Le partenariat économique entre l’Afrique et la France, ainsi que les principaux enseignements du Africa Forward Summit organisé à Nairobi, ont fait l’objet d’une analyse approfondie ce samedi 7 juin dans l’émission BFM Stratégie, présentée par Frédéric Simottel sur BFM Business. Deux experts, Nachouat Meghouar, directrice générale de la French-African Foundation, et Patrick Dupoux, directeur associé senior au Boston Consulting Group (BCG), ont échangé sur les perspectives de cette coopération, jugée à réinventer pour répondre aux défis contemporains.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Africa Forward Summit, tenu à Nairobi, a servi de cadre à une réflexion sur l’avenir des relations économiques franco-africaines.
  • Nachouat Meghouar, directrice générale de la French-African Foundation, et Patrick Dupoux, du BCG, ont analysé les points marquants de cette édition.
  • L’émission BFM Stratégie sur BFM Business a été diffusée le 7 juin 2026.
  • Les échanges ont porté sur la nécessité de renforcer la coopération industrielle, technologique et financière entre les deux continents.
  • La question de la souveraineté économique et de l’autonomie stratégique africaine a été au cœur des débats.

Un sommet dédié aux nouvelles dynamiques économiques africaines

Le Africa Forward Summit, qui s’est déroulé à Nairobi du 5 au 7 juin 2026, a réuni des acteurs politiques, économiques et académiques autour des enjeux de développement du continent. Selon BFM Business, cet événement a mis en lumière les opportunités offertes par l’industrialisation, l’innovation et les partenariats public-privé. Les discussions ont notamment porté sur la création d’écosystèmes locaux compétitifs et la réduction de la dépendance aux importations.

« L’Afrique dispose d’un potentiel économique immense, mais celui-ci doit être accompagné par des politiques publiques ambitieuses et des investissements ciblés », a souligné Nachouat Meghouar. Elle a rappelé que le continent représente aujourd’hui l’une des régions à la croissance la plus rapide au monde, avec un PIB combiné dépassant les 3 000 milliards de dollars. Pour elle, la France a un rôle clé à jouer dans ce processus, notamment en matière de transferts de technologies et de financement de projets structurants.

La coopération franco-africaine face à ses défis stratégiques

L’analyse proposée par les deux intervenants a révélé que le partenariat actuel entre la France et l’Afrique doit évoluer pour s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques et économiques. Patrick Dupoux, du BCG, a insisté sur la nécessité de passer d’une relation basée sur l’aide au développement à un modèle axé sur l’investissement mutuellement bénéfique. « Les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique restent déséquilibrés, avec un déficit structurel pour le continent », a-t-il précisé.

Les experts ont également évoqué les secteurs porteurs pour les deux parties, comme les énergies renouvelables, l’agro-industrie ou encore les technologies numériques. « L’Afrique pourrait devenir un leader mondial dans les énergies vertes, mais cela nécessite des partenariats industriels solides », a expliqué Patrick Dupoux. Il a cité l’exemple de projets comme Desert to Power, une initiative visant à développer des parcs solaires au Sahel, soutenue par la Banque africaine de développement et des investisseurs internationaux.

La souveraineté économique africaine, un objectif prioritaire

Un thème central a émergé des débats : la nécessité pour l’Afrique de renforcer sa souveraineté économique face aux dépendances historiques. Nachouat Meghouar a rappelé que le continent importe encore près de 80 % de ses médicaments et dépend fortement des capitaux étrangers pour son développement. « Sans une industrialisation accélérée, l’Afrique restera un marché captif pour les produits manufacturés des pays développés », a-t-elle alerté.

Les intervenants ont salué les avancées récentes, comme la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021 et progressivement mise en œuvre. « Cette zone pourrait, à terme, créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs, mais son succès dépendra de la capacité des États à harmoniser leurs politiques commerciales », a commenté Nachouat Meghouar.

Le rôle de la France dans cette réinvention partenariale

La France, de son côté, cherche à repositionner sa relation avec l’Afrique, marquée par des décennies de coopération parfois controversée. Patrick Dupoux a souligné que Paris pourrait jouer un rôle d’accélérateur en mobilisant son expertise dans des secteurs clés, comme l’aéronautique, le luxe ou la finance. « La France dispose d’atouts uniques, notamment grâce à ses entreprises présentes sur le continent, comme TotalEnergies, LVMH ou Orange, mais elle doit aussi accepter une forme de réciprocité dans les échanges », a-t-il analysé.

Les deux experts ont également pointé du doigt les obstacles persistants, comme les barrières douanières, les instabilités politiques ou encore la concurrence accrue des autres puissances, notamment la Chine et les États-Unis. « L’Europe dans son ensemble, et pas seulement la France, doit définir une stratégie claire vis-à-vis de l’Afrique », a plaidé Patrick Dupoux.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient être déterminées lors du sommet France-Afrique prévu en 2027, qui devrait officialiser de nouveaux partenariats industriels et financiers. D’ici là, les deux continents pourraient multiplier les initiatives bilatérales, notamment dans les domaines de l’éducation et de la formation professionnelle. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des actes concrets, alors que les tensions géopolitiques et les crises économiques continuent de peser sur les relations internationales.

Ce réexamen du partenariat franco-africain intervient à un moment où les deux rives de la Méditerranée font face à des défis communs, comme la transition écologique ou la maîtrise des flux migratoires. Pour Nachouat Meghouar, « une coopération rénovée pourrait non seulement bénéficier aux économies africaines et françaises, mais aussi renforcer la stabilité du continent et de l’Europe ».

La ZLECAf vise à créer un marché unique de 1,3 milliard de consommateurs, en supprimant les barrières douanières entre les pays africains. Son objectif est de stimuler l’industrialisation locale, de réduire la dépendance aux importations et de favoriser les échanges intra-africains, qui ne représentent aujourd’hui que 15 % du commerce total du continent.

Les experts ont cité plusieurs secteurs clés : les énergies renouvelables (notamment solaire et éolien), l’agro-industrie (transformation des produits locaux), les technologies numériques (fintech, e-santé) et l’industrie pharmaceutique (fabrication locale de médicaments). Ces domaines sont considérés comme porteurs pour une coopération mutuellement avantageuse.