Le milliardaire américain Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, envisage de s’installer durablement en Argentine. Selon BFM Business, il aurait déjà acquis une villa dans l’un des quartiers les plus prestigieux de Buenos Aires, où il vit désormais avec sa famille. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie plus large de préparation à d’éventuelles crises internationales.

Ce qu'il faut retenir

  • Peter Thiel, cofondateur de PayPal et Palantir, envisage de s’installer durablement en Argentine avec sa famille
  • Il a acquis une villa dans un quartier prestigieux de Buenos Aires et y aurait inscrit ses enfants dans un établissement scolaire local
  • Cette installation s’inscrit dans une logique de préparation à des crises géopolitiques ou économiques, selon plusieurs médias dont le New York Times
  • Thiel, dont la fortune est estimée à 26,5 milliards de dollars, partage une vision économique libérale avec le président argentin Javier Milei
  • Il aurait déjà multiplié les options de repli à l’étranger, obtenant la nationalité néo-zélandaise en 2011 et sollicitant un passeport maltais en 2022

Un projet immobilier et familial en Argentine

Peter Thiel, âgé de 58 ans, réside déjà une partie de l’année à Buenos Aires. Selon plusieurs médias, il y aurait acquis une villa dans l’un des quartiers les plus prestigieux de la capitale argentine. Une installation qui semble s’inscrire dans la durée : ses enfants auraient été inscrits dans un établissement scolaire local, signe d’un ancrage plus profond dans le pays. « Autant dire que cette acquisition n’est pas un simple placement immobilier, mais bien une volonté de s’installer durablement », explique un observateur cité par BFM Business.

Cette décision intervient dans un contexte où le gouvernement argentin, dirigé par Javier Milei, affiche une volonté claire d’attirer les grandes fortunes internationales. Le porte-parole présidentiel, Manuel Adorni, a ainsi déclaré que tous les milliardaires souhaitant fuir des pays où la fiscalité et la réglementation augmentent étaient les bienvenus en Argentine. Une déclaration qui résonne particulièrement avec le profil de Peter Thiel, connu pour ses positions hostiles aux impôts et à la régulation étatique.

Une stratégie de repli à l’échelle mondiale

Peter Thiel n’en est pas à son premier projet d’exil fiscal. Né en Allemagne avant de grandir aux États-Unis, il a déjà diversifié ses options de repli à travers le monde. En 2011, il a obtenu la nationalité néo-zélandaise, puis a sollicité un passeport maltais en 2022. Ces démarches lui permettent de disposer de plusieurs juridictions pour s’installer selon les circonstances politiques ou économiques. « Il a toujours cherché à minimiser ses risques, et l’Argentine semble aujourd’hui correspondre à ses critères », précise un analyste financier contacté par BFM Business.

En janvier 2026, Thiel a fait un don de 3 millions de dollars au California Business Roundtable, un lobby américain qui promeut un « environnement propice à la croissance des entreprises ». Ce geste s’inscrit dans une opposition claire à un projet de taxe de 5 % sur le patrimoine net des milliardaires résidant en Californie. Face à cette perspective, l’investisseur aurait commencé à envisager son départ de l’État américain, où il réside habituellement. Son installation en Argentine pourrait donc être une étape supplémentaire dans cette logique de fuite devant une fiscalité jugée trop contraignante.

Des affinités idéologiques avec Javier Milei

Au-delà de son intérêt personnel, Peter Thiel partage avec le président argentin Javier Milei une vision économique très libérale, marquée par une hostilité aux impôts, au socialisme et à la réglementation étatique. Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois en 2024, grâce à Alec Oxenford, un entrepreneur ayant bénéficié des investissements de Thiel. Depuis, leurs échanges se sont intensifiés. Thiel a notamment discuté avec le ministre de l’Économie argentin, Luis Caputo, ainsi qu’avec le ministre de la Déréglementation, Federico Sturzenegger.

Selon Javier Milei, une soirée passée ensemble au palais présidentiel se serait terminée par une discussion entre deux « anarcho-capitalistes », illustrant leur proximité idéologique. « Milei et Thiel partagent une méfiance profonde envers l’intervention de l’État dans l’économie, ce qui explique leur collaboration étroite », souligne un observateur politique argentin. Cette convergence de vues pourrait faciliter l’intégration de Thiel en Argentine, où il bénéficie déjà d’un accueil favorable au plus haut niveau de l’État.

