Remplacer les cuisinières au gaz naturel par des modèles électriques pourrait atténuer les symptômes de l’asthme autant, voire plus, que les médicaments habituellement prescrits, selon une étude récente menée par des chercheurs de la Case Western Reserve University aux États-Unis. Les résultats, publiés par Euronews FR, révèlent une amélioration significative de la santé respiratoire chez les participants après le passage à des plaques de cuisson électriques, notamment à induction.

Ce qu'il faut retenir

  • Une baisse de 70 % des niveaux de dioxyde d’azote (NO₂) dans les logements après le remplacement des cuisinières à gaz par des modèles électriques.
  • Les participants ont constaté une réduction de 70 % des visites aux urgences et hospitalisations pour asthme, ainsi qu’une baisse de 80 % des jours d’absence scolaire ou professionnelle.
  • Les améliorations observées sont comparables, voire supérieures, à celles rapportées dans les essais cliniques de médicaments contre l’asthme.
  • L’étude a porté sur 85 patients souffrant d’un asthme mal contrôlé, avec un financement initial de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) en décembre 2024.
  • Le coût du remplacement et son accessibilité pour les ménages modestes restent un défi majeur.

La pollution intérieure liée aux cuisinières à gaz, un facteur aggravant de l’asthme

La combustion du gaz naturel lors de la cuisson émet des polluants nocifs, dont le dioxyde d’azote (NO₂), un gaz irritant pour les voies respiratoires. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’exposition prolongée à ce polluant peut déclencher ou aggraver des crises d’asthme, en particulier chez les enfants et les personnes sensibles. Les cuisinières à gaz contribuent à plus de 50 % des émissions intérieures de NO₂ dans les foyers équipés, comme l’indiquent les données de l’étude.

Les chercheurs américains ont analysé l’impact du remplacement de ces appareils sur la santé de patients asthmatiques. Leurs travaux montrent que le simple fait de troquer une cuisinière à gaz contre un modèle électrique – idéalement à induction – réduit drastiquement la pollution intérieure. Une baisse de 70 % des concentrations de NO₂ a été mesurée dans les logements participants, entraînant une amélioration notable de leur état de santé.

Des résultats comparables aux traitements médicamenteux

Les données recueillies auprès des 85 participants, tous atteints d’un asthme mal contrôlé, sont sans ambiguïté : le passage à l’électrique a réduit les symptômes aussi efficacement que les traitements classiques. « Les améliorations observées après le changement de cuisinière étaient similaires, voire supérieures, à celles rapportées dans les essais cliniques de médicaments contre l’asthme couramment utilisés », a souligné Ashwini Sehgal, coauteur de l’étude et professeur à la Case Western Reserve University. Ses propos sont rapportés dans The Conversation, plateforme où il a détaillé les résultats.

Parmi les bénéfices observés, les participants ont signalé une diminution des crises, une réduction des restrictions dans leurs activités quotidiennes et une baisse de l’utilisation des inhalateurs de secours. Les hospitalisations pour asthme ont chuté de 70 %, tandis que les jours d’absence au travail ou à l’école ont reculé de près de 80 %. Autant de chiffres qui soulignent l’impact concret de cette solution.

L’induction électrique privilégiée pour ses avantages pratiques

Les chercheurs ont choisi des plaques à induction pour leur efficacité énergétique et leur rapidité de chauffe, mais aussi pour leur sécurité. « Les plaques à induction chauffent et refroidissent plus vite que les cuisinières électriques à résistance, et elles sont plus faciles à nettoyer », a expliqué Sehgal. Leur utilisation limite également les risques de brûlures, un atout supplémentaire pour les familles avec enfants.

Cependant, les auteurs de l’étude insistent sur un point crucial : remplacer sa cuisinière ne constitue pas un traitement curatif de l’asthme. « Les personnes asthmatiques doivent poursuivre leur suivi médical, prendre les médicaments prescrits et éviter les autres facteurs déclenchants, comme la fumée de cigarette, les acariens ou le pollen », a rappelé Sehgal. Cette mesure s’ajoute donc à une stratégie globale de gestion de la maladie.

Un enjeu de santé publique et d’équité sociale

Si les bénéfices sanitaires du passage à l’électrique sont avérés, leur accessibilité reste limitée pour une partie de la population. Le coût d’une cuisinière électrique, surtout à induction, peut représenter un frein pour les ménages modestes. Les auteurs estiment que les économies réalisées sur les soins (moins d’hospitalisations et de visites aux urgences) pourraient justifier des aides publiques.

« Il pourrait être pertinent que les pouvoirs publics ou les assureurs maladie subventionnent le remplacement des cuisinières à gaz pour les patients dont l’asthme est mal contrôlé », a proposé Sehgal. Une telle mesure permettrait de réduire les inégalités d’accès aux solutions les plus efficaces. Pour l’instant, aucune initiative concrète n’a été annoncée en ce sens aux États-Unis, où l’étude a été menée.

Et maintenant ?

Les résultats de cette étude pourraient relancer le débat sur la réglementation des cuisinières à gaz dans les logements neufs ou rénovés. Aux États-Unis, le projet initial, financé par l’EPA en décembre 2024 pour une durée de trois ans, a été interrompu prématurément en mai 2025 par l’administration Trump, limitant la portée des données collectées. En Europe, où la transition vers des énergies plus propres est déjà en cours, ces conclusions pourraient encourager des mesures similaires, notamment dans les pays où le gaz reste dominant.

À plus long terme, la généralisation des plaques électriques, couplée à des politiques de santé publique ciblées, pourrait réduire significativement la charge de l’asthme sur les systèmes de soins. Reste à déterminer si ces solutions seront adoptées à grande échelle, et si les pouvoirs publics sauront en faire une priorité sanitaire et sociale.

En attendant, les personnes asthmatiques peuvent s’appuyer sur ces résultats pour discuter avec leur médecin des alternatives à leur mode de cuisson, tout en maintenant leur traitement habituel.

Outre le dioxyde d’azote (NO₂), les cuisinières à gaz émettent d’autres oxydes d’azote (NOx), du monoxyde de carbone (CO) et des particules fines lors de la combustion. Ces polluants sont connus pour irriter les voies respiratoires et aggraver les symptômes de l’asthme, notamment chez les enfants et les personnes sensibles.