Selon Reporterre, le réseau Sortir du nucléaire vient de publier un rapport accablant : chaque année, ce sont au moins 5,9 milliards de poissons, crustacés et méduses qui périssent dans les systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires en France. Un chiffre inédit, issu de documents internes, qui révèle une « hécatombe invisible » frappant les écosystèmes aquatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Chaque année, 5,9 milliards d’animaux aquatiques (poissons, crustacés, méduses) meurent dans les centrales nucléaires françaises.
  • Cela représente en moyenne 16 millions d’individus par jour, aspirés par les systèmes de refroidissement.
  • Ces chiffres proviennent de documents internes analysés par le réseau Sortir du nucléaire.
  • L’association qualifie ce phénomène de « hécatombe invisible » en raison de son impact méconnu.
  • Le rapport a été publié le 15 juin 2026.

Un bilan alarmant issu de données confidentielles

Les données avancées par Sortir du nucléaire s’appuient sur des documents internes, jamais rendus publics jusqu’à présent. Ces chiffres, bien que spectaculaires, ne concernent que la France, mais ils pourraient refléter une réalité plus large en Europe, où le parc nucléaire est dense. Reporterre précise que l’extraction massive d’eau pour refroidir les réacteurs entraîne l’aspiration d’une quantité colossale d’organismes vivants, souvent ignorée des rapports officiels.

Parmi les victimes figurent des espèces commerciales, comme les coquilles Saint-Jacques ou les crevettes, dont les populations pourraient être affectées à long terme. Le réseau souligne que cette mortalité s’ajoute à d’autres pressions exercées sur les milieux aquatiques, comme la pollution ou la surpêche.

Les centrales nucléaires, des prédateurs silencieux

Les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires fonctionnent en pompant d’énormes volumes d’eau, parfois plusieurs mètres cubes par seconde. Cette eau, une fois utilisée, est rejetée dans le milieu naturel, mais les organismes qu’elle contient – plancton, alevins, crustacés – ne survivent généralement pas au passage dans les turbines ou les échangeurs de chaleur. Sortir du nucléaire a rappelé que ce phénomène n’est pas nouveau, mais son ampleur n’avait jamais été quantifiée avec une telle précision.

Le rapport cite l’exemple de la centrale de Flamanville, en Normandie, où des millions de larves de poissons et de crustacés disparaissent chaque année. Les associations estiment que cette mortalité est d’autant plus préoccupante qu’elle touche des espèces déjà fragilisées par le changement climatique ou la dégradation des habitats.

« Cette hécatombe invisible est le symptôme d’un modèle énergétique qui sacrifie la biodiversité au nom de la production d’électricité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque jour, 16 millions d’animaux sont sacrifiés sans que cela n’émeuve personne. »
— Sortir du nucléaire, dans son rapport du 15 juin 2026

Et maintenant ?

Le réseau Sortir du nucléaire a annoncé qu’il allait transmettre ce rapport aux autorités environnementales, notamment à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et au Ministère de la Transition écologique, pour demander une réévaluation des normes de prélèvement d’eau. Une mobilisation est également prévue lors des prochaines consultations sur la prolongation de la durée de vie des réacteurs, prévue d’ici la fin de l’année 2026. Reste à voir si ces chiffres, une fois médiatisés, entraîneront des mesures concrètes ou resteront sans lendemain.

Pour l’instant, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part d’EDF, gestionnaire du parc nucléaire français. Les associations espèrent que cette publication fera évoluer le débat sur la place du nucléaire dans la transition énergétique, alors que le gouvernement prépare un nouveau plan climat.

Les centrales nucléaires utilisent l’eau comme fluide caloporteur pour évacuer la chaleur produite par les réactions nucléaires. En France, la plupart des réacteurs fonctionnent en circuit ouvert, c’est-à-dire qu’ils prélèvent directement l’eau dans les fleuves ou la mer, puis la rejettent après usage, souvent à une température plus élevée.