Un investissement discret dans le cinéma français vient d’être révélé par Franceinfo – Culture. Pierre-Édouard Stérin, milliardaire catholique conservateur exilé en Belgique pour raisons fiscales, a participé au financement du film « Compostelle », sorti en salles le 1er avril 2026. Ce long-métrage, porté par Alexandra Lamy, a enregistré plus d’1,2 million d’entrées depuis sa sortie. Pourtant, ni l’équipe du film, ni les coproducteurs, ni même l’actrice principale n’étaient informés de l’implication de ce magnat d’extrême droite dans le montage financier.

Ce qu'il faut retenir

  • Pierre-Édouard Stérin, milliardaire catholique conservateur exilé en Belgique, a investi un million d’euros dans la société de production de « Compostelle » via son fonds Otium, selon Franceinfo – Culture.
  • Le film, réalisé par Yann Samuell et interprété par Alexandra Lamy, a dépassé 1,2 million d’entrées depuis sa sortie le 1er avril 2026.
  • Stérin a créé en mars 2026 la société « Films et audiovisuel rive droite », filiale de l’organisation Périclès, un réseau métapolitique de droite.
  • Le producteur Nathanaël La Combe, actionnaire minoritaire d’Otium dans Wonder Films, a finalement racheté ses parts fin 2025 pour éviter toute confusion avec les valeurs de Stérin.
  • Bernard Ollivier, fondateur de l’association Seuil (à l’origine du scénario de « Compostelle »), a critiqué un « rapprochement douteux avec l’extrême droite » au sein de son organisation.

Un milliardaire en quête d’influence culturelle

Pierre-Édouard Stérin, connu pour son engagement dans des causes conservatrices et son exil fiscal en Belgique, s’invite discrètement dans le paysage cinématographique français. Selon Franceinfo – Culture, il a pris part au capital de la société de production du film « Compostelle » en injectant un million d’euros. Ce montant correspond à 49,9 % des actions de Wonder Films, détenues par le fonds Otium de Stérin à partir de novembre 2023.

Le film, inspiré du livre de Bernard Ollivier, fondateur de l’association Seuil, raconte l’histoire de jeunes en difficulté accompagnés par des marches alternatives à l’incarcération. Pourtant, ni Yann Samuell, le réalisateur, ni Alexandra Lamy, l’actrice principale, n’étaient au courant de ce financement. « J’ai fait ce film pour montrer qu’il ne fallait pas mettre des étiquettes sur les gens », a réagi ce dernier, visiblement ému, après avoir été informé de l’implication de Stérin.

Pour sa part, Alexandra Lamy a indiqué ne pas être impliquée dans les décisions financières de sa société de production. « En tant qu’actrice, je ne suis ni informée ni impliquée dans ces décisions », a-t-elle souligné.

Périclès, un réseau métapolitique au cœur du projet

Le 31 mars 2026, Pierre-Édouard Stérin a créé la société « Films et audiovisuel rive droite », une filiale de l’organisation Périclès. Selon Arnaud Rérolle, directeur général de Périclès, cette structure se définit comme une « organisation métapolitique de droite » visant à soutenir des initiatives citoyennes pour « redresser la France ». Périclès, dont le plan a été révélé par L’Humanité en juillet 2024, prévoit d’investir 150 millions d’euros sur dix ans pour financer des projets alignés sur des valeurs comme « l’enracinement et l’identité, l’anthropologie chrétienne », tout en luttant contre « le wokisme, l’islamisme et l’immigration ».

Interrogé sur les productions audiovisuelles soutenues par Périclès, Arnaud Rérolle a refusé de communiquer, tandis que Stérin a nié toute connaissance de sa société « Films et audiovisuel rive droite », alors qu’elle lui appartient. « Je n’ai pas de connaissances concernant cette société », a-t-il affirmé.

Des liens financiers indirects et des réactions contrastées

L’investissement de Stérin dans « Compostelle » s’inscrit dans une stratégie plus large. En juillet 2023, Wonder Films, la société de production du film, avait bénéficié d’une subvention de 159 000 euros du Fonds du bien commun, une structure philanthropique liée à Stérin. Pourtant, ce dernier a démenti tout financement direct : « Le Fonds du bien commun […] n’a jamais financé ni Wonder ni aucun film produit par Wonder », a-t-il déclaré.

