Selon Euronews FR, les parkings solaires pourraient devenir un levier majeur de la transition énergétique en Europe, mais leur adoption reste inégale selon les pays. Ces infrastructures, qui transforment les places de stationnement en mini-centrales photovoltaïques, offrent une double promesse : réduire les factures d’électricité et accélérer la décarbonation des villes. Pourtant, alors que certains États européens misent sur cette solution, d’autres, comme le Royaume-Uni, freinent son déploiement malgré des gains potentiels estimés à plus de 32 000 € par an pour les sites de 80 places.
Ce qu'il faut retenir
- Le solaire est devenu la source d’électricité la moins chère en Europe, avec un coût inférieur de 41 % aux énergies fossiles en 2024 (IRENA).
- Les parkings solaires permettent de ne pas artificialiser de nouveaux terrains, tout en offrant des places couvertes pour réduire la chaleur dans les véhicules.
- La France impose depuis 2022 des panneaux solaires sur les parkings de plus de 80 places, avec des amendes pouvant atteindre 40 000 € par an en cas de non-respect.
- Un parking britannique de 80 places pourrait économiser 28 000 £ (32 000 €) par an grâce à l’installation d’auvents solaires, selon les estimations gouvernementales.
- Le Royaume-Uni a finalement abandonné l’obligation d’équiper les parkings de panneaux solaires, malgré des gains estimés à 852 000 kWh/an et une réduction de 471 tonnes de CO₂ pour un site pilote.
L’énergie solaire, une « étoile brillante » pour l’Europe
Selon Euronews FR, l’énergie solaire s’impose comme un pilier de la transition énergétique en Europe, notamment depuis la flambée des prix du pétrole et du gaz liée à la guerre en Iran. En 2024, les panneaux solaires étaient 41 % moins chers que les alternatives fossiles les plus économiques, d’après les données de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Cette compétitivité a encouragé l’innovation, avec des projets allant des clôtures solaires aux lignes ferroviaires équipées de panneaux en Suisse.
Les parkings solaires figurent désormais parmi les solutions les plus prometteuses pour concilier transition énergétique et optimisation des infrastructures existantes. Rob Stait, directeur général d’Alight, l’un des principaux développeurs solaires en Europe, souligne que ces installations « produisent de l’électricité sans accaparer de nouveaux terrains, ce qui est crucial face aux difficultés de planification des parcs solaires au sol ». Elles permettent également d’intégrer des bornes de recharge pour véhicules électriques, réduisant ainsi les coûts d’installation et accélérant la décarbonation des transports.
La France, pionnière en Europe avec une obligation contraignante
Dès 2022, la France a adopté une loi imposant l’installation de panneaux solaires sur tous les parkings pouvant accueillir au moins 80 véhicules. Les délais varient selon la taille des sites : cinq ans pour les parkings de 80 à 400 places (jusqu’en 2027) et seulement trois ans pour les parkings de plus de 400 places (jusqu’en 2025). Les exploitants doivent couvrir au moins la moitié de la surface des plus grands sites, sous peine d’amendes pouvant atteindre 40 000 € par an.
Le gouvernement français estime que ces mesures pourraient ajouter 11 gigawatts de puissance au réseau électrique national, soit l’équivalent de la consommation de 12 millions de foyers. En 2025, l’obligation a été assouplie pour les parkings extérieurs de plus de 1 500 m², qui peuvent désormais opter pour des arbres offrant de l’ombre ou une combinaison des deux solutions. Une flexibilité saluée par la filière, tout en maintenant l’objectif de décarbonation.
L’Allemagne et la Slovénie emboîtent le pas, mais à des rythmes différents
Plusieurs Länder allemands ont mis en place des obligations similaires, bien que moins contraignantes qu’en France. Dans le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Schleswig-Holstein, la Rhénanie-Palatinat et la Basse-Saxe, les nouveaux parkings doivent désormais intégrer des panneaux solaires, avec des règles adaptées à la taille des sites. Ces dispositifs s’inscrivent dans une stratégie plus large de développement des énergies renouvelables, alors que l’Allemagne cherche à réduire sa dépendance aux énergies fossiles.
En Slovénie, une loi similaire impose l’installation de panneaux solaires sur tous les parkings reconstruits ou neufs de plus de 1 000 m². Ces mesures reflètent une volonté politique claire de maximiser le potentiel solaire des infrastructures urbaines, sans recourir à l’artificialisation des sols. Des initiatives qui contrastent avec le retard pris par d’autres pays européens.
Le Royaume-Uni, un cas d’école de l’occasion manquée
Contrairement à ses voisins, le Royaume-Uni a récemment fait marche arrière sur les parkings solaires, malgré des études prometteuses. En 2025, le gouvernement a lancé un appel à contributions pour évaluer le potentiel de ces installations, estimant qu’un parking de 80 places pourrait économiser 28 000 £ (32 000 €) par an grâce à des auvents solaires. Un projet pilote à Leeds a démontré qu’un tel système pouvait produire 852 000 kWh par an, compensant 471 tonnes de CO₂ — l’équivalent de retirer 203 voitures de la circulation.
Pourtant, le ministère de la Sécurité énergétique et du Net Zéro (DESZN) a finalement décidé de ne pas imposer ces installations, malgré les gains estimés. Un porte-parole du DESZN a indiqué que le solaire « reste au cœur de la mission du gouvernement en matière d’électricité propre », tout en soulignant que le déploiement sur les parkings ne sera pas obligatoire. Rob Stait d’Alight a qualifié cette décision d’« énorme occasion manquée », rappelant que les projets solaires sur parkings permettent de contourner les débats classiques sur l’impact visuel ou l’occupation des sols.
« Les débats qui, d’ordinaire, freinent le déploiement du solaire disparaissent en grande partie lorsque l’on construit sur des infrastructures existantes comme les parkings. L’obligation française a démontré que ce modèle est viable à grande échelle. »
Un modèle reproductible, mais freiné par le manque de volonté politique
Les arguments en faveur des parkings solaires sont nombreux : réduction des coûts énergétiques, intégration des bornes de recharge pour véhicules électriques, amélioration du confort des usagers par des places couvertes, et contribution aux objectifs de neutralité carbone. Pourtant, leur déploiement reste inégal en Europe, en raison de freins réglementaires, de réticences sectorielles ou simplement d’un manque d’ambition politique. Rob Stait estime que « compter sur les seules forces du marché fonctionne rarement sans soutien des pouvoirs publics ».
Avec la baisse continue des coûts des panneaux solaires et l’urgence climatique, les parkings solaires pourraient bien devenir un standard en Europe. Reste à savoir si les États membres saisiront cette opportunité ou la laisseront passer, au risque de ralentir leur transition énergétique.