indépendants subissent déjà des restrictions. Le texte, en effet, ne précise pas quelles méthodes doivent être employées pour effectuer cette surveillance, ni comment seront utilisés les rapports collectés. Une source au sein du ministère des Affaires étrangères a simplement indiqué à RFI : « Nous voulons être proactifs face aux narratives hostiles. »

Cette initiative rappelle celle mise en place par d’autres régimes africains ces dernières années, comme en Tunisie ou en Égypte, où les services diplomatiques ont parfois joué un rôle actif dans la diffusion de messages pro-gouvernementaux à l’étranger. Au Niger, le contexte est d’autant plus sensible que la junte doit composer avec une opinion publique divisée et une crise sécuritaire persistante, marquée par la présence d’organisations terroristes dans la région du Sahel.

Quelles conséquences pour les Nigériens à l’étranger ?

Les quelque 300 000 Nigériens expatriés, principalement installés en France, au Nigeria ou encore en Libye, pourraient être indirectement concernés par cette mesure. Plusieurs associations de la diaspora ont déjà réagi en dénonçant une atteinte aux libertés d’expression. « Nous avons le droit de critiquer notre gouvernement, même depuis l’étranger, et cette circulaire semble vouloir nous en empêcher », a réagi un membre de l’Association des Nigériens de France, contacté par RFI. La circulaire, elle, insiste sur le fait qu’elle ne vise que les « attaques personnelles » ou les « appels à la violence », sans pour autant définir de critères précis.

Pour l’instant, aucune sanction n’est prévue à l’encontre des critiques identifiées. Les ambassades devront simplement transmettre leurs observations à Niamey, où une cellule dédiée au sein du ministère analysera les données. Une porte-parole du gouvernement a déclaré : « Cette démarche s’inscrit dans une logique de transparence et de dialogue. Nous voulons montrer que le Niger est un pays ouvert, mais aussi capable de se défendre. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient permettre d’évaluer la portée réelle de cette circulaire. Si les rapports transmis par les ambassades révèlent une intensification des critiques, le gouvernement pourrait envisager des mesures plus strictes, comme le blocage de comptes en ligne ou des poursuites judiciaires. Une chose est sûre : cette initiative illustre la volonté des autorités de transition de contrôler leur image à l’international, alors que le pays reste sous haute surveillance de la communauté internationale. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits ou, au contraire, alimentera les tensions.

Quoi qu’il en soit, cette circulaire s’ajoute à une série de mesures prises par la junte pour consolider son pouvoir, dans un contexte où les défis économiques et sécuritaires pèsent lourdement sur la population. Entre surveillance numérique et quête de légitimité, le Niger continue de naviguer en eaux troubles.

Non, la circulaire ne fait pas de distinction entre les critiques émanant de Nigériens ou d’étrangers. Elle vise l’ensemble des publications en ligne pouvant nuire à l’image des autorités de transition, quel que soit l’auteur.