Nathanaël La Combe, producteur et actionnaire minoritaire d’Otium, a reconnu ne pas avoir eu connaissance du projet politique de Stérin lors de leur partenariat. « Je cherchais un partenaire financier à mes côtés. […] J’ai découvert sa dimension politique en juillet 2024 avec l’apparition de Périclès dans la presse », a-t-il expliqué. En décembre 2025, le frère de Nathanaël La Combe, Benjamin, a racheté le magazine conservateur Valeurs actuelles aux côtés de Stérin. « À ma connaissance, mon frère ne connaissait ni le fonds ni M. Stérin », a précisé le producteur.

Face aux révélations, Nathanaël La Combe a finalement racheté les parts de Stérin fin 2025 pour « éviter toute confusion avec cette initiative politique ». « Quand j’ai eu connaissance de ce projet, j’ai souhaité mettre fin à cette association capitalistique », a-t-il déclaré. Il a ensuite confirmé ne plus avoir aucun lien avec la nouvelle société de Stérin, « Films et audiovisuel rive droite ».

Les tensions au sein de l’association Seuil

L’association Seuil, à l’origine du scénario de « Compostelle », est elle-même divisée sur son rapprochement avec des figures de l’extrême droite. En avril 2026, d’anciens dirigeants de Seuil ont adressé une lettre ouverte aux cinémas projetant le film, dénonçant un « abandon des valeurs fondatrices » de l’association. « L’humanisme, l’apolitisme, la laïcité ont cédé la place […] à un rapprochement douteux avec l’extrême droite, à une porosité malvenue vis-à-vis de la religion », pouvait-on y lire.

La direction actuelle de Seuil a rejeté ces accusations, affirmant que l’association n’a « aucun tournant religieux ». Pourtant, Bernard Ollivier, son fondateur, a confirmé avoir signé un avenant pour une suite de « Compostelle », prévue pour raconter la randonnée de trois femmes sur les chemins du Mont-Saint-Michel.

Nathanaël La Combe, qui défend l’idée d’un « pouvoir d’influence » du cinéma, a récemment publié un podcast intitulé « zOOm Versailles » dans lequel il affirmait que « les Américains s’en servent habilement, c’est ce qu’on appelle le *soft power* culturel ». L’épisode a depuis été retiré de la plateforme. Dans une interview au Figaro, il a également défendu l’indépendance éditoriale de ses projets, déclarant : « Ce qui me blesse est la mauvaise foi et les amalgames. […] J’aimerais que la presse croie en mon indépendance éditoriale et entrepreneuriale. »

Et maintenant ?

Si Pierre-Édouard Stérin a quitté le capital de Wonder Films, son implication dans le cinéma français pourrait se poursuivre via sa société « Films et audiovisuel rive droite », filiale de Périclès. Les prochaines productions soutenues par ce réseau métapolitique restent à préciser, tout comme les réactions des professionnels du secteur face à cette infiltration discrète. Une chose est sûre : le débat sur l’influence des fortunes politiques sur la culture française est loin d’être clos.

Pour Franceinfo – Culture, cette enquête révèle une stratégie d’influence plus large, où l’argent et les idées se mêlent pour façonner les imaginaires. Reste à savoir si les spectateurs, les producteurs et les institutions cinématographiques accepteront de voir ce mélange s’institutionnaliser.

Pierre-Édouard Stérin est un milliardaire catholique conservateur, connu pour son exil fiscal en Belgique et son soutien à des causes d’extrême droite. Il finance notamment des structures comme Périclès, un réseau métapolitique visant à « redresser la France » selon des valeurs identitaires et chrétiennes. Son engagement est controversé en raison de ses liens présumés avec l’extrême droite et de ses prises de position contre le wokisme, l’islamisme et l’immigration.

Arnaud Rérolle, directeur général de Périclès, a refusé de communiquer sur les productions audiovisuelles soutenues par le réseau. La société « Films et audiovisuel rive droite », créée par Stérin en mars 2026, pourrait être un vecteur de ces financements à l’avenir, mais aucun détail n’a été révélé pour l’instant.