Un « plan B pour la civilisation » en Amérique du Sud

Peter Thiel n’est pas seulement motivé par des considérations fiscales. Connu pour ses mises en garde contre les risques liés à une guerre nucléaire ou à une intelligence artificielle incontrôlée, il voit dans l’Amérique du Sud une forme de refuge géopolitique. Selon le New York Times, il aurait confié que, en cas d’invasion de Taïwan par la Chine ou d’attaque de la Russie contre la Lituanie, il se trouverait à Buenos Aires. Pour lui, il est prudent de disposer d’un « plan B pour la civilisation » : une stratégie de repli en cas de crise majeure.

Cette logique l’a déjà conduit à acquérir une propriété en Uruguay, près de la station balnéaire de luxe de Punta del Este. Selon plusieurs sources, un bunker y aurait été aménagé, témoignant de sa volonté de se préparer à des scénarios extrêmes. En Argentine, il semble donc chercher une alternative plus stable et mieux intégrée à son mode de vie actuel, tout en conservant cette dimension de préparation aux crises.

« Thiel ne mise pas seulement sur l’Argentine comme un simple lieu de résidence. Pour lui, c’est une pièce maîtresse dans une stratégie globale de survie face aux risques systémiques. » — BFM Business

Des réactions contrastées dans l’opinion publique argentine

L’arrivée potentielle de Peter Thiel en Argentine suscite des réactions variées. Ses partisans, souvent proches des milieux libéraux, y voient la preuve que le pays devient plus attractif pour les investisseurs étrangers et les entrepreneurs internationaux. « L’installation d’une figure comme Thiel est un signal fort envoyé aux marchés. Cela montre que l’Argentine peut attirer des capitaux et des talents », explique un économiste argentin.

À l’inverse, ses détracteurs considèrent cette installation comme le symbole d’un capitalisme sans limites. La figure politique centriste Elisa Carrió a notamment dénoncé sur les réseaux sociaux l’arrivée du milliardaire, estimant qu’elle était « encore pire » que son implication dans Palantir, une entreprise réputée pour ses liens étroits avec le gouvernement américain. « Thiel incarne tout ce contre quoi nous luttons : un capitalisme débridé qui profite des failles fiscales et des régulations laxistes », a-t-elle déclaré.

Et maintenant ?

Si Peter Thiel officialise son installation en Argentine dans les prochains mois, cela pourrait renforcer l’image du pays comme terre d’accueil pour les fortunes mondiales. Une décision qui serait particulièrement bienvenue pour le gouvernement Milei, en quête de crédibilité économique. Reste à voir si cette installation aura un impact concret sur les investissements étrangers ou si elle restera symbolique. Pour l’heure, les autorités argentines multiplient les annonces pour attirer les investisseurs, avec une date butoir implicite : les prochaines élections générales, prévues en 2027. D’ici là, la présence de Thiel pourrait devenir un argument politique majeur pour Milei.

Plus largement, cette affaire soulève une question de fond : dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et les crises économiques, les ultra-riches sont-ils en train de redessiner les frontières du pouvoir ? L’Argentine, avec sa fiscalité attractive et son président libéral, pourrait bien devenir un laboratoire de cette nouvelle géographie des fortunes.

Plusieurs facteurs expliquent ce choix. D’abord, l’Argentine, sous la présidence de Javier Milei, offre un cadre fiscal et réglementaire très libéral, en phase avec les convictions de Thiel. Ensuite, Buenos Aires permet une intégration facile pour sa famille, avec des écoles internationales. Enfin, le pays est perçu comme un refuge géopolitique plus stable que d’autres régions du monde, selon les mises en garde de Thiel sur les risques de guerre ou de crise systémique.

Sur le papier, l’arrivée de Thiel pourrait envoyer un signal positif aux investisseurs, en montrant que l’Argentine est capable d’attirer des capitaux étrangers. Cependant, son impact réel dépendra de son implication concrète dans l’économie locale. Pour l’instant, il semble surtout chercher un lieu de résidence sécurisé, sans projet industriel ou financier annoncé. Les autorités argentines espèrent néanmoins que son installation servira d’exemple et encouragera d’autres fortunes à suivre.