Le diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements français va connaître une refonte majeure dans sa méthode de calcul. Selon nos confrères du Monde, cette évolution, dont l’entrée en vigueur est prévue pour le début de l’année prochaine, devrait réduire significativement le nombre de logements classés comme « passoires thermiques » dans le parc des résidences principales.

Ce changement intervient dans un contexte où la rénovation énergétique des bâtiments occupe une place centrale dans la stratégie climatique nationale. Avec près de 4,8 millions de logements classés F ou G en France, soit environ 17 % du parc total, la question de la performance énergétique reste un enjeu majeur. Le nouveau mode de calcul, plus strict, vise notamment à mieux refléter la réalité des consommations énergétiques et à encourager les propriétaires à investir dans des solutions plus durables.

Ce qu'il faut retenir

  • Le nouveau DPE réduira mécaniquement le nombre de passoires thermiques dans le parc des résidences principales.
  • La méthode de calcul du DPE évolue pour être plus précise et refléter les vraies consommations énergétiques.
  • Le gaz, autrefois plus avantageux que l’électricité dans certains cas, voit son attractivité diminuer avec ce nouveau calcul.
  • Près de 4,8 millions de logements en France sont actuellement classés F ou G.
  • Cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de rénovation énergétique des bâtiments.

Un calcul plus exigeant pour refléter la réalité

Jusqu’à présent, le DPE s’appuyait sur une méthode de calcul qui pouvait, dans certains cas, sous-estimer les consommations réelles des logements. D’après le Monde, la nouvelle formule prend désormais en compte des critères plus exigeants, notamment la consommation d’énergie primaire et les émissions de CO₂. Autant dire que les propriétaires de logements chauffés au gaz, souvent perçus comme plus économiques, pourraient voir leur classement se dégrader.

Cette réforme répond à une exigence européenne visant à harmoniser les méthodes d’évaluation énergétique des bâtiments. En France, où le parc immobilier est vieillissant, l’enjeu est double : réduire la précarité énergétique et atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050. « Le nouveau DPE permet une évaluation plus juste des performances réelles des logements », a précisé un expert du secteur cité par le quotidien.

Le gaz en perte de vitesse face à l’électricité

Avant cette réforme, certains logements chauffés au gaz bénéficiaient d’un meilleur classement DPE que ceux équipés de pompes à chaleur ou de radiateurs électriques performants. Pourtant, avec le nouveau calcul, l’écart se réduit. « Le gaz, qui était parfois perçu comme une solution plus vertueuse, voit son avantage s’estomper », explique un spécialiste de l’ADEME contacté par le Monde. En cause, la prise en compte accrue des émissions de CO₂ et de la consommation d’énergie primaire, deux critères où l’électricité, surtout lorsqu’elle provient de sources renouvelables, sort renforcée.

Cette évolution pourrait influencer les choix des ménages lors des travaux de rénovation ou de construction. Les propriétaires pourraient privilégier des solutions électriques plus performantes, voire des systèmes hybrides, pour éviter une dégradation de leur classement énergétique. Pour les bailleurs, cette réforme pourrait aussi impacter la valorisation de leurs biens sur le marché locatif.

Et maintenant ?

Cette réforme du DPE devrait être pleinement appliquée à partir du 1er janvier 2027. Les propriétaires et les professionnels du secteur ont jusqu’à cette date pour s’adapter, notamment en réalisant des travaux de rénovation ou en se tournant vers des solutions plus performantes. Les acteurs du bâtiment, comme la Fédération Française du Bâtiment, appellent à un accompagnement accru des ménages pour faciliter cette transition. Reste à voir comment les prix de l’énergie et les aides publiques, comme MaPrimeRénov’, évolueront pour soutenir ces changements.

Des conséquences à anticiper pour les ménages et les professionnels

Pour les ménages, cette réforme pourrait se traduire par des coûts supplémentaires, notamment si leur logement est reclassé en catégorie inférieure. Les aides à la rénovation, comme MaPrimeRénov’ ou les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), devraient jouer un rôle clé pour inciter aux travaux. « Les propriétaires ont tout intérêt à anticiper cette réforme en réalisant un audit énergétique avant 2027 », conseille un conseiller en énergie.

Côté professionnels, la demande pour des travaux de rénovation devrait s’intensifier, ce qui pourrait créer des tensions sur les délais et les coûts. Les artisans et les entreprises du secteur devront s’adapter à cette nouvelle donne, tandis que les fabricants d’équipements performants (pompes à chaleur, panneaux solaires, etc.) pourraient voir leur marché se dynamiser. Enfin, cette réforme pourrait aussi influencer les politiques locales de logement, certaines collectivités ayant déjà annoncé des mesures incitatives pour les propriétaires.

Cette évolution du DPE s’inscrit dans une dynamique plus large de transition énergétique du parc immobilier français. Si elle vise à réduire le nombre de passoires thermiques, son succès dépendra en grande partie de l’accompagnement des ménages et de la disponibilité des aides financières. Une chose est sûre : après 2027, l’immobilier ne sera plus tout à fait le même.

Le reclassement d’un logement dans une catégorie inférieure pourrait, à terme, influencer sa valorisation sur le marché. Les propriétaires pourraient devoir réaliser des travaux pour éviter une perte de valeur, mais l’impact direct sur les prix dépendra de l’offre et de la demande locale. Les experts estiment que les biens mal classés pourraient subir une décote progressive, surtout dans les zones où la demande est faible.