Six milliards d’euros. C’est la somme qu’investira Qiddiya, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF), pour bâtir trois parcs d’attractions près de Cergy (Val-d’Oise), entre les ruines de l’ancien Mirapolis et une licence exclusive Dragon Ball Z.

Ce qu'il faut retenir

  • Qiddiya prévoit d’investir 6 milliards d’euros pour trois parcs près de Cergy, un projet sans équivalent en Europe.
  • Disneyland Paris, premier parc français, a enregistré 2,68 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 mais seulement 13 années bénéficiaires en 34 ans.
  • Le secteur des parcs affiche une croissance de 113 % depuis 2012, avec des marges élevées malgré des coûts fixes lourds.
  • Le Puy du Fou (32 millions d’euros de bénéfices en 2024) et le Parc Astérix (678 millions de chiffre d’affaires en 2025) misent sur des investissements constants pour fidéliser leur public.
  • La fréquentation globale a dépassé les niveaux d’avant-Covid, avec une hausse de 105 % en 2022 et un chiffre d’affaires sectoriel de 3,1 milliards d’euros en 2023.

Selon nos confrères de BFM Business, cette arrivée d’un concurrent saoudien dans un territoire déjà dominé par Disneyland Paris et le Parc Astérix pourrait redessiner le paysage touristique francilien. « Le visage du Val-d’Oise va être transformé, avec un triangle d’or des parcs : Disney à l’Est, Astérix au Nord, et ces nouveaux parcs à l’Ouest », a souligné Maxime Guény, fondateur de Parcs & Loisirs Magazine, lors d’un passage sur BFMTV.

Une concurrence inédite en Europe

Avec un budget de 6 milliards d’euros, le projet Qiddiya dépasse largement celui du futur parc Universal au Royaume-Uni, estimé à 5,8 milliards d’euros pour une ouverture en 2031. Les retombées économiques attendues pour la France sont colossales : 22 000 emplois directs et indirects promis sur place. Autant dire que le Val-d’Oise s’apprête à devenir un pôle majeur du divertissement en Europe, à l’image d’Orlando en Floride, où cohabitent deux parcs Disney et un parc Universal.

Cette dynamique concurrentielle pourrait, selon les observateurs, stimuler une « mécanique vertueuse ». « Les touristes viendront à Paris pour profiter d’une offre diversifiée », estime Maxime Guény. Une hypothèse déjà validée dans d’autres régions du monde, où la concentration de parcs attire un public international. Reste à savoir si le marché français, déjà mature, peut absorber un tel afflux sans cannibaliser ses acteurs historiques.

Disneyland Paris : un colosse aux pieds d’argile ?

D’après les dernières données disponibles et rapportées par BFM Business, Disneyland Paris a enregistré un chiffre d’affaires de 2,68 milliards d’euros en 2025, en progression par rapport à 2024 (2,44 milliards). Pourtant, cette performance masque des difficultés structurelles. En 34 ans d’existence, le parc n’a dégagé des bénéfices que 13 années, selon les calculs du Guardian. Son résultat net s’élève à environ 271 millions d’euros en 2025, soit un taux de rentabilité net de 10 %. Mais ces chiffres occultent des épisodes de pertes importantes, comme en 2022, où le parc affichait un déficit de 47 millions d’euros en raison d’une explosion des coûts.

Les coûts fixes de Disneyland Paris sont particulièrement lourds : près d’un milliard d’euros par an en salaires et charges, avec 20 000 salariés – faisant de lui le premier employeur français sur un même site. Son investissement initial, de 6 milliards d’euros, pèse encore sur ses comptes, avec un déficit cumulé estimé à plus de 4 milliards d’euros. Pourtant, le parc génère des retombées indirectes colossales, notamment via la vente de produits dérivés ou la consommation de films, difficilement quantifiables.

Des marges solides, mais des investissements permanents

Le secteur des parcs d’attractions en France affiche des marges enviables. Le Parc Astérix, détenu par la Compagnie des Alpes (CDA), a vu son chiffre d’affaires progresser de 18,9 % en 2025, atteignant 678 millions d’euros. Cette croissance s’explique par une hausse de 9,3 % de la fréquentation et une augmentation de 2,3 % des dépenses par visiteur. Le Puy du Fou, quant à lui, dégage un résultat net de 32 millions d’euros en 2024 pour un chiffre d’affaires de 184 millions, soit une marge nette d’environ 17 %. Même les parcs de taille moyenne, comme Nigloland, affichent des performances solides, avec une marge de 15 % en 2024 sur un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros.

