Le conglomérat américain Hasbro, propriétaire de la franchise Peppa Pig, se retrouve au cœur d’une polémique liée à l’introduction d’une clause contractuelle exigeant des enfants comédiens qu’ils cèdent leurs droits vocaux à l’intelligence artificielle. Selon Euronews FR, cette disposition, dénoncée par près de 1 000 professionnels du secteur, permettrait à Hasbro de cloner indéfiniment la voix des jeunes interprètes pour une exploitation commerciale à perpétuité.
Ce qu'il faut retenir
- Une clause contractuelle controversée : les contrats des enfants comédiens de Peppa Pig incluraient une disposition imposant la cession des droits vocaux à l’IA pour tous les supports commerciaux de la franchise.
- Un pouvoir d’exploitation illimité : Hasbro pourrait, grâce à cette clause, cloner les voix des jeunes interprètes et les utiliser à des fins promotionnelles ou autres, sans limite de durée ni restriction.
- 1 000 professionnels du secteur mobilisés : l’Agents of Young Performers Association (AYPA) a recueilli des signatures pour une lettre ouverte dénonçant cette pratique, jugée dangereuse pour le consentement des enfants.
- Hasbro affirme protéger les enfants interprètes : le groupe a réagi en soulignant que « la protection des enfants interprètes est au cœur de son identité », tout en promettant une approche « responsable et transparente » sur la question de l’IA.
- Peppa Pig, une franchise internationale née en 2004 : lancée au Royaume-Uni, la série est devenue un succès mondial avant d’être rachetée par Hasbro en 2019 pour 3,8 milliards de dollars.
- Des inquiétudes croissantes dans l’industrie : les clauses liées à l’IA dans les contrats de voix off se multiplient, suscitant des craintes quant à l’exploitation des données vocales sans consentement ni royalties.
Une clause jugée dangereuse pour le consentement des enfants
L’Agents of Young Performers Association (AYPA), à l’origine de la mobilisation, a adressé une lettre ouverte dénonçant une clause contractuelle imposée par un « grand studio détenteur de la propriété intellectuelle d’une franchise internationale pour enfants ». Bien que le document ne cite pas explicitement Peppa Pig ou Hasbro, Deadline indique que la série animée est visée par cette critique. « Tout récemment, un grand studio détenteur de la propriété intellectuelle d’une franchise internationale pour enfants produisant une série télévisée d’animation de longue durée a proposé des contrats à de jeunes comédiens de doublage en exigeant qu’ils acceptent l’utilisation de l’IA », peut-on y lire.
Les signataires de la lettre mettent en garde contre le caractère non éclairé du consentement des enfants. « Lorsque l’interprète est un enfant, le consentement doit être traité avec la plus grande prudence », rappellent-ils, ajoutant que « les enfants ne peuvent pas donner un consentement juridique pleinement éclairé ». Ils estiment que l’accord d’un parent ou d’un tuteur ne saurait servir de « permis général pour enregistrer, cloner, entraîner ou réutiliser indéfiniment la voix d’un enfant ».
Hasbro réaffirme son engagement envers la protection des enfants interprètes
Hasbro a réagi à cette polémique en confirmant avoir pris connaissance de la lettre ouverte. Dans un communiqué adressé à Variety, le groupe a affirmé que « la protection des enfants interprètes est au cœur de l’identité de Hasbro ». « Alors que les normes de l’industrie autour de l’IA continuent d’évoluer, nous nous engageons à traiter cette question de manière responsable et transparente », a-t-il ajouté. Hasbro n’a cependant pas précisé si la clause contestée s’appliquait effectivement aux contrats des jeunes comédiens de Peppa Pig.
Cette affaire survient alors que les clauses liées à l’IA dans les contrats de voix off se multiplient dans l’industrie du divertissement. Selon la lettre ouverte, ces clauses peuvent autoriser le clonage des voix, l’entraînement de modèles d’apprentissage automatique, la génération d’audio artificiel, et même la vente ou la concession sous licence des données vocales à des tiers, sans consentement ni versement de royalties.
L’IA dans l’industrie du doublage : un sujet qui divise
Les inquiétudes des professionnels du secteur s’inscrivent dans un débat plus large sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les métiers de la voix. La lettre de l’AYPA souligne que « tout accord impliquant la voix d’un enfant doit être entièrement exempt de toute utilisation de l’IA ». « Aucun enfant ne devrait voir sa future identité professionnelle façonnée par un modèle d’IA créé avant qu’il soit en âge d’en comprendre les conséquences », préviennent les signataires. Ils rejettent catégoriquement les contrats exigeant des jeunes interprètes qu’ils cèdent leurs droits vocaux pour une durée illimitée et sans restriction.
Cette polémique n’est pas isolée. D’autres initiatives ont récemment émergé pour alerter sur les risques liés à l’IA dans le domaine artistique. Par exemple, l’actrice Cate Blanchett a lancé un outil gratuit visant à protéger l’identité des artistes face à l’IA, tandis que des réalisateurs comme Martin Scorsese ont suscité la controverse en soutenant une IA « libératrice » pour le cinéma.
Cette affaire rappelle que l’adoption de l’IA dans les industries créatives soulève des questions éthiques et juridiques majeures, notamment lorsqu’elle concerne des mineurs. L’équilibre entre innovation technologique et protection des droits des interprètes, en particulier des enfants, reste à trouver.