Le préfet de la Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a demandé au maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko (La France Insoumise), de reconsidérer sa position concernant le retrait du portrait du président Emmanuel Macron de son bureau. Selon BFM - Politique, cette demande intervient alors que l’élu municipal maintient sa décision, estimant qu’elle s’inscrit dans une démarche « parfaitement légale ».
Ce qu'il faut retenir
- Le préfet de la Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a écrit au maire LFI de Saint-Denis pour lui demander de revenir sur sa décision de décrocher le portrait d’Emmanuel Macron de son bureau.
- Cette mesure, bien que non illégale, « contrevient à un usage républicain bien établi », selon le préfet.
- Bally Bagayoko, maire depuis avril 2026, justifie son geste par l’absence de respect des obligations de l’État envers les habitants de Saint-Denis.
- Plusieurs militants écologistes ont été poursuivis ces dernières années pour avoir décroché des portraits d’Emmanuel Macron, certains condamnés pour « vol », d’autres relaxés au nom de la liberté d’expression.
Dans un courrier adressé mardi 6 mai 2026 au maire de Saint-Denis-Pierrefitte — deuxième commune la plus peuplée d’Île-de-France avec 150 000 habitants —, le préfet Julien Charles rappelle que « l’accrochage du portrait du président de la République dans les mairies, s’il ne relève d’aucune obligation légale, est un usage consacré par la tradition républicaine ». Il souligne que « sa fonction est de rassembler les citoyens autour des institutions, au-delà des clivages politiques ». Le haut fonctionnaire invite donc Bally Bagayoko à « veiller au respect de la tradition républicaine ».
Interrogé par l’Agence France-Presse (AFP) mercredi 7 mai, le maire LFI a réagi avec fermeté. « Cette lettre n’a pas lieu d’être, le préfet le confirme lui-même : notre démarche s’inscrit dans une parfaite légalité et nous l’assumons pleinement », a-t-il déclaré. Il a ajouté que « le portrait restera décroché tant que l’État ne remplira pas ses obligations dans le cadre du pacte républicain, notamment envers les habitants de notre territoire ».
Bally Bagayoko a également critiqué l’engagement du préfet sur ce dossier plutôt que sur « les urgences sociales ». « Nous sommes interpellés de voir le préfet se mobiliser à deux reprises depuis le début du mandat, d’abord pour bloquer un arrêté anti-expulsion, puis aujourd’hui pour cette prise de position », a-t-il souligné. Dès le mois d’avril, des journalistes avaient constaté que le portrait du chef de l’État, décroché du mur, avait été retourné dans un coin du bureau du nouvel élu.
Dans une interview diffusée lundi 5 mai 2026 sur LCI, Bally Bagayoko avait expliqué que son geste relevait de la « symbolique ». Il avait précisé avoir décidé de laisser le portrait présidentiel retourné « tant que la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités ». Le maire, figure médiatique de Saint-Denis et soutien affiché de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027, attend selon ses termes « l’avènement d’une gauche de rupture et d’un nouveau président ».
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre certaines municipalités dirigées par des élus de gauche radicale et l’État. Depuis plusieurs années, des militants écologistes ou d’extrême gauche ont régulièrement retiré ou dégradé des portraits d’Emmanuel Macron pour dénoncer selon eux l’inaction de l’État face à des enjeux majeurs. Certains ont été poursuivis pour « vol » ou « dégradation de bien public », tandis que d’autres ont été relaxés au nom de la liberté d’expression. En 2023, une militante avait par exemple été condamnée à une amende pour avoir décroché et emporté un portrait du président à Grenoble. D’autres affaires similaires avaient abouti à des non-lieux ou à des relaxes, notamment lorsque les tribunaux avaient estimé que ces gestes relevaient d’une démarche militante.
Le cas de Saint-Denis illustre ainsi une divergence persistante entre une partie de la gauche et les institutions sur la symbolique républicaine. Pour les uns, le portrait présidentiel incarne une unité nationale que tous les maires doivent respecter, même en cas de désaccord politique. Pour les autres, son affichage dans les mairies relève d’un choix politique et historique contestable, surtout lorsque les gouvernements successifs sont perçus comme éloignés des préoccupations sociales et territoriales. La Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine, concentre d’ailleurs de nombreuses critiques sur la politique nationale en matière de logement, d’éducation ou de sécurité.
Quelle que soit l’issue de ce dossier, il rappelle une fois encore que les symboles politiques, même les plus anodins en apparence, peuvent devenir l’objet de vifs débats dans un pays aussi clivé que la France. À Saint-Denis, comme ailleurs, l’affichage ou le retrait d’un portrait présidentiel ne relève plus seulement d’une question de décoration municipale, mais bien d’un enjeu de légitimité politique et de représentation citoyenne.
Non, selon le préfet Julien Charles, ce retrait « n’est pas illégal ». Cependant, il considère qu’il « contrevient à un usage républicain bien établi ». La légalité de cette pratique dépend donc de l’interprétation juridique, mais aucun texte n’impose explicitement l’affichage du portrait du président dans les mairies.
Oui, plusieurs élus de gauche radicale ou écologistes ont déjà retiré ou retourné des portraits d’Emmanuel Macron ces dernières années, notamment à Grenoble, Lille ou Nantes. Certains ont été poursuivis pour « vol » ou « dégradation de bien public », tandis que d’autres ont été relaxés au nom de la liberté d’expression.