Un tribunal néerlandais de La Haye a rendu sa décision mercredi 10 juin 2026 : le musée Mauritshuis, l'un des établissements culturels les plus prestigieux des Pays-Bas, est autorisé à conserver deux œuvres majeures de Rembrandt au sein de ses collections. La juridiction a rejeté la demande des descendants d'Abraham Bredius, un historien de l'art et collectionneur néerlandais, qui réclamaient la restitution des tableaux « Deux hommes africains » et « Saül et David » en invoquant une violation du testament de leur aïeul. Selon Franceinfo - Culture, le tribunal du district de La Haye a estimé que la formulation de l'obligation d'exposer ces œuvres de manière permanente n'était pas suffisamment claire dans le testament de 1946.
Ce qu'il faut retenir
- Le tribunal de La Haye a statué le 10 juin 2026 en faveur du musée Mauritshuis, lui permettant de conserver deux tableaux de Rembrandt malgré une demande de restitution des héritiers d'Abraham Bredius.
- Les œuvres concernées, « Deux hommes africains » et « Saül et David », font partie d'un legs de 25 œuvres d'art effectué en 1946, dont huit tableaux de Rembrandt.
- Le testament exigeait que les œuvres soient exposées en permanence, mais le musée, faute de place, n'en expose actuellement que dix, les autres étant en réserve.
- La municipalité de La Haye et l'État néerlandais restent propriétaires des 25 œuvres léguées au Mauritshuis.
- Parmi les 15 œuvres en réserve figurent également des tableaux de Jan Steen, Jan van Goyen et Paulus Moreelse, maîtres de l'âge d'or de la peinture hollandaise du XVIIe siècle.
Un legs contesté pour des raisons d'interprétation
Le conflit portait sur la formulation du testament rédigé en français par Abraham Bredius, exigeant que les œuvres léguées « restent exposées exclusivement dans ledit musée ». Or, le tribunal a considéré que cette obligation n'était pas assez précise pour justifier une interprétation stricte. « Le tribunal estime que l'obligation 'Ils devront rester exposés exclusivement dans ledit musée' n'est pas suffisamment claire en l'espèce pour justifier son interprétation », a indiqué la décision rendue le 10 juin. D'après Franceinfo - Culture, cette interprétation a conduit les juges à trancher en faveur du musée, malgré les arguments des héritiers selon lesquels l'établissement ne respectait pas les volontés du collectionneur.
Les héritiers d'Abraham Bredius avaient saisi la justice pour faire valoir que le non-respect de l'obligation d'exposition permanente constituait une violation du legs. Ils ont expliqué, lors de l'audience d'avril 2026, que leur démarche n'était pas motivée par un « gain personnel », mais visait à « honorer la mémoire de Bredius ». L'un des membres de la famille avait déclaré au juge : « Nous considérons qu'il est du devoir de notre famille de veiller à ce que l'héritage de Bredius soit honoré. »
Un musée aux contraintes d'espace bien connues
Le Mauritshuis, situé à La Haye, abrite certaines des œuvres les plus célèbres au monde, comme « La Jeune Fille à la perle » de Johannes Vermeer. Pourtant, malgré sa renommée internationale, l'établissement dispose d'un espace d'exposition limité. En effet, sur les 25 œuvres léguées par Abraham Bredius en 1946, seulement dix sont actuellement visibles par le public. Les 15 autres, dont les deux tableaux de Rembrandt, sont conservées en réserve. Comme le rapporte Franceinfo - Culture, le musée avait plaidé lors du procès que sa collection était « trop vaste pour être exposée dans son intégralité ».
Parmi les œuvres en réserve figurent également des toiles d'autres grands maîtres du Siècle d'or néerlandais, tels que Jan Steen, Jan van Goyen ou encore Paulus Moreelse. Cette situation illustre les défis auxquels sont confrontés les musées, souvent contraints de faire des choix difficiles en matière de conservation et d'exposition, malgré l'importance de leur collection. Le Mauritshuis, qui fêtait en 2024 les deux siècles de son existence, reste ainsi un symbole de la richesse culturelle des Pays-Bas, tout en devant composer avec les réalités matérielles de la gestion d'un patrimoine aussi vaste.
Un héritage qui dépasse le cadre juridique
Au-delà de la décision de justice, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gestion des legs culturels et la préservation du patrimoine artistique. Abraham Bredius, dont le nom est indissociable de l'histoire du Mauritshuis, avait joué un rôle clé dans la conservation et la valorisation des collections néerlandaises. Son testament, rédigé il y a 80 ans, reflète l'importance qu'il accordait à la permanence de l'exposition des œuvres qu'il avait contribué à rassembler. Selon Franceinfo - Culture, les héritiers ont toujours défendu l'idée que leur démarche s'inscrivait dans une logique de respect de cet héritage, et non dans une volonté de profit ou de spéculation.
Pour le Mauritshuis, cette décision représente une victoire, mais elle rappelle aussi les tensions inhérentes à la gestion des musées : comment concilier la volonté des donateurs, les contraintes matérielles et les attentes du public ? Autant dire que la question de l'espace et de la visibilité des œuvres reste un enjeu central pour les institutions culturelles, notamment en Europe où de nombreux musées abritent des collections légataires aussi prestigieuses que volumineuses.
Une chose est sûre : cette affaire rappelle que les musées, même les plus prestigieux, doivent sans cesse adapter leur gestion pour concilier conservation, exposition et respect des volontés des donateurs. Et si le Mauritshuis sort vainqueur de ce procès, la question de l'espace disponible et de la rotation des œuvres pourrait bien resurgir à l'avenir, comme c'est souvent le cas dans les grandes institutions culturelles.
Le Mauritshuis, bien que disposant d'une collection exceptionnelle, fait face à des contraintes d'espace. Sur les 25 œuvres léguées en 1946, seulement dix sont actuellement exposées. Les autres, dont les deux tableaux de Rembrandt, sont conservées en réserve en raison de l'impossibilité d'afficher l'intégralité de la collection dans les salles du musée.
Les héritiers n'ont pas encore indiqué s'ils envisageaient de faire appel de la décision. Ils pourraient également entamer un dialogue avec le Mauritshuis pour trouver un compromis respectueux de l'héritage de leur ancêtre, sans exclure une possible réflexion sur d'autres modalités d'exposition ou de conservation des œuvres.