Alors que le Pérou s’apprête à désigner son nouveau président dimanche 7 juin 2026, Keiko Fujimori, figure de la droite autoritaire, apparaît comme la grande favorite pour succéder à Pedro Castillo. Pourtant, son nom reste associé à une histoire familiale et politique particulièrement polémique. Selon RFI, elle concentre ses principaux soutiens dans les zones urbaines, notamment à Lima, où elle recueille une majorité de voix.

Ce qu'il faut retenir

  • Keiko Fujimori, candidate du parti Force populaire, arrive en tête des intentions de vote pour le second tour de l’élection présidentielle péruvienne prévu le 7 juin 2026.
  • Son père, Alberto Fujimori, ancien président condamné pour crimes contre l’humanité, reste une figure controversée au Pérou.
  • Elle bénéficie d’un électorat urbain, en particulier dans la capitale Lima, où elle est majoritairement soutenue.

Une candidature portée par une base urbaine et conservatrice

Keiko Fujimori, 51 ans, mise sur un électorat urbain et conservateur pour remporter le scrutin. À Lima, où réside près d’un tiers des Péruviens, ses meetings rassemblent des milliers de sympathisants, souvent issus des classes moyennes et modestes. Selon RFI, cette dynamique s’explique en partie par une promesse de stabilité économique et une ligne politique ferme face à l’insécurité et à la corruption endémiques qui minent le pays depuis des années. Pourtant, son discours autoritaire et son passé familial pèsent lourd dans les débats.

Dans un contexte de défiance généralisée envers les partis traditionnels, Fujimori se présente comme une alternative « forte », capable de rétablir l’ordre après des années de crise politique. Son programme, axé sur la sécurité et la rigueur budgétaire, séduit une partie de l’électorat populaire, lassé par l’instabilité institutionnelle. Cependant, cette stratégie ne convainc pas l’ensemble des Péruviens, loin s’en faut.

L’héritage controversé des Fujimori et ses répercussions électorales

L’ombre d’Alberto Fujimori, au pouvoir de 1990 à 2000, plane sur cette campagne. Condamné à 25 ans de prison en 2009 pour corruption et violations des droits de l’homme, il purge actuellement sa peine au Pérou. Son héritage divise profondément la société péruvienne : pour ses partisans, il a modernisé le pays et écrasé la guérilla du Sentier lumineux ; pour ses détracteurs, il incarne un autoritarisme brutal, marqué par des exécutions extrajudiciaires et des atteintes aux libertés fondamentales.

Keiko Fujimori a toujours cherché à se distancier de cette période, insistant sur son rôle de dirigeante politique indépendante. Pourtant, ses détracteurs lui reprochent d’avoir bénéficié indirectement de cette période trouble. Lors du premier tour, elle a obtenu 23,6 % des voix, loin devant ses concurrents, mais suffisamment pour accéder au second tour face à Dina Boluarte, actuelle présidente sortante. Une partie de l’électorat progressiste et des familles des victimes d’Alberto Fujimori reste fermement opposée à sa candidature.

« Keiko Fujimori représente une menace pour la démocratie péruvienne. Son père a laissé un pays fracturé, et elle ne propose qu’un retour en arrière », a déclaré Verónika Mendoza, candidate de gauche éliminée au premier tour et figure de l’opposition à Fujimori. « Les Péruviens doivent choisir entre le passé et l’avenir. »

Un second tour sous haute tension

Le scrutin de dimanche s’annonce serré, d’autant que les sondages placent Fujimori en tête avec une avance significative. Selon RFI, elle pourrait l’emporter grâce à un report des voix de l’électorat modéré, inquiet face à la gestion chaotique de Dina Boluarte. La présidente sortante, qui a succédé à Pedro Castillo après sa destitution en décembre 2022, fait face à une impopularité record, avec un taux d’approbation inférieur à 15 %.

Les observateurs politiques soulignent que la campagne a été marquée par des tensions, notamment après des accusations de fraude électorale portées par les deux camps. Des incidents ont éclaté dans plusieurs régions, rappelant les violences post-électorales de 2021. Malgré ces tensions, les autorités électorales ont assuré que le scrutin se déroulerait dans des conditions normales.

Et maintenant ?

Si Keiko Fujimori remporte le second tour, son élection pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique récente du Pérou. Une victoire de sa part serait perçue comme un virage à droite, avec des conséquences possibles sur les relations du pays avec ses voisins et ses partenaires internationaux. Le nouveau président ou présidente devra rapidement s’attaquer aux défis majeurs du pays : la lutte contre le narcotrafic, la relance économique et la restauration de la confiance dans les institutions. Dans tous les cas, la société péruvienne restera profondément divisée.

Quelle que soit l’issue du scrutin, ce second tour illustre les fractures persistantes au sein d’un pays en quête de stabilité après des années de crises politiques à répétition.