Pour la première fois, des investisseurs internationaux ont acquis des participations dans certaines des plus grandes entreprises publiques d’Ouzbékistan, à l’occasion d’une double cotation à Londres et Tachkent. L’opération, orchestrée via le Fonds national d’investissement ouzbek (UzNIF), a permis de lever près de 700 millions de dollars (615 millions d’euros) tout en suscitant une demande estimée à 2,8 milliards de dollars (2,46 milliards d’euros), selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- 13 entreprises publiques ont été ouvertes aux investisseurs internationaux, couvrant les secteurs de l’énergie, des télécommunications, du transport et de la banque.
- Le fonds UzNIF, créé en août 2024, détient des participations minoritaires comprises entre 25 % et 40 % dans ces sociétés, pour une valeur totale estimée à 2,44 milliards de dollars.
- L’opération vise moins à lever des fonds qu’à introduire des standards internationaux de gouvernance et de transparence au sein des entreprises publiques.
- Plus de 4 700 investisseurs locaux ont participé à l’offre domestique, élargissant l’accès des citoyens aux marchés de capitaux.
- Le gouvernement ouzbek prévoit déjà six à sept nouvelles introductions en Bourse dans les secteurs de l’aviation, des télécommunications et de l’énergie.
Une opération historique pour le marché ouzbek
Cette double cotation, la première du genre pour l’Ouzbékistan, a attiré l’attention des investisseurs internationaux sur un pays dont l’économie a enregistré une croissance de 7,7 % en 2025, selon la Banque mondiale. « Cette introduction en Bourse ne vise pas seulement à lever des capitaux, a déclaré Saida Mirziyoyeva, cheffe de l’administration présidentielle ouzbèke lors de la cérémonie à la Bourse de Londres. Il s’agit de bâtir la confiance dans une nouvelle génération d’institutions ouzbèkes. »
Le fonds UzNIF, créé par décret présidentiel en août 2024 et géré par Franklin Templeton, a été conçu pour détenir des parts minoritaires dans des entreprises historiquement contrôlées par l’État. « La structure du fonds permet aux investisseurs internationaux d’accéder, via un seul véhicule d’investissement, à plusieurs des plus grandes entreprises du pays », a expliqué Julia Hoggett, directrice générale du London Stock Exchange, lors de l’opération.
Gouvernance et transparence au cœur des enjeux
Au-delà des montants levés, l’opération marque un changement de paradigme pour les entreprises publiques ouzbèkes. « L’objectif principal n’était pas nécessairement l’argent, mais l’amélioration de la gouvernance », a souligné Bekzod Khashimov, économiste et professeur assistant à l’université de New York à Abou Dabi. Une cotation publique impose en effet des règles strictes de transparence et limite les interventions directes de l’État dans la gestion quotidienne des entreprises.
« Plus de 150 fonds internationaux sont désormais actionnaires de ces 13 entreprises publiques et participeront activement à leur gouvernance », a précisé Quinn Martin, président de la société d’investissement Bluestone. « Ils exigeront que ces entreprises fonctionnent comme des entités commercialement viables, ce qui devrait renforcer leur performance à long terme. »
« Franklin Templeton est honoré de s’associer au gouvernement ouzbek pour promouvoir une bonne gouvernance au sein des entreprises publiques, construire des sociétés solides et durables qui soutiennent l’économie ouzbèke et contribuer au développement d’un marché local des capitaux dynamique. »
Jenny Johnson, directrice générale de Franklin Templeton
Un marché des capitaux en pleine mutation
Historiquement, les entreprises ouzbèkes se sont appuyées sur des financements publics ou bancaires. Cette opération pourrait marquer un tournant en diversifiant les sources de financement et en renforçant la maturité du marché local. « Cela signifie que le marché des capitaux a atteint un niveau de maturité qui lui permet de s’intégrer aux marchés mondiaux », a déclaré Fayzulla Tashov, président du directoire de la Bourse républicaine « Toshkent ».
L’opération a également permis d’associer directement les citoyens au marché. Selon les chiffres officiels, près de 4 700 investisseurs locaux ont participé à l’offre domestique, offrant à une partie de la population la possibilité d’investir dans des secteurs clés comme l’énergie ou les télécommunications. « Si la part de la population dans le capital des entreprises publiques augmente, cela exercera une pression sur les conseils d’administration pour améliorer leur performance et leur responsabilité », a analysé Khashimov.
Un engagement international renforcé
Le gouvernement ouzbek mise également sur cette opération pour introduire des standards internationaux de gouvernance dans les entreprises publiques. « Le fonds est conçu pour intégrer des pratiques de gouvernance d’entreprise de premier plan, a expliqué Khurshed Mustafoev, vice-ministre ouzbek de l’Économie et des Finances. Cela ouvrira la voie à une future participation accrue du secteur privé et à de nouvelles cotations. »
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte économique favorable. Avec une croissance de 7,7 % en 2025 et une population approchant les 40 millions d’habitants, l’Ouzbékistan attire un intérêt croissant des investisseurs spécialisés dans les marchés dits « frontières ». « Des investisseurs du monde entier ont choisi de parier sur l’avenir de l’Ouzbékistan », a confirmé Dmitriy Abbasov, directeur de la banque d’investissement au sein du groupe Avesta Investment Group.
Alors que les regards se tournent désormais vers les prochaines étapes, l’accent sera mis sur la capacité des entreprises à respecter les nouvelles exigences de transparence et à démontrer leur viabilité commerciale. Si l’opération atteint ses objectifs, elle pourrait inspirer d’autres économies émergentes à adopter des modèles similaires pour moderniser leurs marchés de capitaux.
L’objectif principal n’était pas de lever des fonds, mais d’introduire des standards internationaux de gouvernance et de transparence au sein des entreprises publiques ouzbèkes, selon Bekzod Khashimov et Saida Mirziyoyeva. La cotation publique impose des règles strictes et limite les interventions directes de l’État dans la gestion quotidienne des entreprises.
Selon les chiffres officiels rapportés par Euronews FR, environ 4 700 investisseurs locaux ont déposé des demandes lors de l’offre domestique, leur offrant la possibilité d’investir directement dans des entreprises publiques.