Selon Libération, l’historien israélo-américain Omer Bartov, spécialiste reconnu de la Shoah, a récemment mis en lumière les dangers d’un aveuglement persistant chez une partie de la population israélienne face à la colonisation en Cisjordanie. Dans un entretien accordé au quotidien, il dénonce également l’esprit de vengeance qui anime depuis le 7 octobre 2023 le gouvernement dirigé par Benjamin Nétanyahou. Face à cette impasse politique et humanitaire, Bartov avance une solution radicale : la création d’une confédération binationale partageant équitablement le territoire entre Israéliens et Palestiniens. Une proposition qu’il juge indispensable pour briser le cycle de violences, mais qui nécessiterait selon lui une « thérapie de choc » menée par les États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • L’historien Omer Bartov critique l’aveuglement des Israéliens sur la colonisation en Cisjordanie et l’esprit de vengeance du gouvernement Nétanyahou depuis le 7 octobre 2023.
  • Il propose une solution radicale : un partage du territoire sous forme de confédération israélo-palestinienne.
  • Cette option exige une intervention forte des États-Unis, qualifiée de « thérapie de choc ».
  • Bartov est un spécialiste de la Shoah, titulaire de la chaire de sciences humaines à l’université Brown aux États-Unis.

Un diagnostic sans concession sur la politique israélienne

Pour Omer Bartov, l’État d’Israël fait face à une crise morale et politique sans précédent. Dans ses analyses, il pointe du doigt l’absence de remise en question collective au sein de la société israélienne concernant l’expansion des colonies en Cisjordanie. « La colonisation n’est pas seulement une question territoriale, c’est une entreprise qui sape les fondements mêmes d’une paix durable », a-t-il expliqué à Libération. Selon lui, cette situation alimente un ressentiment profond parmi les Palestiniens, tout en radicalisant davantage les positions israéliennes.

Le chercheur s’alarme également de la rhétorique belliqueuse qui domine depuis les attaques du 7 octobre 2023, menées par le Hamas. Pour Bartov, le gouvernement Nétanyahou a instrumentalisé cette tragédie pour justifier une politique de fermeté intransigeante, au détriment d’une solution négociée. « La vengeance ne résoudra rien, elle ne fait qu’envenimer le conflit », a-t-il affirmé. Ces prises de position s’inscrivent dans la continuité de ses travaux sur les mécanismes de violence dans l’histoire, notamment à travers son analyse des régimes autoritaires et des crimes de masse.

Une confédération comme ultime recours

Face à l’échec patent des négociations de paix et à l’escalade des violences, Omer Bartov avance une hypothèse audacieuse : celle d’une confédération israélo-palestinienne. Ce modèle, inspiré des expériences européennes post-Seconde Guerre mondiale, permettrait selon lui de concilier les aspirations nationales des deux peuples tout en partageant les ressources et les institutions. « Une telle structure garantirait à chacun une reconnaissance mutuelle, tout en préservant des espaces de souveraineté partagée », a-t-il détaillé.

Cette proposition s’accompagne d’un appel pressant aux États-Unis, dont Bartov attend qu’ils jouent un rôle de médiation décisif. « Sans une pression internationale forte, aucun des deux camps n’acceptera de faire les concessions nécessaires », a-t-il souligné. L’historien insiste sur la nécessité d’une intervention « chirurgicale » des États-Unis, capable de briser les dynamiques de radicalisation actuelles. Pour lui, une telle démarche équivaudrait à une « thérapie de choc », indispensable pour sortir d’un conflit devenu ingérable.

Un contexte régional explosif

Les propos d’Omer Bartov interviennent dans un contexte où la Cisjordanie et Gaza restent des foyers de tension permanents. Depuis le 7 octobre 2023, les violences se sont intensifiées, avec des opérations militaires israéliennes meurtrières et une réponse palestinienne marquée par des attaques sporadiques. Selon les dernières estimations de l’ONU, plus de 15 000 Palestiniens et 1 200 Israéliens ont péri depuis le début de la guerre, tandis que des milliers de civils sont déplacés ou détenus sans procès.

Côté israélien, le gouvernement Nétanyahou, fragilisé par des divisions internes et des accusations de mauvaise gestion de la crise, mise sur une stratégie de force pour affaiblir le Hamas et dissuader toute nouvelle attaque. Pourtant, comme le rappelle Bartov, cette approche ne fait qu’alimenter un cycle de représailles dont les civils paient le prix fort. « La sécurité ne peut être construite sur des montagnes de cadavres », a-t-il martelé. Ses analyses rejoignent celles de nombreux observateurs, qui alertent sur le risque d’un embrasement régional plus large, impliquant le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen.

Et maintenant ?

Si la proposition de Bartov a le mérite de proposer une alternative concrète à l’impasse actuelle, son succès dépendra largement de la volonté politique des acteurs concernés. Les États-Unis, traditionnellement alliés d’Israël, pourraient-ils prendre les rênes d’une telle initiative ? Rien n’est moins sûr, alors que l’administration américaine reste divisée sur la question palestinienne. Une conférence internationale, prévue en septembre 2026 à l’initiative de l’Union européenne, pourrait offrir une première tribune pour discuter de ce type de solution.

Quant à Israël et à l’Autorité palestinienne, leur capacité à engager un dialogue semble aujourd’hui plus que jamais compromise. Les divisions internes israéliennes, couplées à l’affaiblissement de la direction palestinienne, rendent toute avancée improbable à court terme. Reste la société civile, qui pourrait, comme par le passé, jouer un rôle de premier plan dans la promotion de la paix.

Pour Omer Bartov, une chose est certaine : sans un changement radical de paradigme, le conflit ne fera que s’enliser, au prix de vies humaines et de souffrances indicibles. « Le statu quo n’est plus une option », a-t-il conclu. Ses propos rappellent que, dans un conflit aussi ancien que celui qui oppose Israéliens et Palestiniens, les solutions existent — mais qu’elles exigent du courage, et parfois, une remise en question douloureuse.

Une confédération implique une souveraineté partagée entre les deux entités, avec des institutions communes pour les questions stratégiques (défense, diplomatie, économie), tandis que chaque partie conserve une large autonomie interne. Une fédération, en revanche, suppose un État unique avec des entités fédérées ayant des compétences limitées. Bartov privilégie le modèle confédéral pour respecter les identités nationales tout en permettant une gestion commune des enjeux transfrontaliers.