Depuis cinq ans, le photographe palestinien Sakir Khader, installé aux Pays-Bas depuis son exil, documente avec une attention particulière la vie des habitants de Naplouse, Jénine et des villages environnants en Cisjordanie. Son travail, révélé par Libération, mêle scènes intimes et moments de douceur, tout en étant fréquemment marqué par la violence de l’occupation israélienne. Ses clichés offrent un regard brut et humain sur une réalité souvent invisibilisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis 2021, Sakir Khader photographie la Cisjordanie, notamment les villes de Naplouse et Jénine, ainsi que leurs villages voisins.
  • Son travail documente à la fois des instants de vie quotidienne et les conséquences de l’occupation israélienne.
  • Installé aux Pays-Bas, il utilise son objectif pour donner une voix aux Palestiniens sous tension permanente.
  • Ses images oscillent entre moments de tendresse et scènes traversées par la violence structurelle.
  • Le projet « Mourir pour exister », titre de son exposition et de sa démarche, reflète la quête de visibilité dans un contexte de répression.

Un projet photographique né dans la durée

Né en Palestine, Sakir Khader a choisi de s’installer aux Pays-Bas après avoir été confronté à des restrictions croissantes dans son travail sur le terrain. Depuis 2021, il revient régulièrement en Cisjordanie pour saisir des fragments de vie sous occupation. Ses images ne se limitent pas à la résistance armée ou aux heurts avec l’armée israélienne, mais explorent aussi l’éducation, le travail ou les traditions locales. « On ne meurt pas seulement sous les balles, on meurt aussi en silence, en essayant simplement de vivre », confie-t-il à Libération.

Naplouse et Jénine, foyers d’une résistance ordinaire

Ces deux villes cisjordaniennes, souvent citées pour leur opposition frontale à l’occupation, constituent l’épicentre de son projet. À Naplouse, Khader a capturé des scènes de marché animées, où les habitants continuent de vaquer à leurs occupations malgré les checkpoints. À Jénine, les images révèlent une jeunesse marquée par les raids nocturnes et les arrestations administratives. Ses photos montrent autant des sourires d’enfants que des visages fermés par l’inquiétude. « Ces lieux ne sont pas seulement des théâtres de violence, mais aussi des espaces de vie où l’on persiste à exister », explique-t-il.

Ses clichés révèlent aussi l’impact des colonies israéliennes sur les terres palestiniennes. Les oliveraies saccagées, les routes interdites ou les maisons menacées de démolition apparaissent en filigrane de ses compositions, rappelant l’omniprésence du conflit dans le paysage local.

Une œuvre entre intime et collectif

Ce qui distingue le travail de Sakir Khader, c’est sa capacité à mêler l’individuel et le collectif. Ses portraits, souvent en gros plan, mettent en lumière des visages marqués par des années de tension, mais aussi des instants de tendresse entre proches. Un père berçant son enfant sous un abri de fortune, une mère préparant un repas malgré le couvre-feu, ou des jeunes discutant autour d’un café dans un café de Jénine. « La photographie, pour moi, c’est un acte de résistance. Montrer que malgré tout, on vit, on aime, on rêve », a-t-il souligné dans une interview pour Libération.

Ses images sont parfois traversées par la violence : un checkpoint fermé au petit matin, une manifestation dispersée par les gaz lacrymogènes, ou les traces d’une opération militaire récente. Ces contrastes reflètent la réalité d’une région où la normalité côtoie en permanence l’exception.

Et maintenant ?

Le travail de Sakir Khader devrait être exposé dans plusieurs villes européennes d’ici la fin de l’année, avec un focus particulier sur les villes jumelles de Naplouse et Jénine. Une publication de son livre « Mourir pour exister » est également prévue pour l’automne 2026, avec le soutien d’associations de défense des droits humains. Son objectif ? Élargir la portée de ses clichés pour sensibiliser le public international à la situation en Cisjordanie. Reste à voir si cette initiative contribuera à une meilleure visibilité du conflit ou si elle sera instrumentalisée par les différents camps.

Son projet soulève une question centrale : jusqu’où l’art peut-il peser face à la réalité brutale d’un conflit qui s’enlise ? Pour l’instant, ses photographies continuent de témoigner, sans filtre et sans concession, d’une existence palestinienne sous tension permanente.

Le photographe a choisi de s’installer aux Pays-Bas après avoir été confronté à des restrictions accrues dans son travail en Cisjordanie, notamment des menaces et des entraves à sa liberté de mouvement, comme il l’a expliqué à Libération.