Aux États-Unis, la part des revenus du travail dans la richesse nationale n’a jamais été aussi faible depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon BFM Business, qui s’appuie sur les données du Bureau of Labor Statistics (BLS), les travailleurs américains n’ont perçu que 52,9 % de la richesse produite au deuxième trimestre 2026, soit le niveau le plus bas enregistré depuis 1947. Autrement dit, lorsque l’économie américaine génère 100 dollars, seuls 52,9 dollars reviennent aux salariés sous forme de salaires ou d’avantages sociaux, contre une moyenne de 62,4 dollars dans les années 1980.

Cette tendance, engagée depuis les années 2000, s’accompagne d’une hausse des profits des entreprises. Toujours selon le BLS, les marges bénéficiaires des sociétés américaines ont atteint 4 120 milliards d’euros avant impôts sur la même période, soit 18 % du revenu national – un niveau inédit depuis 1945. Une situation qui illustre, selon les économistes, un déséquilibre croissant entre la rémunération du capital et celle du travail.

Ce qu'il faut retenir

  • 52,9 % : la part des revenus du travail dans la richesse américaine au T2 2026, un niveau historiquement bas depuis 1947.
  • 4 120 milliards d’euros : les profits des entreprises américaines avant impôts, soit 18 % du revenu national – un record depuis 1945.
  • Depuis les années 1980, la part des salaires dans la richesse produite est passée de 62,4 % à 52,9 %.
  • En France, cette part reste stable autour de 65-67 %, protégée par des institutions du marché du travail plus solides.
  • Les géants technologiques et l’automatisation expliquent en partie ce déséquilibre outre-Atlantique.
  • Le salaire horaire moyen ajusté de l’inflation a reculé de 0,2 % sur un an.

Une tendance lourde depuis les années 2000

Cette évolution ne s’improvise pas : elle s’inscrit dans une dynamique de long terme. Selon BFM Business, la part des salaires dans le revenu national recule aux États-Unis et dans la plupart des pays avancés depuis plusieurs décennies, avec une accélération marquée après l’an 2000. Après une relative stabilité au XXe siècle, cette tendance s’est confirmée malgré une économie américaine globalement dynamique. Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer ce phénomène, parmi lesquels l’affaiblissement des syndicats, les délocalisations massives vers des pays à bas coûts, ou encore l’impact des nouvelles technologies.

Certaines études, comme celles des économistes Loukas Karabarbounis et Brent Neiman, soulignent par exemple que la baisse du coût des équipements informatiques a incité les entreprises à réduire leur main-d’œuvre au profit de l’automatisation. D’autres travaux pointent du doigt le rôle des géants technologiques, capables de générer des profits colossaux avec un nombre restreint d’employés. Un modèle qui contraste fortement avec la situation française, où les salaires restent mieux protégés.

La France, un modèle à part en Europe

Si la situation américaine se dégrade, celle de la France – et plus largement de l’Europe – apparaît bien différente. Selon nos confrères de BFM Business, qui citent une étude de la direction du Trésor, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises non financières françaises s’élevait à environ 50 % en 2025. En incluant les cotisations patronales et les autres dépenses liées au travail, cette part atteint même 65 à 67 % de la richesse produite – un niveau globalement stable depuis trente ans.

Cette divergence s’explique en partie par un tissu industriel et des institutions du marché du travail différents. En France, la masse salariale est davantage protégée, et le poids des cotisations sociales contribue à maintenir élevée la part de la richesse comptabilisée comme rémunération du travail. Un système qui limite, pour l’instant, les effets d’une automatisation massive ou d’une financiarisation excessive de l’économie. « On observe une préférence marquée pour le capital au détriment du travail, les bénéfices revenant principalement aux actionnaires et non aux employés », constate Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union, citée par S&P Global.

« Quel que soit l’indicateur considéré, les travailleurs reçoivent une part de plus en plus faible du revenu national depuis des années », observe Abiel Reinhart, économiste chez JPMorgan, dans le Financial Times.

Des profits records, mais des salaires en berne

Alors que les travailleurs américains voient leur part de la richesse nationale diminuer, les entreprises, elles, enregistrent des profits records. Les 4 120 milliards d’euros de bénéfices avant impôts au T2 2026 représentent 18 % du revenu national, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette manne se concentre entre les mains des actionnaires, tandis que les salariés subissent une stagnation, voire une baisse, de leur pouvoir d’achat.

Sur un an, le salaire horaire moyen ajusté de l’inflation a reculé de 0,2 %, une tendance qui pourrait se poursuivre tant que la productivité et les prix augmenteront plus rapidement que les salaires. Dans le même temps, le S&P 500, principal indice de Wall Street, affiche une progression de 18,9 % sur un an, bénéficiant aux détenteurs d’actions – souvent les plus aisés. Une situation qui creuse encore les inégalités entre ceux qui tirent profit de la croissance économique et ceux qui en sont exclus.

L’intelligence artificielle et l’automatisation, accélérateurs de cette tendance ?

Parmi les explications avancées pour comprendre ce déséquilibre, l’essor de l’intelligence artificielle et de l’automatisation joue un rôle croissant. Si ses effets à long terme restent à confirmer, certaines entreprises utilisent déjà ces technologies pour accroître leur production sans augmenter leurs effectifs ni les salaires. Un phénomène qui pourrait s’amplifier dans les années à venir, surtout dans les secteurs les plus exposés à la robotisation.

Pour autant, cette explication ne suffit pas à elle seule. Comme le souligne Abiel Reinhart, chez JPMorgan, « où va cet argent ? Une bonne partie se retrouve dans les marges bénéficiaires des entreprises ». Un constat qui renvoie à des choix structurels : politiques de dividendes généreuses, rachats d’actions, ou encore priorité donnée à la rémunération des actionnaires plutôt qu’à celle des employés.

Et maintenant ?

La tendance actuelle ne semble pas prête à s’inverser à court terme. Tant que les salaires progresseront moins vite que la productivité et l’inflation, la part du travail dans la richesse nationale devrait continuer de reculer. Les prochaines élections américaines de novembre 2026 pourraient, selon certains observateurs, faire de ce sujet un enjeu de campagne. Reste à savoir si les pouvoirs publics ou les entreprises prendront des mesures pour rééquilibrer cette répartition, ou si le statu quo persistera.

En France, où la situation reste plus stable, les débats portent davantage sur la compétitivité des entreprises et la préservation du pouvoir d’achat. Mais la question de l’automatisation et de la financiarisation de l’économie pourrait, à terme, y devenir aussi prégnante qu’aux États-Unis.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : l’affaiblissement des syndicats, les délocalisations vers des pays à bas coûts, l’automatisation accrue grâce aux nouvelles technologies (notamment l’informatique et l’IA), et une préférence croissante des entreprises pour la rémunération des actionnaires plutôt que des salariés. Ces éléments combinés ont réduit la part des salaires dans la richesse nationale, passant de 62,4 % dans les années 1980 à 52,9 % au T2 2026.