Selon Euronews FR, les tempêtes qui ont balayé le Portugal au début de l'année 2026 ont provoqué des dégâts majeurs sur les côtes, avec un recul du trait de côte pouvant atteindre entre 10 et 20 mètres dans de nombreuses zones. L'Agence portugaise de l'environnement (APA) a recensé 749 incidents sur l'ensemble du littoral, dont la quasi-totalité des plages ont vu leur volume de sédiments diminuer de manière significative. Ces phénomènes illustrent l'urgence à laquelle le pays doit faire face pour protéger ses côtes, un défi qui dépasse désormais les simples aléas météorologiques.
Ce qu'il faut retenir
- 749 incidents enregistrés sur le littoral portugais après les tempêtes hivernales, avec un recul du trait de côte allant jusqu'à 20 mètres dans certaines zones.
- La plage de São João da Caparica a perdu jusqu'à 14 mètres de superficie entre le 20 janvier et le 19 février, malgré les mesures de préservation comme le projet « Reduna ».
- Un investissement total de 111 millions d'euros a été annoncé pour réparer et renforcer la protection des côtes, dont 27 millions d'euros en urgence avant la saison balnéaire.
- L'érosion côtière résulte de facteurs multiples : élévation du niveau de la mer, construction de barrages depuis les années 1950, et extraction de sable dans les estuaires.
- Les solutions envisagées incluent le rechargement artificiel des plages et la stabilisation des dunes, mais aucune mesure universelle ne peut s'appliquer à l'ensemble du territoire.
Des côtes en première ligne face aux assauts de l'océan
Les tempêtes qui ont frappé le Portugal entre janvier et février 2026 ont laissé des traces profondes sur les côtes, où l'érosion s'est accélérée. D'après le rapport de l'APA, presque toutes les plages ont subi une réduction significative de leurs sédiments dans la zone émergée. À São João da Caparica, dans la municipalité d'Almada, le recul a atteint 14 mètres en un mois, un phénomène qui aurait pu être bien plus grave sans le projet « Reduna », une initiative locale visant à préserver les dunes naturelles. Un peu plus au sud, à Fonte da Telha, les concessionnaires situés près de la ligne de flottaison ont également été affectés, bien que moins gravement grâce à une dune artificielle construite en 2025.
Ces exemples ne sont pas isolés. Inês de Medeiros, maire d'Almada, a souligné auprès d'Euronews FR l'importance des remblais de sable effectués en urgence pour limiter les dégâts. « Ce que nous avons remarqué, c'est que ces remblais successifs ont permis de sauvegarder la côte, à l'exception de la zone de la plage urbaine où l'APA va réapprovisionner le sable. En général, notre côte n'a pas beaucoup diminué, et nous espérons que la mer apportera à nouveau du sable naturellement », a-t-elle déclaré. Elle a également rappelé que l'APA a promis de commencer les rechargements en avril, une opération qu'elle juge « absolument nécessaire ».
Un investissement massif pour limiter les dégâts avant la saison touristique
Face à l'ampleur des dégâts, le gouvernement portugais a débloqué un budget de 111 millions d'euros pour renforcer la protection du littoral. Selon un communiqué officiel, 15 millions d'euros seront alloués avant la fin mai pour des interventions d'urgence, et 12 millions supplémentaires d'ici décembre. Ces fonds permettront de réparer les accès aux plages, de renforcer les cordons dunaires, de stabiliser les falaises et de recharger artificiellement les plages en sable. La municipalité d'Ovar, la plus touchée avec 204 rapports de dommages, bénéficiera de ces mesures pour restaurer ses infrastructures côtières.
Le gouvernement a précisé que ces travaux visent à « restaurer l'infrastructure, renforcer la protection côtière et rétablir les conditions de sécurité et de jouissance des plages ». Parmi les priorités figurent la reconstruction des passerelles, la récupération des murs de protection et la mise en place de mesures pour limiter l'infiltration de l'océan dans les zones urbaines. Un projet particulièrement attendu concerne le rehaussement de la digue de Costa da Caparica, une zone historiquement vulnérable aux inondations.
