Près d’un mois après son entrée en fonction, la présidente péruvienne Keiko Fujimori, figure de la droite radicale, peine à concrétiser son projet politique de « retour à l’ordre ». Alors que le pays attend des mesures fortes pour endiguer l’insécurité croissante, les défis économiques et climatiques, notamment l’épisode El Niño, viennent perturber la mise en œuvre de son programme. Comme le rapporte Le Monde, cette période transitoire s’annonce plus complexe que prévu pour l’héritière d’Alberto Fujimori, dont l’élection en avril 2026 avait marqué un tournant à droite dans un pays encore marqué par les divisions politiques.
Ce qu'il faut retenir
- Keiko Fujimori, investie fin juillet 2026, n’a toujours pas présenté de mesures concrètes pour lutter contre l’insécurité, l’une de ses priorités de campagne.
- Le Pérou fait face à des défis climatiques majeurs avec l’arrivée annoncée d’El Niño, un phénomène météorologique susceptible de provoquer inondations et glissements de terrain.
- Les attentes de la population en matière de sécurité et de stabilité économique restent élevées, dans un contexte de mécontentement social persistant.
- Le gouvernement doit également composer avec une opposition parlementaire fragmentée, limitant sa marge de manœuvre.
Une lenteur qui interroge dans un pays en quête de stabilité
Un mois après son installation au palais présidentiel de Lima, Keiko Fujimori n’a pas encore dévoilé de plan d’action détaillé pour répondre à l’insécurité, pourtant au cœur de ses promesses électorales. D’après Le Monde, les équipes de la présidente multiplient les consultations internes, mais les annonces tardent à venir. « Nous travaillons sur des propositions solides, mais il faut du temps pour évaluer toutes les options », a expliqué un conseiller de la présidence sous couvert d’anonymat. Pourtant, les indicateurs de criminalité restent préoccupants : le taux d’homicides a augmenté de 8 % au premier semestre 2026, selon les dernières données du ministère de l’Intérieur.
Côté économie, la situation n’est pas plus rassurante. Le Pérou, troisième producteur mondial de cuivre, subit les conséquences de la chute des cours des matières premières. Le déficit commercial s’est creusé de 12 % en six mois, aggravé par les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à la pandémie. Autant dire que la marge de manœuvre du gouvernement est étroite pour financer des réformes sécuritaires ambitieuses.
El Niño, un défi climatique qui s’ajoute aux tensions sociales
Alors que les Péruviens s’inquiètent de l’arrivée d’El Niño, prévue entre décembre 2026 et mars 2027, les autorités peinent à organiser une réponse coordonnée. Selon nos confrères du Monde, les préparatifs lancés par le ministère de l’Environnement restent insuffisants aux yeux des ONG locales. Les régions côtières, déjà touchées par des inondations en 2017, craignent le pire. « Nous avons besoin d’un plan national, pas de mesures ponctuelles », a alerté Rosa Garcia, coordinatrice d’une association de protection civile.
Parallèlement, les tensions sociales persistent. Les mouvements indigènes et paysans, traditionnellement hostiles à l’exécutif, ont organisé plusieurs mobilisations ces dernières semaines pour protester contre les projets miniers et agricoles. En août 2026, une grève nationale a paralysé plusieurs régions, rappelant les crises de 2021 et 2022 qui avaient conduit à la démission de l’ancien président Pedro Castillo.
Pour rappel, Keiko Fujimori, 46 ans, est la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, condamné pour violations des droits de l’homme dans les années 1990. Son élection en avril 2026 avait marqué la première victoire d’une femme à la présidence du Pérou, dans un scrutin marqué par une forte abstention (38 %). Son mandat, jusqu’en 2031, s’annonce donc sous haute tension.
Keiko Fujimori avait promis un « retour à l’ordre » avec notamment le recrutement de 10 000 policiers supplémentaires, la création d’une unité anti-gangs et un durcissement des peines pour les crimes violents. Aucun de ces projets n’a encore été officiellement lancé.
El Niño est un phénomène climatique caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, entraînant des pluies diluviennes sur les côtes péruviennes. En 2017, il avait causé 100 morts et 1,5 milliard de dollars de dégâts. Les experts prévoient une intensité similaire pour l’épisode 2026-2027.