Selon Reporterre, après la guerre d’Algérie, des milliers de harkis, ces auxiliaires de l’armée française, ont été déplacés en France métropolitaine. Parmi eux, certains ont été envoyés dans des hameaux isolés des Alpes-de-Haute-Provence pour participer au reboisement des forêts, un épisode méconnu de l’histoire coloniale et forestière française.
Ce qu'il faut retenir
- Des centaines de harkis ont été relégués dans des hameaux reculés des Alpes-de-Haute-Provence après 1962 pour des travaux de reboisement.
- Ces lieux, souvent abandonnés, portent encore les stigmates de leur passage sous une végétation envahissante.
- Le hameau d’Ongles, près de la montagne de Lure, illustre cette mémoire oubliée.
- Ces hommes ont subi des conditions de vie précaires, loin de leur terre natale.
Un héritage colonial méconnu
La guerre d’Algérie (1954-1962) a laissé des traces profondes, bien au-delà des frontières du conflit. Selon Reporterre, plus de 90 000 harkis – des Algériens ayant combattu aux côtés de l’armée française – ont été transférés en France après l’indépendance de l’Algérie. Parmi eux, plusieurs centaines ont été dirigés vers des zones rurales isolées, comme la région d’Ongles, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Leur mission ? Reboiser des terrains jugés impropres à l’agriculture, sous l’autorité des services forestiers français.
Ces hommes, souvent traumatisés par la guerre et la trahison de leur propre camp, ont été parqués dans des hameaux insalubres, sans infrastructure digne de ce nom. Les conditions de vie y étaient rudes : absence d’eau courante, logements précaires, et une surveillance étroite des autorités. « On nous a traités comme des pestiférés », confie un ancien habitant du hameau d’Ongles, cité par Reporterre. Ces témoignages, rares et fragmentés, commencent seulement à émerger.
Ongles, symbole d’un passé enfoui
Perché au pied de la montagne de Lure, le hameau d’Ongles offre un paysage de ruines silencieuses. Sous un soleil de plomb, les murs effondrés et les toits effondrés des anciennes bâtisses disparaissent sous une végétation tenace. Selon les archives consultées par Reporterre, ce lieu abritait une quarantaine de familles de harkis dans les années 1960. Aujourd’hui, il ne reste que des fondations et des souvenirs, comme si la nature avait voulu effacer toute trace de leur passage.
Les descendants de ces familles, aujourd’hui dispersés dans toute la France, peinent à faire reconnaître cette partie de leur histoire. « Ce n’était pas juste du travail, c’était une punition », explique un habitant de Manosque, dont le père a vécu dans ce hameau. Les archives militaires, partiellement accessibles, confirment l’envoi systématique de harkis vers ces chantiers forestiers, sans que leur consentement ne soit jamais sollicité.
Entre mémoire et reconnaissance
Depuis quelques années, des associations, comme Les Harkis et leurs Enfants, œuvrent pour faire reconnaître le sort de ces hommes. En 2022, le président Emmanuel Macron a présenté des excuses officielles pour l’abandon des harkis après 1962. Pourtant, la question de leur intégration et de leur mémoire reste en suspens. Les travaux de reboisement, quant à eux, ont laissé une empreinte durable sur les paysages provençaux – des forêts plantées de main d’homme, mais aussi des vies brisées.
À Ongles, une plaque commémorative a été apposée en 2023, mais elle reste discrète, comme si les autorités hésitaient à affronter pleinement ce pan d’histoire. Les historiens soulignent que ces chantiers s’inscrivaient dans une logique plus large : celle de la réutilisation des « éléments indésirables » de la décolonisation, transformés en main-d’œuvre corvéable à merci.
Pour ces familles, la quête de vérité est une urgence. « Nos pères ont survécu à la guerre, puis on les a jetés comme des chiens dans ces montagnes », rappelle un habitant de Digne-les-Bains. Leur histoire, longtemps reléguée aux oubliettes, commence tout juste à être écoutée.
Selon les archives consultées par Reporterre, plusieurs centaines de harkis ont été déplacés dans des hameaux reculés des Alpes-de-Haute-Provence, dont une quarantaine à Ongles. Les chiffres exacts restent flous en raison de l’absence de registres complets.