L’Ordre national des pharmaciens a vivement réagi, ce jeudi 4 juin 2026, à un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) qui propose d’« étudier » la suppression des ordres professionnels de santé ou leur fusion au sein d’une même institution. Dans un communiqué publié sur son site, l’institution dénonce un document « volontairement à charge » et souligne que les critiques formulées s’appuient en partie sur des « lacunes de l’État » ayant placé l’ordre en difficulté.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de l’IGF propose d’étudier la suppression ou la fusion des ordres professionnels de santé, parmi lesquels ceux des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes.
- L’Ordre des pharmaciens estime que le rapport est « volontairement à charge » et pointe des « manquements » en partie imputables à des retards ou carences de l’État.
- Dans l’affaire Urgo, impliquant plus de 8 000 pharmaciens, l’ordre affirme avoir mis en œuvre les moyens nécessaires et se constitue partie civile dans près de 2 000 dossiers.
- L’IGF relève des dysfonctionnements dans la gouvernance et la gestion des ordres, ainsi que des insuffisances en matière de prévention des conflits d’intérêts et de traitement des déclarations de conformité.
- Parmi les sept ordres professionnels de santé, trois ont été particulièrement analysés : ceux des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes.
Un rapport de l’IGF qui interroge l’avenir des ordres professionnels
Publiée mercredi 3 juin 2026, la recommandation de l’Inspection générale des finances (IGF) suggère d’envisager la suppression pure et simple des ordres professionnels de santé ou leur regroupement au sein d’une seule entité. Cette proposition s’inscrit dans le cadre d’une mission plus large visant à évaluer le fonctionnement des ordres de médecins, de pharmaciens et de chirurgiens-dentistes. Selon BFM Business, l’IGF souligne des « dysfonctionnements » affectant aussi bien les missions régulatrices et disciplinaires que la gouvernance et la gestion de ces institutions.
L’Ordre des pharmaciens contre-attaque : des critiques « à charge » et des responsabilités partagées
Dans un communiqué publié jeudi, l’Ordre national des pharmaciens rejette en bloc les conclusions du rapport, qu’il qualifie de « sévère et volontairement à charge ». Carine Wolf-Thal, sa présidente, met notamment en avant le rôle de l’État dans les difficultés rencontrées. « Certaines situations, évaluées comme des manquements, sont en grande partie la résultante de retards ou de lacunes de la part de l’État qui [l’ont] placé en difficulté », précise-t-elle. Parmi les exemples cités figurent l’absence d’interconnexion avec la base « Transparence » pour le contrôle des avantages, ainsi que l’absence de textes réglementaires sur la prévention des conflits d’intérêts.
La présidente de l’ordre rappelle par ailleurs que l’institution a agi de manière proactive dans l’affaire Urgo, un dossier inédit à l’échelle nationale impliquant plus de 8 000 pharmaciens. « Le conseil national de l’ordre des pharmaciens tient à rappeler qu’il a mis en œuvre les moyens nécessaires dans ce dossier », souligne-t-elle. L’ordre ajoute qu’à chaque fois qu’il est informé de poursuites pénales en cours, il se constitue systématiquement partie civile. À ce jour, il a manifesté cette volonté dans près de 2 000 dossiers.
Des dysfonctionnements pointés par l’IGF dans plusieurs domaines
Le rapport de l’IGF ne se limite pas à une critique globale. Il détaille également des problèmes concrets dans la gestion des ordres. Concernant la prévention des conflits d’intérêts, l’Inspection relève que l’Ordre national des médecins n’arrive pas à absorber le flux de déclarations : 91 000 n’ont pas été traitées en 2024. Du côté des chirurgiens-dentistes, l’ordre a même renoncé à exercer cette mission de contrôle. En matière de formation continue, aucun ordre n’assure correctement le respect du développement professionnel continu (DPC), un dispositif obligatoire pour les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes.
Sur le volet disciplinaire, l’IGF pointe des « négligences dans le traitement de faits pourtant particulièrement graves ». Dans l’Ordre des médecins, des situations pouvant s’apparenter à des infractions pénales graves, notamment des violences sexuelles, n’ont fait l’objet d’aucune suite ou de suites très insuffisantes, comme de simples rappels à l’ordre. Autre exemple cité : dans le cadre de l’affaire Urgo, des conseillers régionaux de l’ordre ont décidé d’écarter l’engagement de poursuites disciplinaires en complément de l’action pénale contre des pharmaciens condamnés, alors que ces mêmes conseillers étaient eux-mêmes mis en cause pour les mêmes faits.
Une organisation territoriale jugée « complexe et obscure »
Carine Wolf-Thal évoque également, dans son communiqué, « une organisation territoriale complexe et assez obscure pour la gestion du contentieux Urgo ». Cette difficulté structurelle a-t-elle pu aggraver les retards dans le traitement des dossiers ? L’ordre ne le précise pas, mais le rapport de l’IGF semble corroborer cette analyse en pointant des insuffisances dans la gouvernance des institutions ordinales. Ces dernières, organisées en sept ordres distincts (médecins, dentistes, pharmaciens, infirmiers, kinésithérapeutes, sages-femmes, pédicures-podologues), peinent selon l’Inspection à garantir une régulation efficace des professions de santé.
L’IGF conclut que « ces insuffisances traduisent la fragilité intrinsèque du modèle ordinal de régulation des professions de santé » et entraînent « des conséquences graves en matière de protection des patients ». Une critique qui, si elle est partagée par une partie de la classe politique et des observateurs, ne convainc pas l’Ordre des pharmaciens, qui y voit une tentative de discrédit.
La question de la gouvernance et de l’efficacité des ordres professionnels dépasse le cadre strict de la santé. Elle interroge plus largement le rôle de l’État dans la régulation des professions réglementées, alors que les attentes en matière de transparence et de protection des patients n’ont jamais été aussi fortes.
Les sept ordres professionnels de santé en France sont ceux des médecins, des chirurgiens-dentistes, des pharmaciens, des infirmiers, des masseurs-kinésithérapeutes, des sages-femmes et des pédicures-podologues. Chacun dispose d’une autonomie de gestion et de régulation pour sa profession respective.
Le développement professionnel continu (DPC) est une obligation légale pour les médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes. Il s’agit d’un dispositif visant à garantir que les professionnels de santé maintiennent et actualisent leurs compétences tout au long de leur carrière, afin d’assurer une prise en charge de qualité des patients.