Lors d’un déplacement en Espagne, le pape Léon XIV a marqué son voyage par des déclarations fortes sur la crise des abus sexuels dans l’Église catholique. Ce lundi 8 juin 2026, lors d’une visite au siège de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) à Madrid, le souverain pontife a qualifié ce phénomène de « fléau » et appelé à une réponse ferme, centrée sur les victimes, rapporte Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Le pape Léon XIV a rencontré un groupe de victimes d’abus sexuels en Espagne, malgré des critiques sur l’exclusion de certaines associations.
- Il a qualifié les abus de « fléau » et exigé vérité, justice et réparation lors d’un discours aux évêques espagnols.
- En 2023, un rapport espagnol estimait à des centaines de milliers le nombre possible de victimes depuis plusieurs décennies.
- Les évêques espagnols ont contesté ces chiffres, évoquant 728 agresseurs identifiés depuis 1945 dans leurs propres enquêtes.
- Neuf associations de victimes ont dénoncé leur exclusion de la rencontre avec le pape, critiquant une instrumentalisation par l’Église.
Ce déplacement s’inscrit dans la continuité de la volonté affichée par Léon XIV de placer les victimes au cœur de la réponse de l’Église. La rencontre avec les évêques espagnols, organisée au siège de la CEE à Madrid, a permis au pape de réaffirmer son engagement en faveur d’une « écoute sincère » et de « changements profonds » pour garantir la guérison des personnes blessées. « Chaque personne blessée doit pouvoir trouver une écoute sincère, un accueil, une protection et de véritables changements qui conduisent à la guérison », a-t-il déclaré devant l’assemblée épiscopale.
Le souverain pontife a également élargi la responsabilité de la lutte contre les abus à l’ensemble de la communauté catholique. « La communauté ecclésiale est appelée à répondre par l’écoute, la vérité, la justice, la réparation et un engagement toujours plus résolu en matière de prévention et de culture du soin », a-t-il insisté. Cette approche globale marque une volonté de ne pas limiter la réponse à la seule hiérarchie ecclésiastique, mais d’impliquer l’ensemble des fidèles.
Un rapport espagnol controversé et des chiffres qui divisent
Les propos du pape interviennent dans un contexte marqué par des débats persistants sur l’ampleur des abus dans l’Église espagnole. En 2023, le médiateur du gouvernement espagnol avait rendu public un rapport de 800 pages, basé sur une enquête auprès de 8 000 personnes. Ce document estimait à des centaines de milliers le nombre potentiel de victimes d’abus sexuels au sein de l’Église sur plusieurs décennies, et recensait 487 cas avérés. Un chiffre que les évêques espagnols ont immédiatement contesté.
Selon les autorités ecclésiastiques, leur propre enquête interne avait identifié 728 agresseurs sexuels depuis 1945. Une différence d’appréciation qui illustre les tensions persistantes entre les institutions religieuses et les défenseurs des victimes. Ces divergences alimentent les critiques envers une Église perçue comme réticente à reconnaître l’ampleur des dysfonctionnements passés.
Une rencontre avec les victimes entachée de polémiques
Quelques heures avant son discours aux évêques, le pape a rencontré en privé un petit groupe de victimes d’abus sexuels. Une étape symbolique, mais qui n’a pas manqué de susciter des controverses. Neuf associations représentant des victimes ont dénoncé leur exclusion de cet échange, estimant que le choix des participants avait été opéré sans transparence. « Nos associations sont satisfaites qu’un groupe de victimes du plan de réparation puisse être entendu par le Pape, mais elles ne représentent pas toutes les victimes. Et, au fond, elles sont utilisées par l’Église, par la conférence épiscopale, pour nettoyer l’image d’une Église espagnole qui n’a jamais pu s’aligner sur ses victimes », a déclaré Juan Cuatrecasas, porte-parole de l’association Enfance volée.
Le Vatican a pour sa part salué la démarche, affirmant que le pape avait écouté « avec affection et attention » les témoignages recueillis. « Le pape a écouté avec affection et attention, leur a assuré sa proximité et celle de toute la communauté ecclésiale, et a promis son engagement à veiller à ce que les suggestions reçues servent de fondement à de nouveaux efforts, afin que l’Église puisse véritablement être un lieu sûr et spirituellement sain où les blessures trouvent consolation et guérison », a précisé Matteo Bruni, porte-parole du Vatican. Ce type de rencontres, déjà organisé par Léon XIV en Belgique à l’automne 2025, s’inscrit dans une stratégie de proximité affichée avec les victimes.
Entre reconnaissance des abus et tensions persistantes
Les déclarations du pape surviennent alors que l’Église catholique espagnole reste sous le feu des critiques pour sa gestion de cette crise. En 2024, elle avait annoncé le versement d’une indemnisation globale de 1,6 million d’euros aux victimes, une somme jugée insuffisante par de nombreuses associations. Ces dernières rappellent que ces compensations financières ne sauraient effacer les traumatismes subis. Les disparités entre les délais de prescription en vigueur dans les différents pays européens compliquent également la tâche des victimes souhaitant obtenir justice.
Par ailleurs, le pontificat de Léon XIV n’est pas épargné par les accusations de désinformation, certains milieux conservateurs lui reprochant de mettre en lumière les abus tout en promouvant des valeurs traditionnelles. Une contradiction qui alimente les tensions au sein même de la communauté catholique, entre ceux qui saluent une prise de conscience nécessaire et ceux qui y voient une instrumentalisation politique.
Cette visite du pape Léon XIV en Espagne confirme, s’il en était besoin, que la question des abus sexuels dans l’Église reste un défi majeur pour la crédibilité de l’institution. Entre reconnaissance partielle des dysfonctionnements, engagements affichés et critiques persistantes, le chemin vers une réponse globale et satisfaisante s’annonce long et semé d’embûches.
Le rapport commandé par le médiateur du gouvernement espagnol en 2023, basé sur une enquête auprès de 8 000 personnes, estimait à des centaines de milliers le nombre possible de victimes d’abus sexuels dans l’Église espagnole sur plusieurs décennies. Il recensait également 487 cas avérés.