Alors que plusieurs communes françaises passent sous la direction de l’extrême droite, le monde de la culture s’interroge : faut-il participer à des événements organisés par des municipalités dirigées par le Rassemblement National (RN) ? Selon Le Monde – Politique, cette question divise profondément le secteur artistique et littéraire, entre rejet idéologique et nécessité professionnelle.

Cette réflexion s’inscrit dans un contexte où une quarantaine de villes françaises, dont certaines grandes comme Hénin-Beaumont ou Beaucaire, sont désormais dirigées par des élus RN depuis les dernières élections municipales. Côté culture, des festivals, des résidences d’artistes ou encore des appels à projets culturels voient le jour sous ces nouvelles autorités, forçant les acteurs du secteur à trancher : boycotter ou non ces initiatives ?

Ce qu'il faut retenir

  • Une quarantaine de communes françaises sont désormais dirigées par le RN après les élections municipales de 2026
  • Des événements culturels (festivals, résidences, appels à projets) sont organisés dans ces villes, mettant les artistes et auteurs face à un dilemme moral
  • Le secteur culturel est profondément divisé entre rejet politique et nécessité de visibilité professionnelle
  • Certains artistes refusent catégoriquement toute collaboration, tandis que d’autres estiment devoir maintenir une présence pour défendre leurs valeurs
  • Le débat porte aussi sur la légitimité de ces événements : s’agit-il de simples animations ou d’une stratégie de normalisation du RN ?

Un choix cornélien entre éthique et opportunité professionnelle

Pour certains créateurs, la ligne est claire : ils refusent catégoriquement de se produire ou de collaborer avec des municipalités RN. « Je ne participerai à aucun événement organisé par une mairie d’extrême droite », a déclaré à Le Monde – Politique l’écrivain Alain Mabanckou, qui évoque un « principe intangible ». D’autres, comme la metteuse en scène Joëlle Gayot, estiment au contraire devoir maintenir une présence « pour ne pas laisser le champ libre à ces idéologies ».

Côté musiciens, le débat est tout aussi vif. Le groupe Feu! Chatterton a annulé un concert prévu à Hénin-Beaumont en 2025, tandis que des artistes moins connus hésitent à décliner des invitations, de peur de se priver de plateformes essentielles pour leur carrière. « Refuser, c’est aussi risquer de ne plus exister médiatiquement », confie un auteur sous couvert d’anonymat.

Les municipalités RN à l’offensive culturelle

Depuis leur arrivée aux commandes, plusieurs maires RN ont lancé des initiatives pour marquer leur territoire. À Beaucaire, le nouveau maire Julien Sanchez a créé un « Printemps des arts » en 2026, tandis qu’à Hénin-Beaumont, des résidences d’artistes sont financées par la ville. Ces projets, présentés comme apolitiques par leurs organisateurs, suscitent des interrogations sur leur véritable portée. « Ces événements servent-ils à divertir ou à normaliser une idéologie ? », s’interroge Dominique Cardon, sociologue des médias, interrogé par Le Monde – Politique.

Certains y voient une stratégie délibérée pour donner une image plus modérée du RN. « C’est une tactique classique de la part de l’extrême droite : utiliser la culture comme un faire-valoir », analyse Sylvie Tissot, professeure de sciences politiques à l’Université Paris 8. D’autres, à l’inverse, soulignent que ces initiatives pourraient aussi permettre des rencontres et des échanges, même ponctuels, avec des publics parfois éloignés de l’art.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une radicalisation des positions, avec d’un côté des appels au boycott collectif et, de l’autre, une multiplication des participations sous conditions. Une réunion des principaux syndicats du spectacle vivant (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, SNAC) est prévue pour le 15 juin 2026 afin d’établir des recommandations communes. Reste à savoir si le secteur parviendra à trouver un consensus, ou si la division persistera.

Une chose est sûre : la question ne se limitera pas à 2026. Avec le risque de voir davantage de villes basculer à droite lors des prochaines élections, le dilemme des artistes et auteurs pourrait bien s’inscrire dans la durée.

Les événements concernés incluent festivals, résidences d’artistes, appels à projets culturels, concerts, expositions et ateliers organisés directement par les municipalités RN ou soutenus financièrement par elles. Certains artistes sont invités en tant que prestataires, tandis que d’autres sont sélectionnés via des appels à candidatures lancés par les villes.