Plus d’un millier de salariés de Decathlon ont débrayé ce samedi 6 juin 2026 dans toute la France pour protester contre la stagnation de leurs salaires, alors que l’enseigne a enregistré un bénéfice net en forte hausse en 2025. Selon BFM Business, cette mobilisation inédite s’inscrit dans un contexte où les employés dénoncent une dégradation de leur pouvoir d’achat malgré la prospérité financière de l’entreprise.

Le mouvement, porté par les syndicats, a réuni plusieurs centaines de personnes devant certains magasins, notamment à Paris et dans le Nord, où des tracts ont été distribués et des pétitions signées. Plus de 5 300 signatures avaient été recueillies en ligne en milieu de journée, selon les organisateurs. À Englos, près de Lille, l’un des plus anciens magasins de l’enseigne, des employés ont brièvement pénétré dans l’établissement pour alerter sur leurs revendications, mégaphone à la main.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 000 salariés de Decathlon en grève ce 6 juin 2026 pour réclamer des augmentations de salaires.
  • L’entreprise a réalisé un bénéfice net de 910 millions d’euros en 2025, en hausse de 16 %, et un chiffre d’affaires de 16,8 milliards, soit +4 %. Selon BFM Business.
  • Seulement 5 % des 23 000 collaborateurs ont participé au mouvement, mais 99 % des 324 magasins sont restés ouverts.
  • Les syndicats dénoncent le refus de la direction de négocier après la revalorisation du Smic en juin 2025.
  • Des employés de longue date critiquent la complexification des tâches sans compensation salariale.

Une mobilisation inédite face à des résultats financiers records

Les grévistes de Decathlon mettent en avant la contradiction entre les performances économiques de l’entreprise et la situation des salariés. En 2025, Decathlon a dégagé un bénéfice net de 910 millions d’euros, en progression de 16 % par rapport à l’année précédente, tandis que son chiffre d’affaires atteignait 16,8 milliards d’euros, soit une hausse de 4 %. Pourtant, selon les syndicats, ces résultats ne se traduisent pas par une amélioration des conditions de travail ou des rémunérations.

Sébastien Chauvin, délégué syndical central CFDT chez Decathlon, présent à Paris lors d’un rassemblement symbolique, a résumé l’état d’esprit des employés : « La vie n’est pas rose à Decathlon, en tout cas pour ceux qui y travaillent. » Les salariés dénoncent une dégradation continue de leur pouvoir d’achat, aggravée par la revalorisation du Smic en juin 2025. Pour Justine Ammeloot, déléguée syndicale CFDT au magasin de Villeneuve-d’Ascq, cette mesure a servi de « goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

Des revendications salariales et une charge de travail accrue

Les employés pointent du doigt plusieurs dysfonctionnements internes. Véronique Andrade, qui travaille chez Decathlon depuis 29 ans, a critiqué les « millions d’euros » que la direction s’accaparerait sans que cela ne profite aux salariés. « Notre pouvoir d’achat, il baisse », a-t-elle déclaré à Englos, où elle distribuait des tracts. Les syndicats soulignent également la complexification croissante des fiches de poste, couplée à une réduction des effectifs, ce qui alourdit la charge de travail sans compensation financière.

Simon Korpiun, vendeur au magasin de Villeneuve-d’Ascq et délégué syndical CFDT, a résumé la situation : « Nos fiches de poste sont de plus en plus complexes, et en même temps, l’entreprise réduit les effectifs. On a donc de plus en plus de tâches, moins de moyens pour les faire, et ça ne se répercute pas dans nos salaires. » Ces témoignages illustrent une frustration grandissante au sein des équipes, malgré la santé financière de l’enseigne.

Decathlon assure maintenir le dialogue, mais les syndicats restent sceptiques

Interrogée par BFM Business, la direction de Decathlon a affirmé qu’elle « maintient un dialogue régulier avec les représentants du personnel et reste attentive, au quotidien, aux attentes de ses collaborateurs ». L’entreprise, fondée en 1976 et propriété du groupe Mulliez (Auchan, Leroy Merlin, Kiabi, etc.), compte près de 103 000 salariés dans le monde et opère 1 902 magasins.

Pourtant, les syndicats estiment que les discussions n’ont pas abouti. Les grévistes demandent une revalorisation salariale immédiate, alors que la direction n’a pas encore proposé de mesures concrètes. Selon les organisateurs, cette mobilisation est « inédite » par son ampleur et sa coordination intersyndicale. Malgré tout, la participation reste limitée : en fin de matinée, Decathlon indiquait que seulement 5 % de ses effectifs avaient rejoint le mouvement, et que 99 % des magasins restaient ouverts.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des négociations à venir. Les syndicats ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation si leurs revendications ne sont pas satisfaites d’ici la fin du mois. Decathlon, de son côté, n’a pas communiqué de calendrier précis pour des discussions supplémentaires. La situation pourrait évoluer rapidement, notamment si d’autres sites se joignent au mouvement ou si la pression médiatique s’intensifie.

Ce mouvement intervient dans un contexte où les enseignes de grande distribution et de commerce spécialisé font face à une inflation persistante et à des tensions sur les salaires. Decathlon, souvent cité comme un employeur attractif, se retrouve désormais au cœur d’un débat plus large sur la redistribution de ses bénéfices auprès de ses employés.

Les salariés réclament principalement une augmentation générale des salaires pour compenser l’inflation et la revalorisation du Smic en juin 2025. Ils demandent également une amélioration des conditions de travail, notamment une réduction de la charge de travail et une reconnaissance financière des tâches supplémentaires imposées par la complexification des fiches de poste.

La direction a indiqué maintenir un dialogue avec les représentants du personnel, mais n’a pas annoncé de mesures concrètes à ce stade. Selon BFM Business, Decathlon n’a pas proposé de revalorisation salariale immédiate ni de plan de négociation détaillé pour répondre aux revendications.