Le réalisateur mexicain Guillermo del Toro a confirmé ce week-end, lors du San Diego Comic-Con, qu’une version restaurée de son chef-d’œuvre Pan’s Labyrinth (2006) fera son retour en salles en octobre 2026. Une annonce qui s’inscrit dans le cadre des célébrations du vingtième anniversaire de ce film culte, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Une restauration entièrement manuelle, sans recours à l’intelligence artificielle, comme l’a précisé Guillermo del Toro lors du San Diego Comic-Con
- Le film sera projeté en 3D et HDR pour la première fois, une conversion également réalisée « à la main » par le réalisateur lui-même
- Del Toro a multiplié les critiques contre l’IA ces dernières années, la qualifiant notamment de menace pour l’art et l’émotion humaine
- Pan’s Labyrinth avait remporté trois Oscars, le BAFTA du meilleur film en langue étrangère et sept Goya à sa sortie en 2007
- La sortie est prévue le 9 octobre 2026 en France
Sorti en 2006, Pan’s Labyrinth (titre original : El laberinto del fauno) est un conte de fées sombre et poétique qui se déroule dans l’Espagne franquiste. Le film, salué par la critique internationale, avait marqué les esprits en remportant trois Oscars en 2007, dont celui de la meilleure photographie et des meilleurs maquillages. Il avait également obtenu le BAFTA du meilleur film en langue étrangère et raflé sept Goya, les prestigieux prix du cinéma espagnol.
Lors de son passage au San Diego Comic-Con, Guillermo del Toro a détaillé les contours de cette restauration, insistant sur le caractère artisanal du processus. Le cinéaste a confirmé que le film avait été restauré sans aucune utilisation d’intelligence artificielle, une position qu’il défend avec force depuis plusieurs années. « Évidemment, j’ai dit : “Absolument pas de putain d’IA” », a-t-il lancé devant un public venu acclamer sa position, comme le rapporte Euronews FR.
« Ce que nous protégeons, c’est la beauté et le pouvoir salvateur de l’art. Il ne s’agit pas de savoir qui obtient le travail. Nous protégeons une filiation artistique. Si nous privons toute une génération de la possibilité d’apprendre son métier, nous l’amputons du reste de l’histoire de ce médium, et pour quoi faire ? »
— Guillermo del Toro, lors du San Diego Comic-Con
Le réalisateur, connu pour son engagement en faveur d’un cinéma ancré dans le réel et l’humain, a également expliqué avoir lui-même converti Pan’s Labyrinth en 3D, un travail minutieux qui a nécessité des mois de patience. « Il faut y consacrer du temps. Il faut traiter chaque élément à la main. Un humain a pris une décision de profondeur », a-t-il souligné, rappelant que l’art, selon lui, ne peut être délégué à des algorithmes.
Un cinéma humaniste face à l’essor de l’IA
Cette prise de position s’inscrit dans une critique récurrente de Guillermo del Toro envers l’intelligence artificielle, qu’il considère comme une menace pour la création artistique. En octobre 2025, lors du Festival Lumière à Lyon, où il présentait Frankenstein – son prochain film en tant que réalisateur –, il avait déjà dénoncé avec virulence l’usage de l’IA au cinéma. « Nous vivons une époque dangereuse – une époque où nous avons honte de nos émotions, où l’on nous dit que l’art n’est pas important et que l’on peut faire de l’art sur une putain d’appli… », avait-il déclaré, selon Euronews FR.
Pour lui, l’IA représente un danger bien plus large : « Quand on nous vole l’art et l’émotion, cela nous mène vers une esthétique du fascisme ». Del Toro a alors mis en avant le processus de création de Frankenstein, un film entièrement conçu avec des décors réels, des plateaux à taille humaine et des miniatures réalisées à la main. « C’est une œuvre lyrique, faite par des humains pour des humains. C’est un film qui est là pour nous rappeler que l’art n’est pas seulement nécessaire, il est urgent. Et l’IA peut aller se faire foutre ! »
Cette méfiance envers les technologies automatisées n’est pas nouvelle chez le cinéaste. En juin 2023, lors du Festival international du film d’animation d’Annecy, il avait déjà livré une réflexion cinglante : « Quand les gens disent qu’ils ont peur de l’IA, je leur réponds : n’ayez peur d’aucune intelligence ; ayez peur de la stupidité. Toute intelligence est artificielle. La stupidité, elle, est naturelle. Totalement, à 100 % naturelle, organique. Ayez peur de la stabilité. C’est le véritable ennemi. »
Un anniversaire célébré dans les salles obscures
Le vingtième anniversaire de Pan’s Labyrinth sera donc marqué par une sortie en salles le 9 octobre 2026, pour la première fois en version 3D et HDR. Une occasion pour les spectateurs de redécouvrir ce film, considéré comme l’un des plus grands contes sombres du cinéma moderne. Le long-métrage, qui mêle réalité historique et fantastique, continue d’inspirer des générations de cinéastes et de spectateurs, bien au-delà des frontières espagnoles.
Guillermo del Toro, connu pour son attachement à l’artisanat cinématographique, a toujours défendu une approche manuelle de la création. Ses déclarations contre l’IA s’inscrivent dans cette philosophie, où la main de l’artiste prime sur les outils automatisés. Un positionnement qui résonne d’autant plus fort à l’ère du tout-numérique et des deepfakes.
Pour Guillermo del Toro, cette restauration est bien plus qu’un simple rafraîchissement technique : c’est un acte de résistance artistique. Une manière de réaffirmer que le cinéma, comme toute forme d’art, reste avant tout une affaire d’humains – et non de machines.