L'érosion côtière, un phénomène aux causes multiples
Si les tempêtes ont aggravé la situation, l'érosion des côtes portugaises est un problème structurel, lié à plusieurs facteurs concomitants. João Joanaz de Melo, professeur à l'université nouvelle de Lisbonne et expert en aménagement du territoire, explique que ce processus est « attendu depuis des décennies » et résulte de causes à la fois naturelles et humaines. Parmi elles, l'élévation accélérée du niveau de la mer, l'augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes et, surtout, le déficit structurel de sable sur les côtes.
« Ce phénomène est principalement dû à la construction de barrages depuis les années 1950 », précise l'expert. Les grands réservoirs retiennent les sédiments qui, dans un système naturel, devraient atteindre les côtes. À cela s'ajoutent l'extraction de sable dans les estuaires et les barres, ainsi que la dégradation des dunes, qui jouent pourtant un rôle clé dans la résilience du littoral. Les constructions rigides, comme les digues, protègent les zones urbaines mais réfléchissent l'énergie des vagues, augmentant l'érosion ailleurs. « Lorsque la mer frappe la roche, l'énergie n'est pas dissipée comme elle le serait dans une dune saine. Elle est réfléchie et intensifie l'érosion dans d'autres zones », souligne-t-il.
Des solutions locales, mais pas de remède universel
Face à ce constat, les autorités locales multiplient les initiatives pour atténuer les effets de l'érosion. Le rechargement artificiel des plages permet de retrouver temporairement du sable, mais ne résout pas le problème de fond : le déficit sédimentaire. João Joanaz de Melo insiste sur la nécessité d'un aménagement du territoire adapté, combinant résilience naturelle et réduction de l'exposition aux risques. « Il faut éviter de construire dans les zones à haut risque, supprimer les occupations vulnérables et n'autoriser que des utilisations compatibles avec la protection des côtes, comme les installations touristiques bien protégées », explique-t-il.
L'expert rappelle que chaque zone côtière a ses spécificités géographiques et socio-économiques. À Costa da Caparica, par exemple, la communauté locale, historiquement composée de pêcheurs et d'agriculteurs, a toujours su faire face aux tempêtes. « Mais certaines mesures de protection dépassent le cadre individuel. Elles relèvent de l'organisation, de la planification et des ressources des autorités », souligne-t-il. Pour lui, il n'existe pas de solution miracle applicable uniformément. « Les conditions sont différentes selon les endroits, tout comme les habitudes des populations et leurs activités économiques. Les solutions doivent donc être adaptées à chaque contexte. »
Cette crise révèle plus largement les défis auxquels font face les pays européens face au changement climatique. Si le Portugal agit avec pragmatisme, son expérience pourrait servir d'exemple – ou d'avertissement – pour d'autres régions confrontées à l'érosion côtière. Une chose est sûre : sans une action coordonnée entre les États et une adaptation rigoureuse des pratiques locales, les paysages côtiers tels que nous les connaissons pourraient bien disparaître d'ici la fin du siècle.
Le phénomène s'explique par plusieurs facteurs : d'abord, les tempêtes hivernales déplacent naturellement le sable vers le large. Ensuite, des causes structurelles entrent en jeu, comme la construction de barrages depuis les années 1950, qui retiennent les sédiments en amont, ainsi que l'extraction de sable dans les estuaires. Enfin, les dunes, qui jouent un rôle de barrière naturelle, sont souvent dégradées par l'urbanisation et les activités humaines.
D'après le rapport de l'APA, la municipalité d'Ovar est la plus affectée avec 204 rapports de dommages, suivie par les zones côtières autour de São João da Caparica et Fonte da Telha. Les falaises instables et les accès endommagés aux plages sont également signalés dans plusieurs régions, notamment dans l'Algarve et le centre du pays.
