Près de 80 % des pâtes commercialisées en France contiennent des traces de cadmium, un métal lourd classé cancérogène par les autorités sanitaires, révèle une enquête menée par 60 Millions de consommateurs et relayée par Reporterre. Une situation d’autant plus préoccupante que les Français consomment en moyenne 9,3 kg de pâtes par an et par habitant, un chiffre stable depuis plusieurs années. Face à ce constat, les consommateurs s’interrogent sur les moyens de limiter leur exposition à ce contaminant, d’autant que les enfants figurent parmi les plus grands amateurs de pâtes.

Ce qu'il faut retenir

  • Près de 80 % des pâtes testées contiennent du cadmium, selon l’enquête de 60 Millions de consommateurs.
  • Le cadmium est un métal lourd classé cancérogène par les autorités sanitaires.
  • Les Français consomment en moyenne 9,3 kg de pâtes par an, un aliment particulièrement prisé des enfants.
  • Les seuils de contamination actuels ne sont pas toujours respectés, posant la question de la fiabilité des normes en vigueur.

Un métal lourd aux effets sanitaires avérés

Le cadmium, présent naturellement dans les sols mais aussi issu de certaines activités industrielles, est reconnu pour sa toxicité à long terme. Classé comme cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), il peut également endommager les reins et les os. D’après les résultats de l’enquête, les niveaux détectés dans les pâtes dépassent parfois les seuils recommandés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), sans pour autant atteindre des concentrations jugées immédiatement dangereuses. « Les effets d’une exposition chronique, même à faible dose, ne doivent pas être sous-estimés », a précisé un toxicologue cité par Reporterre.

Des pâtes italiennes et françaises principalement concernées

L’enquête, qui a analysé plus de 150 références, révèle que les pâtes de blé dur importées d’Italie, ainsi que certaines productions françaises, sont les plus touchées. Les marques de distributeurs et les grandes surfaces ne sont pas épargnées, avec des taux variables selon les lots. « Les pâtes à base de blé cultivé dans des sols pollués sont les plus contaminées », a expliqué une porte-parole de 60 Millions de consommateurs. Les régions céréalières françaises, comme la Beauce ou la Picardie, ne sont pas exemptes de risques, en raison de la pollution des sols par les engrais phosphatés ou les rejets industriels.

Que faire pour limiter son exposition ?

Face à ce constat, plusieurs pistes sont avancées pour réduire l’exposition au cadmium. Les experts recommandent de varier les sources de féculents et de privilégier les pâtes issues de cultures contrôlées. Certains fabricants commencent à proposer des gammes « sans cadmium », mais ces produits restent marginaux et souvent plus onéreux. « Une solution pourrait consister à renforcer les contrôles en amont, dès la culture du blé », a suggéré un représentant du secteur agricole. Par ailleurs, les consommateurs sont invités à rincer abondamment leurs pâtes à l’eau claire avant cuisson, une pratique qui permet d’éliminer une partie des résidus.

Et maintenant ?

L’enquête de 60 Millions de consommateurs pourrait relancer le débat sur les normes européennes en matière de contamination des aliments. La Commission européenne devrait rendre publique d’ici la fin de l’année 2026 une révision des seuils maximaux de cadmium autorisés dans les céréales. En France, les autorités sanitaires pourraient être amenées à renforcer les contrôles ou à recommander des mesures préventives aux agriculteurs. Bref, la question de la sécurité alimentaire des pâtes reste entière, et les consommateurs devraient suivre de près les prochaines annonces.

Reste à savoir si les industriels et les pouvoirs publics parviendront à concilier exigences sanitaires et accessibilité économique. Une équation d’autant plus complexe que le cadmium, même à faible dose, s’accumule dans l’organisme au fil des années.

Une exposition chronique au cadmium peut entraîner des troubles rénaux, une fragilisation des os (risque accru d’ostéoporose) et, à plus long terme, des cancers du poumon ou des reins. Les symptômes incluent fatigue, douleurs abdominales et problèmes dentaires. Cependant, les effets apparaissent généralement après plusieurs années d’exposition.

Les autorités sanitaires estiment que les niveaux actuels ne justifient pas une interdiction, mais recommandent de diversifier son alimentation. Si vous consommez beaucoup de pâtes, alternez avec d’autres féculents comme le riz ou les pommes de terre, et privilégiez les produits issus de cultures contrôlées ou bio.