Cette rentabilité s’accompagne d’une course effrénée aux investissements. « Nous avons installé 13 % de capacités supplémentaires en quatre ans. Cela nous rapporte 35 % de chiffre d’affaires en plus. Quand on investit, on obtient un ratio de 1 à 3 », a expliqué Dominique Thillaud, directeur général de la CDA, lors de la présentation des résultats 2025. Disneyland Paris a récemment ouvert un espace dédié à La Reine des Neiges, tandis que le Parc Astérix a inauguré deux nouvelles montagnes russes, Toutatis et Cétautomatix, pour un coût estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros chacune.

Fréquentation en hausse, mais des disparités persistantes

La fréquentation des parcs français a retrouvé et dépassé ses niveaux d’avant-pandémie. Disneyland Paris a accueilli plus de 16 millions de visiteurs en 2025, confirmant sa place de leader. Il est suivi par le Puy du Fou (3 millions, en hausse de 7,1 % sur un an), le Parc Astérix (2,9 millions, +2 %), et le Futuroscope (2,6 millions, +26,8 % grâce à son parc aquatique Aquascope). En revanche, des parcs comme Nigloland (710 000 visiteurs), le PAL (700 000) ou Walibi Rhône-Alpes (616 000) subissent des baisses de fréquentation de 4 à 7 % sur un an, reflétant une polarisation du secteur autour des grands noms.

Selon une étude du cabinet Xerfi menée en 2024, les cinq premiers parcs français concentrent un quart de la fréquentation du top 20 européen. Ce succès s’inscrit dans un contexte de forte reprise après la crise sanitaire : en 2022, la fréquentation avait bondi de 105 %, permettant de rattraper puis dépasser les chiffres de 2019. Les revenus du secteur, qui avaient chuté de 57 % en 2020, ont depuis retrouvé une dynamique positive, atteignant 3,1 milliards d’euros en 2023, contre 2,6 milliards en 2019.

Des modèles économiques vulnérables aux chocs externes

Malgré des marges attractives, le secteur reste exposé aux aléas conjoncturels. Les comptes de Disneyland Paris, par exemple, ont été lourdement impactés par des événements comme les attentats de 2015, la récession des années 1990 ou encore la pandémie de Covid-19. « Les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient ont aussi lesté ses comptes », rappelle BFM Business. Ces vulnérabilités rappellent que la rentabilité des parcs repose autant sur leur capacité à innover que sur leur résilience face aux crises.

Autre levier de croissance : l’hébergement et les services annexes. Disneyland Paris dispose de 7 hôtels à proximité immédiate, tandis que le Parc Astérix en compte deux. Le Puy du Fou a récemment rénové son hôtel phare, le Grand Siècle, et développe une offre en Espagne et en Angleterre. Ces stratégies visent à augmenter le panier moyen des visiteurs, qui inclut désormais des nuitées et des dépenses en restauration ou merchandising. « C’est l’autre pilier des parcs d’attractions : attirer les clients sur plusieurs jours, pas seulement pour quelques heures », souligne un expert du secteur.

Et maintenant ?

L’arrivée du projet Qiddiya d’ici 2030 devrait accélérer la course à l’innovation en Île-de-France. Disneyland Paris et le Parc Astérix devront probablement renforcer leurs investissements pour rester compétitifs, tandis que les parcs de deuxième rang pourraient souffrir d’une concentration accrue du marché. Une chose est sûre : les consommateurs, eux, devraient y gagner en choix et en expériences.

Reste à observer l’impact réel de ce nouveau concurrent sur la fréquentation globale. Si l’histoire des parcs d’attractions nous enseigne une chose, c’est que le secteur sait se réinventer – à condition d’y mettre les moyens.

En définitive, si les parcs français affichent une santé financière robuste, leur avenir dépendra de leur capacité à concilier innovation, résilience et adaptation aux nouvelles attentes des visiteurs. Dans un contexte où les géants saoudiens et américains redessinent la carte du divertissement, la France devra jouer serré pour conserver son leadership.

Disneyland Paris génère des retombées indirectes colossales, via la vente de produits dérivés, les droits cinématographiques et l’image de marque de Disney. Même avec des bénéfices irréguliers, son chiffre d’affaires (2,68 milliards en 2025) et son statut d’employeur majeur en font un acteur incontournable.

Les parcs devront investir davantage pour se différencier, tout en gérant des coûts fixes élevés. Ils devront aussi éviter une cannibalisation de leur public et préserver leur attractivité malgré l’arrivée d’un acteur aux moyens quasi illimités.