Une nouvelle flambée de violences dans le nord du Nigeria a plongé le pays dans une crise sécuritaire, selon RFI. En moins d’un mois, trois attaques ciblant des établissements scolaires ont fait plus d’une centaine de victimes, semant la colère et une psychose collective. Ces événements, qui s’ajoutent à une insécurité chronique, révèlent l’incapacité des autorités à protéger les populations civiles, notamment les plus vulnérables.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 15 mai 2026, 39 élèves âgés de deux à dix ans et 7 enseignants ont été enlevés dans l’attaque de trois écoles de l’État d’Oyo.
  • Le 9 mai 2026, une cinquantaine d’enfants avaient déjà été capturés dans des écoles de l’État du Borno.
  • Le 3 juin 2026, 7 étudiants ont été enlevés dans une résidence universitaire de l’État de Zamfara.
  • Jeudi 4 juin 2026, une fausse alerte de kidnapping a provoqué une panique générale à Abuja, forçant la police à intervenir pour rétablir la vérité.
  • Ces attaques surviennent dans un contexte de multiplication des enlèvements de masse au Nigeria, où les groupes armés exploitent la vulnérabilité des écoles et des universités.

Des attaques ciblées sur trois États en trois semaines

Le dernier bilan en date concerne l’État d’Oyo, où trois établissements scolaires ont été pris pour cible le 15 mai 2026. 39 enfants, dont certains n’avaient que deux ans, et 7 professeurs ont été arrachés à leur quotidien. Selon les premiers témoignages, les assaillants, vraisemblablement liés à des groupes criminels ou jihadistes, ont agi avec une brutalité qui a choqué la population. Dans l’État voisin du Borno, une attaque similaire avait déjà eu lieu neuf jours plus tôt, avec l’enlèvement de 50 écoliers dans des villages reculés.

Le 3 juin 2026, c’est l’État de Zamfara, déjà frappé par des vagues de violences répétées, qui a été le théâtre d’un nouvel enlèvement. Cette fois, ce sont 7 étudiants qui ont été enlevés dans une résidence universitaire, illustrant l’extension du phénomène au-delà des écoles primaires. Ces attaques en série confirment une stratégie délibérée des groupes armés, qui exploitent les faiblesses des systèmes de sécurité locaux pour semer la terreur.

Une psychose collective et des réactions immédiates

L’accumulation de ces drames a plongé le Nigeria dans un climat de psychose. À Abuja, la capitale fédérale, une rumeur infondée de kidnapping a déclenché une panique générale jeudi 4 juin 2026. Des centaines de parents se sont précipités vers les écoles pour récupérer leurs enfants, provoquant un mouvement de foule et un chaos urbain. La police a dû intervenir en urgence pour démentir l’information et calmer les esprits. Cet épisode illustre à quel point la confiance dans les autorités s’est érodée, poussant les Nigérians à se protéger par eux-mêmes, souvent en prenant des décisions précipitées.

La colère de la population est palpable. Les réseaux sociaux bruissent de critiques acerbes envers le gouvernement, accusé de complaisance ou d’impuissance face à la montée de l’insécurité. « Comment pouvons-nous continuer à vivre dans un pays où nos enfants ne sont plus en sécurité à l’école ? », s’interroge un parent d’élève de l’État d’Oyo, sous couvert d’anonymat. Les associations de défense des droits humains multiplient les appels à une réponse forte et coordonnée, tandis que les autorités locales promettent des mesures d’urgence.

Un contexte sécuritaire déjà fortement dégradé

Ces enlèvements s’inscrivent dans une tendance inquiétante qui dure depuis plusieurs années. Selon les observateurs, le nord du Nigeria, en particulier les États du Borno, Zamfara, Kaduna et Oyo, est devenu un terrain propice aux groupes armés, qu’ils soient jihadistes affiliés à Boko Haram ou des bandits criminels. Ces derniers profitent de l’absence de forces de sécurité suffisantes et de la corruption endémique pour mener leurs attaques en toute impunité. « Les enlèvements massifs sont devenus une industrie lucrative », souligne un analyste de l’International Crisis Group. Les rançons exigées, parfois plusieurs millions de nairas, financent d’autres activités criminelles, créant un cercle vicieux difficile à briser.

Les écoles, en particulier, sont devenues des cibles privilégiées. En 2021, l’enlèvement de 276 lycéennes de Chibok avait suscité une indignation mondiale. Cinq ans plus tard, la situation n’a fait qu’empirer. Les groupes armés ont perfectionné leurs méthodes, ciblant désormais les plus jeunes et les étudiants, démontrant une volonté de frapper symboliquement la société nigériane dans ce qu’elle a de plus précieux : son avenir.

Et maintenant ?

Les autorités nigérianes ont promis des mesures fortes pour endiguer cette vague de violences, mais les défis restent immenses. Une réunion d’urgence du Conseil national de sécurité est prévue dans les prochains jours, selon des sources proches du gouvernement. Parmi les pistes évoquées : le renforcement des patrouilles autour des établissements scolaires, l’adoption de lois plus sévères contre les rançonneurs, et une coopération accrue avec les pays voisins pour traquer les réseaux criminels. Reste à savoir si ces annonces se traduiront par des actes concrets, alors que le pays se prépare à des élections locales dans les mois à venir. Une chose est sûre : la pression sur le gouvernement va continuer de monter, tant que les enlèvements se poursuivront.

Ces événements laissent également planer des interrogations sur l’avenir du système éducatif nigérian. Dans certaines régions, les parents retirent déjà leurs enfants des écoles par peur pour leur sécurité, risquant de creuser les inégalités d’accès à l’éducation. Le ministre de l’Éducation a reconnu, sous couvert de discrétion, que plus de 1 500 écoles étaient actuellement fermées dans le nord du pays pour des raisons de sécurité.

Selon les autorités nigérianes et les analystes, ces attaques seraient principalement le fait de groupes criminels opérant dans le nord du pays, parfois liés à des mouvements jihadistes comme Boko Haram ou l’État islamique en Afrique de l’Ouest. Ces groupes exploitent l’absence de forces de sécurité suffisantes et la corruption locale pour agir en toute impunité. Certains enlèvements sont également attribués à des bandits armés, qui ciblent les écoles et les universités pour des raisons financières.