Cinq ans après son arrivée sur Mars, le rover Perseverance de la Nasa vient de franchir une étape symbolique : il a parcouru plus de 42 kilomètres à la surface de la planète rouge. L’exploit, officiellement annoncé par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa le 17 juin 2026, marque un jalon historique dans l’exploration robotique de Mars. Selon Numerama, cette distance équivaut à un marathon, une performance rarissime sur une autre planète que la Terre.
Ce qu'il faut retenir
- Perseverance a parcouru 42,195 km sur Mars en un peu plus de cinq ans, un record pour la Nasa sur une autre planète.
- Le rover évolue dans le cratère Jezero, un ancien lac aujourd’hui asséché, où il recherche des traces de vie microbienne passée.
- Il a prélevé des échantillons de roche, dont certains pourraient contenir des indices de vie ancienne, bien que leur retour sur Terre soit désormais incertain.
- Perseverance dépasse Opportunity, qui détenait le précédent record avec 45,16 km parcourus entre 2004 et 2018.
- La mission initiale de retour d’échantillons vers la Terre a été repensée en raison de contraintes budgétaires et techniques.
Un parcours semé d’indices géologiques
Perseverance a évolué presque exclusivement au sein du cratère Jezero, une dépression de 49 km de diamètre située dans l’hémisphère nord de Mars. Selon les données recueillies par le rover et analysées par les scientifiques, ce site abritait autrefois un lac alimenté par des rivières, il y a environ 3,7 milliards d’années, durant la période du Noachien. Les relevés effectués par l’instrument SuperCam et le radar RIMFAX ont révélé la présence de deltas argileux et d’anciennes traces géologiques, confirmant la présence prolongée d’eau liquide dans cette région.
Une mission centrée sur la recherche de vie passée
Le choix du cratère Jezero comme terrain d’exploration pour Perseverance s’explique par son potentiel scientifique. Les chercheurs espèrent y trouver des fossiles de bactéries ou des molécules organiques piégées dans les roches sédimentaires. Parmi les découvertes les plus notables, un échantillon prélevé en juillet 2024 présente des motifs évoquant la fourrure d’un léopard. Ces structures pourraient indiquer une activité microbienne ancienne, bien que cette hypothèse nécessite des analyses complémentaires, impossibles à réaliser in situ.
Parallèlement, le rover analyse les parois du cratère pour identifier les zones où l’eau a interagi avec les roches. Ces interactions pourraient avoir créé des environnements favorables au développement de la vie, même sous une forme primitive. Depuis quelques mois, Perseverance progresse vers l’ouest, quittant progressivement le fond du cratère pour en étudier les bords, où les interactions eau-roche sont les plus marquées.
Des échantillons précieux, mais un retour sur Terre incertain
Au cours de son périple, Perseverance a collecté plusieurs dizaines de carottes de roche, stockées dans des tubes hermétiques. Certains échantillons ont été examinés directement par les instruments embarqués, comme le spectromètre SuperCam ou le radar RIMFAX, qui permettent d’analyser la composition minérale et la structure du sous-sol. D’autres, jugés particulièrement intéressants, ont été placés en dépôt dans des zones accessibles pour une future mission de récupération.
Pourtant, le projet Mars Sample Return, initialement conçu pour rapatrier ces échantillons vers la Terre d’ici la fin de la décennie, a été revu à la baisse par la Nasa. Les contraintes budgétaires et la complexité technique de cette mission ont conduit l’agence spatiale américaine à repenser son architecture. « Percy a rempli sa part du contrat en mettant de côté des carottes de roche précieuses, en attendant qu’un moyen soit trouvé pour les récupérer », a déclaré un porte-parole du JPL, cité par Numerama. Pour l’instant, aucun calendrier n’a été communiqué pour la suite des opérations.
Un exploit qui dépasse les records martiens
Si Perseverance marque l’histoire avec son marathon martien, il n’est pas le premier rover à avoir accompli une telle distance. Entre 2004 et 2018, Opportunity, l’un des deux rovers de la mission Mars Exploration Rover, a parcouru 45,16 km à la surface de la planète rouge. Son parcours l’a conduit à travers des cratères, des météorites et des dunes, avant qu’il ne soit immobilisé par une tempête de poussière en juin 2018. Malgré sa panne, Opportunity a transmis des données pendant près de 15 ans, bien au-delà de sa durée de mission initiale de trois mois.
Perseverance, lui, continue son ascension des parois du cratère Jezero, où les roches les plus anciennes pourraient offrir de nouvelles clés pour comprendre l’évolution de Mars. Son trajet, cartographié en temps réel par la Nasa, est accessible via une carte interactive publiée par l’agence spatiale. Chaque mètre parcouru représente une opportunité de percer les mystères d’une planète qui, il y a des milliards d’années, ressemblait peut-être à la Terre primitive.
En attendant, les données transmises par Perseverance continuent d’alimenter les recherches sur l’habitabilité passée de Mars et les conditions nécessaires à l’émergence de la vie. Ces informations pourraient aussi servir pour les futures missions habitées vers la planète rouge, prévues par la Nasa et d’autres agences spatiales dans les décennies à venir.
Mars, une planète sous le microscope
La performance de Perseverance s’inscrit dans une dynamique plus large d’exploration martienne. En parallèle de sa mission, d’autres engins spatiaux étudient la planète sous différents angles. La sonde MAVEN, par exemple, a permis de mieux comprendre la perte de l’atmosphère martienne, tandis que Perseverance se concentre sur la géologie de surface. Les découvertes de molécules organiques et de minéraux hydratés, comme celles annoncées en 2025, renforcent l’hypothèse d’un passé plus humide et peut-être propice à la vie.
Ces avancées technologiques et scientifiques ouvrent la voie à de nouvelles questions. Combien de temps encore Perseverance pourra-t-il opérer sur Mars ? Ses échantillons finiront-ils un jour par rejoindre les laboratoires terrestres ? Et surtout, ces données permettront-elles de répondre définitivement à la question : Mars a-t-elle abrité la vie ? Autant dire que le débat ne fait que commencer.
Le projet Mars Sample Return, initialement prévu pour ramener les échantillons collectés par Perseverance vers 2030, a été reporté en raison de son coût estimé à plus de 11 milliards de dollars et de sa complexité technique. La Nasa a décidé de revoir son architecture, sans préciser de nouvelle échéance. Plusieurs options sont à l’étude, mais aucune n’a encore été validée.