La rentrée sportive 2026 s’annonce compliquée pour les familles modestes. Selon Franceinfo - Politique, l’ancienne ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera a interpellé ce 10 août le gouvernement sur l’absence de communication concernant le rétablissement du pass Sport pour les 6-13 ans, une mesure pourtant promise en janvier dernier par la ministre actuelle, Marina Ferrari.
Alors que les inscriptions en clubs de sport ont déjà débuté dans de nombreux départements, les foyers aux revenus inférieurs à 1 200 euros mensuels se retrouvent en difficulté. Les modalités d’attribution du pass Sport, supprimé sous le gouvernement Bayrou, n’ont toujours pas été officialisées, laissant clubs et familles dans l’incertitude la plus totale. Autant dire que la situation frise l’absurde, alors que l’aide, sous forme de déduction de 70 euros à l’inscription, était jusqu’alors destinée à faciliter l’accès au sport pour les enfants issus de milieux défavorisés.
Ce qu'il faut retenir
- Le pass Sport pour les 6-13 ans a été supprimé sous le gouvernement Bayrou avant d’être promis en janvier 2026 par la ministre Marina Ferrari.
- En l’absence de règles claires, 75 % des enfants bénéficiaires du dispositif ont abandonné leur activité sportive, selon les observations de 300 acteurs du monde du sport ayant signé une tribune la semaine dernière.
- Les inscriptions en club sont déjà en cours, mais les familles modestes, celles qui en avaient le plus besoin, se retrouvent exclues faute d’information.
- Amélie Oudéa-Castera, ancienne ministre et présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), dénonce une « injustice » sociale et réclame une visibilité immédiate.
- Le ministère des Sports assure que les modalités seront dévoilées « dans les prochains jours ».
Un dispositif crucial pour l’égalité des chances, mais toujours dans le flou
Le pass Sport n’est pas une simple aide financière : il représente un levier d’égalité des chances pour des milliers d’enfants. Inspirée du pass Culture, cette mesure permettait jusqu’en 2025 une déduction de 70 euros lors de l’inscription en club ou en association sportive. Pourtant, son exclusion pour les 6-13 ans par le gouvernement précédent avait déjà créé un fossé entre les familles aisées et les autres. Selon les chiffres cités par Amélie Oudéa-Castera, les foyers gagnant moins de 1 200 euros par mois ont un taux d’inscription en club inférieur de 10 à 15 points par rapport aux autres familles — un écart directement imputable à la contrainte financière.
« Quand on regarde les foyers qui ont un revenu inférieur à 1 200 euros, on voit bien que c’est 10 à 15 points de moins pour les autres familles en termes d’inscription de leurs enfants dans un club, et massivement, c’est la contrainte d’argent qui explique cet écart. C’est très injuste », a-t-elle souligné dans un entretien à Franceinfo. Pour l’ex-ministre, la question dépasse le cadre sportif : elle relève de la santé publique. « Nous demandons qu’il y ait sans tarder une visibilité donnée aux clubs et aux familles sur le rétablissement qui nous a été promis de ce dispositif. »
Des clubs sportifs en première ligne face à l’incompréhension
Les dirigeants de clubs et les fédérations sportives, en première ligne face à cette absence de clarté, tirent la sonnette d’alarme. Une tribune signée par 300 acteurs du sport, élus locaux, présidents de clubs ou représentants de fédérations, a été publiée la semaine dernière pour alerter sur la situation. Le constat est unanime : les trois quarts des enfants ayant bénéficié du pass Sport ont abandonné leur activité après sa suppression. « Si l’objectif était de rendre le pass Sport inefficace, il serait difficile de s’y prendre autrement », a taclé le CNOSF dans un communiqué publié à un mois et demi de la rentrée scolaire.
Les témoignages recueillis par les signataires de la tribune sont édifiants. Dans des territoires variés, des clubs ont vu leurs effectifs fondre comme neige au soleil. À Montreuil (Seine-Saint-Denis), comme dans de nombreuses communes rurales, les entraîneurs constatent que les familles, faute de soutien financier, renoncent à inscrire leurs enfants. « Les inscriptions ont commencé, et les foyers les plus modestes sont pénalisés car les modalités du pass Sport n’ont toujours pas été communiquées par le gouvernement », rappelle Franceinfo. Bref, la promesse de Marina Ferrari semble s’être évaporée dans les méandres administratifs.
Le gouvernement promet une réponse « dans les prochains jours »
Face à la pression médiatique et associative, le ministère des Sports a tenté de rassurer. « Les modalités du retour du pass Sport seront dévoilées dans les prochains jours », a indiqué une source gouvernementale à Franceinfo. Une réponse vague, qui laisse peu de place à l’optimisme. Depuis janvier, date de l’annonce de Marina Ferrari, aucun calendrier précis ni aucun détail sur le montant ou les critères d’éligibilité n’a été rendu public. Pourtant, la rentrée scolaire et sportive est dans moins d’un mois.
Cette situation rappelle étrangement les dysfonctionnements observés lors du lancement du pass Culture, dont les règles ont mis des mois à se stabiliser. Pour les familles, l’enjeu est pourtant crucial : le sport joue un rôle clé dans l’épanouissement des enfants, mais aussi dans la lutte contre la sédentarité et l’obésité infantile. « C’est une question de santé publique », a rappelé Amélie Oudéa-Castera, insistant sur l’urgence d’agir avant que la rentrée ne soit passée.
Les prochains jours seront donc déterminants. Entre promesses non tenues et urgence sociale, le dossier du pass Sport illustre une fois de plus les difficultés à concilier politique sportive et justice sociale. Pour les familles concernées, l’attente est devenue intenable.
Le pass Sport était une aide financière de l’État, sous forme de déduction de 70 euros à l’inscription en club ou en association sportive, destinée aux jeunes de 6 à 13 ans. Il a été supprimé par le gouvernement Bayrou avant d’être rétabli en janvier 2026 par la ministre Marina Ferrari, mais les modalités pratiques n’ont toujours pas été communiquées.