La qualité de l’air en Île-de-France s’est dégradée en 2025, comme l’a alerté l’organisme Airparif dans un communiqué rendu public mercredi 15 avril 2026. Selon les données recueillies, les concentrations de dioxyde d’azote (NO₂) et de particules fines (PM2,5) ont augmenté par rapport aux années précédentes, en raison d’un hiver particulièrement rigoureux. Reporterre revient sur ces chiffres qui viennent rappeler que les progrès accomplis depuis deux décennies restent fragiles.
Ce qu'il faut retenir
- Les concentrations de NO₂ ont progressé en 2025 après des années de baisse, en raison d’un hiver plus froid
- Les PM2,5 ont également augmenté, limitant la dispersion des polluants dans l’atmosphère
- Depuis 2005, les taux de NO₂ ont été divisés par deux, mais la tendance pourrait s’inverser avec la fin des zones à faibles émissions (ZFE)
- Les chauffages au bois et aux énergies fossiles ont joué un rôle dans cette dégradation ponctuelle
D’après Airparif, cette dégradation s’explique principalement par deux facteurs concomitants. D’une part, les températures hivernales plus basses ont conduit à une utilisation accrue des systèmes de chauffage, qu’ils fonctionnent au gaz, au fioul ou au bois. D’autre part, les conditions météorologiques défavorables — notamment l’absence de vent — ont limité la dispersion naturelle des polluants dans l’atmosphère. « Ces éléments ont contribué à une hausse des émissions de NO₂ et de particules fines, alors que la tendance générale était à l’amélioration », a précisé l’organisme dans son rapport.
Pour autant, cette inversion de tendance ne remet pas en cause les progrès enregistrés depuis le milieu des années 2000. Depuis 2005, les concentrations de NO₂ en Île-de-France ont effectivement été divisées par deux, grâce notamment à la modernisation des parcs automobiles et aux restrictions progressives imposées aux véhicules les plus polluants. Les PM2,5, quant à elles, ont vu leurs niveaux baisser d’environ 40 % sur la même période. Mais comme le souligne Reporterre, cette amélioration reste « incomplète et réversible » sans une politique publique volontariste.
Des zones à faibles émissions en question
Parmi les dispositifs mis en place pour améliorer la qualité de l’air figurent les zones à faibles émissions (ZFE), qui restreignent l’accès aux véhicules les plus polluants dans certaines zones urbaines. En Île-de-France, leur efficacité a été reconnue par plusieurs études, mais leur avenir est aujourd’hui incertain. Plusieurs communes et associations s’opposent à leur maintien, arguant de leur impact sur la mobilité des ménages modestes et des artisans. « La fin des ZFE pourrait annuler des années de progrès », met en garde Airparif, sans pour autant prédire un retour aux niveaux de pollution des années 1990.
D’autres facteurs structurels pourraient aussi influencer durablement la qualité de l’air francilienne. Le développement des transports en commun, le déploiement des pistes cyclables ou encore la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés jouent un rôle clé. Pourtant, les politiques locales peinent parfois à se coordonner. « On observe des avancées dans certaines villes, mais elles sont inégales », a souligné un expert cité par Reporterre. Sans une vision globale et des moyens renforcés, le risque de voir les émissions repartir à la hausse reste bien réel.
Si la dégradation récente de la qualité de l’air en Île-de-France reste un phénomène ponctuel, elle rappelle que les progrès accomplis ne sont pas acquis. Entre les aléas climatiques, les choix politiques et les enjeux socio-économiques, la lutte contre la pollution atmosphérique en région parisienne reste un combat de chaque instant. Une question se pose désormais : les autorités sauront-elles maintenir la pression sur les pollueurs tout en accompagnant les ménages et les entreprises dans cette transition ?
Les principales sources de NO₂ sont les véhicules diesel et les installations de chauffage, tandis que les PM2,5 proviennent surtout du chauffage au bois, des activités industrielles et du trafic routier. En hiver, le recours accru au chauffage — notamment au bois non labellisé — aggrave significativement les émissions.
