À l’aube de l’inauguration d’un outil scientifique inédit, la capitale française accueille désormais la plus grande méridienne astronomique au monde en carbone. Installée sur la façade des Grands Moulins de l’Université Paris-Cité, cette structure monumentale, haute de plus de 12 mètres, a été dévoilée ce vendredi 3 juillet 2026. Selon Franceinfo - Sciences, ce projet allie innovation technologique et héritage astronomique pour remettre le Soleil au cœur de la mesure du temps.
Ce qu'il faut retenir
- Une méridienne astronomique en carbone de 12 mètres de hauteur et 3,5 mètres de large, d’une épaisseur de seulement quelques millimètres, est inaugurée à Paris ce 3 juillet 2026.
- C’est la première fois qu’une structure de ce type est fabriquée en carbone, combinant légèreté et résistance.
- L’outil projette l’ombre du Soleil à travers un œilleton pour indiquer l’heure, la saison et la date avec précision.
- Ses repères gravés incluent le midi solaire, les solstices, les équinoxes et une courbe en forme de 8, appelée analemme, pour affiner les calculs temporels.
- Le transport et l’installation, effectués depuis Vannes, ont nécessité un convoi exceptionnel et des moyens techniques importants.
- Les méridiennes, populaires entre le XVIIe et le XIXe siècle, permettaient autrefois aux citoyens de se repérer dans le temps.
Une prouesse technique et scientifique sur les murs de l’Université Paris-Cité
L’installation de cette méridienne monumentale marque une étape symbolique dans la valorisation du patrimoine scientifique parisien. Fixée à la verticale sur la façade extérieure des Grands Moulins, cette plaque de carbone blanc, fine comme une feuille, mesure exactement 12,1 mètres de haut pour 3,5 mètres de large. Selon Franceinfo - Sciences, son épaisseur ne dépasse pas quelques millimètres, une caractéristique rendue possible grâce aux propriétés du matériau. « C’est une feuille qu’on a déplacée depuis Vannes », explique Morgane Fouillet, responsable du projet chez Multiplast, l’entreprise bretonne à l’origine de la fabrication. « Juste pour la sortir de son moule, c’était déjà un défi. Ensuite, le transport jusqu’à Paris a nécessité un convoi exceptionnel, avec grue, deux camions et des nacelles. »
L’opération n’a pas été sans aléas, notamment en raison des fortes chaleurs enregistrées lors du déplacement. « On a eu quelques soucis techniques à cause de la chaleur, qui nous a beaucoup handicapés, mais on a réussi à relever le défi », confie Morgane Fouillet. Malgré ces difficultés, l’installation s’est déroulée comme prévu, offrant à Paris une nouvelle référence en matière d’astronomie publique.
Le Soleil comme horloge universelle : comment fonctionne la méridienne
Loin d’être un simple cadran solaire décoratif, cette méridienne est un outil scientifique précis, conçu pour projeter l’ombre du Soleil à travers un petit orifice, appelé œilleton, et tracer ainsi des repères temporels sur le mur. Sylvain Chaty, astrophysicien et vice-président délégué culture, sciences et société à l’Université Paris-Cité, détaille son fonctionnement : « Il y a trois lignes qui figurent le midi solaire, une demi-heure avant et après, soit de 11h30 à 12h30 solaire. Trois autres lignes marquent les solstices d’hiver et d’été, ainsi que les équinoxes. Enfin, une courbe en forme de 8, l’analemme, indique la saison et la date à 14 heures, lorsque la tache de lumière la traverse. »
Ces dispositifs, autrefois courants dans les bâtiments publics ou les églises, permettaient aux habitants de lire l’heure et la saison simplement en observant la position du Soleil. Leur utilisation remonte à l’Antiquité, où des scientifiques comme Ératosthène s’en sont servis pour calculer avec précision la circonférence de la Terre. Aujourd’hui, cette méridienne en carbone modernise cette tradition, en offrant une précision accrue grâce à des technologies de pointe.
Un héritage astronomique réinventé pour le XXIe siècle
L’histoire des méridiennes est marquée par leur rôle central dans la diffusion du temps solaire avant l’avènement des horloges mécaniques. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, ces installations ornaient les places et les édifices religieux, servant de référence temporelle pour les populations. Avec l’arrivée des montres et des fuseaux horaires, leur usage a progressivement décliné. Pourtant, comme le souligne Sylvain Chaty, « ces instruments rappellent une époque où le temps était indissociable du mouvement des astres. Aujourd’hui, ils offrent une passerelle entre le passé et les défis contemporains de la mesure du temps. »
La fabrication de cette méridienne en carbone, inédite par ses dimensions et son matériau, s’inscrit dans une démarche de modernisation des outils astronomiques. Légère et résistante, cette structure pourrait inspirer d’autres projets similaires, notamment dans les villes où l’espace public se prête à des installations scientifiques accessibles au grand public. Pour l’Université Paris-Cité, ce projet s’ajoute à une série d’initiatives visant à rapprocher la science des citoyens.
Un projet aux multiples enjeux
Au-delà de son aspect scientifique, la méridienne en carbone représente aussi un défi logistique et écologique. Son transport depuis Vannes, en Bretagne, jusqu’à Paris a nécessité une logistique complexe, illustrant les contraintes liées à la manipulation d’objets monumentaux et fragiles. Morgane Fouillet souligne que « ce projet a permis de tester les limites du transport de structures légères et de grande taille, une expertise qui pourrait être utile pour d’autres réalisations futures. »
Sur le plan environnemental, le choix du carbone, matériau à la fois résistant et léger, s’inscrit dans une logique de durabilité. Contrairement aux méridiennes traditionnelles en pierre ou en métal, cette structure ne nécessite pas de fondations lourdes et pourrait, à terme, être recyclée ou déplacée sans altération majeure. Pour l’Université Paris-Cité, cette initiative s’aligne sur ses engagements en faveur d’une science innovante et responsable.
Enfin, cette méridienne s’ajoute à une série de projets visant à ancrer la recherche astronomique dans le paysage urbain. Elle rappelle que Paris, ville de lumière, reste un lieu privilégié pour l’observation du ciel et la vulgarisation scientifique. Comme le rappelle Sylvain Chaty, « cette installation n’est pas qu’un objet technique. C’est aussi un symbole : celui d’une science qui se met à la portée de tous, et qui rappelle que le temps, avant d’être une donnée numérique, est une expérience universelle. »
Oui, l’Université Paris-Cité prévoit d’organiser des visites guidées dès cet automne pour expliquer le fonctionnement de la méridienne. Les dates et horaires seront communiqués sur le site de l’établissement.